22005 Une chance pour apprendre Le savoir et le financement pour l'éducation en Afrique subsaharienne Stratégie d'assistance sectorielle Département Développement humain régional Région Afrique Banque mondiale Copyright © 2001 La Banque internationale pour la reconstruction et le développement/LA BANQUE MONDIALE 1818 H Street, N.W. Washington, D.C. 20433, États-Unis Tous droits réservés Produit aux États-Unis d'Amérique Première édition février 2001 1 2 3 4 04 03 02 01 Les observations, les interprétations et les conclusions présentées ci-après reflètent uniquement l'avis des auteurs et ne peuvent aucunement être attribuées à la Banque mondiale, aux organisations affiliées, aux membres du Conseil de direction ou aux pays y étant représentés. La Banque mondiale ne garantit pas l'exactitude des données mentionnées dans cette publication et décline toute responsabilité pour d'éventuelles conséquences de leur utilisation. 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Toute autre demande relative aux droits et licences doit être adressée à la Banque mondiale à l'adresse ci-dessous ou transmise par télécopie au numéro 202-522-2422. La photographie figurant sur la couverture, qui représente les enfants d'une école en Éthiopie, est d'Aminata Maiga-Touré. ISBN : 0-8213-4907-4 La demande d'inscription au catalogue des données de la Library of Congress a été déposée. Ce qui est nécessaire pour un développement plus rapide des nouvelles nations d'Afrique . . . plus d'éducation et une formation à tous les niveaux, une main d'oeuvre généralement plus lettrée, des artisans plus qualifiés, plus de personnes pour des métiers intellectuels, plus d'entrepreneurs, des membres du gouvernement plus qualifiés. Jusqu'au moment où les ressources humaines des nouvelles nations africaines seront pleinement dévelopées--et aucun apport d'argent important ne peut accélérer ce processus--les occasions d'utiliser les investissements étrangers, de manière sage et efficace, resteront nécessairement limitées. --Eugene Black, Président de la Banque Mondiale, 1949­62, Discours au Conseil Economique et Social des Nations Unies, 1960 Tout le monde est d'accord sur le fait que l'éducation représente la clé essentielle pour le développement et pour l'allégement de la pauvreté. Celle-ci doit commencer avec l'éducation fondamentale universelle équitable pour filles et garçons, ainsi qu'un système ouvert et compétitif d'enseignement secondaire et tertiaire . . . L'enseignement pour adultes, l'alphabétisation et l'éducation au quotidien doivent être combinés à la reconnaissance fondamentale du fait que l'éducation des femmes et des filles est essentielle au processus de développement . . . l'éducation préscolaire doit être traitée à sa juste valeur . . . les développements de la science et de la technologie ainsi que le transfert de connaissance offrent une possibilité unique à certains pays, pour rattraper d'autres pays technologiquement plus avancés. --James D. Wolfensohn, Président de la Banque Mondiale, 1995­aujourd'hui, « A Proposal for a Comprehensive Development Framework - Proposition pour une Structure Globale du Développement », 1999 Cette note stratégique a été préparée par Adriaan Verspoor, spécialiste principal de l'éducation pour la région « Afrique » de la Banque Mondiale, aidé par Angel Mattimore et Patrick Watt. Le document est basé sur une version antérieure de Wadi Haddad, Ruth Kagia, et associés, discutée en mai 1998 avec un groupe de spécialistes de l'éducation en Afrique. Une version révisée a été précédemment discutée lors d'une réunion de consultation, organisée en octobre 1999 à l'UNESCO, à Paris, en présence des ministres africains de l'éducation ainsi que d'autres spécialistes de l'éducation et représentants des ONG, associations de parents et syndicats de professeurs. Nous aimerions remercier, pour leurs commentaires, ceux qui ont participés à ces réunions ainsi que David Berk, Eduard Bos, Nicolas Burnett, Sam Carlson, David Court, Birger Fredriksen, Alan Gelb, Wadi Haddad, Jon Lauglo, Aminata Maiga-Touré, Mmantsetsa Marope, Dzingai Mutumbuka, John May, Alain Mingat, Bettina Moll, Paud Murphy, Susan Opper, Robert Prouty, Stefan Quenneville, Nandita Tannan, Daniel Viens et les membres du Comité du Secteur de l'Éducation (tous ceux de la Banque Mondiale), Peter Williams de l'Institut pour les Etudes de Développement à l'Université du Sussex, Tony Read du Développement International du Livre, et Eamon Cassidy du Ministère pour le Développement International. Nous aimerions aussi remercier le Fonds Norvégien pour l'Education, pour avoir fourni les fonds nécessaires aux deux consultations. Table des matières Avant-propos ix Préface xi Résumé 1 1. L'éducation africaine au seuil du vingt-et-unième siècle 7 Stagnation des progrès du développement de l'éducation 8 L'accès à l'éducation primaire 9 Maîtrise des compétences fondamentales 11 Au-delà de l'éducation primaire 13 Enseignement supérieur 14 Efficacité 15 Enseignement privé 15 Réussite limitée de l'éducation 17 Impact limité de l'aide extérieure 18 2. Les défis du contexte du développement africain 21 Une pauvreté généralisée 21 Des économies à la périphérie de l'économie mondiale 22 Financement inadéquat du développement 23 Assimilation inadéquate de connaissances scientifiques 24 Conflits armés de grande envergure 24 La pandémie du VIH/SIDA 26 Fécondité élevée 29 Surmonter l'adversité 30 3. Réponses nationales : Un bond prodigieux dans le développement de l'éducation 32 Poursuite implacable de la qualité 34 Environnement d'apprentissage 36 Programmes d'études et stratégies d'enseignement 36 Des professeurs qualifiés et motivés 39 Nouvelles technologies 41 La préparation des élèves 42 L'évaluation des progrès 43 Un inébranlable engagement vis-à-vis de l'équité 45 Mettre l'accent initialement sur le renforcement institutionnel 52 Choix difficiles afin de garantir la pérennité financière 55 Établissement de priorités dans les dépenses publiques 55 Utilisation efficace des ressources 55 Diversification des sources de financement 56 Fournir un financement public complémentaire 58 L'avenir : réforme nationale, coopération régionale et partenariats internationaux 58 4. La réponse de la Banque mondiale : faire plus et faire mieux 61 Opportunités et défis pour des services de prêts plus complets 62 Accent plus prononcé sur les services autres que les prêts 65 TABLE DES MATIÈRES v Recentrage des études économiques et sectorielles 65 Réorientation des discussions stratégiques 66 L'impératif d'une meilleure performance du portefeuille 67 Renforcement de l'accent stratégique des activités de prêt 68 Amélioration de l'élaboration d'un système de prêt 71 La promotion des partenariats 76 Adéquation des stratégies de prêt aux conditions du pays 76 Mise en pratique des connaissances avancées 79 Amélioration des compétences et des connaissances techniques 81 Un engagement à agir 82 Conclusion 83 Bibliographie 85 GRAPHIQUES, TABLEAUX, et ENCADRÉS Graphiques 1.1 La chute du taux d'inscription au primaire dans de nombreux pays africains 10 1.2 Résultats des tests de réussite en lecture dans les pays participants 12 1.3 Taux d'inscription estimé par région pour les élèves âgés de 12 à 17 ans 13 1.4 Relations entre le nombre d'enseignants et d'étudiants du niveau primaire au Niger 16 1.5 Le nombre d'années de scolarisation par adulte africain est en stagnation 18 1.6 Aide publique au développement pour l'éducation, 1996 19 2.1 Taux de croissance démographique annuel dans les régions en développement 30 3.1 Taux d'inscription à l'école primaire par niveau parmi les enfants ruraux et urbains au Niger 45 4.1 Nouveaux engagements de la Banque en matière de prêts à l'éducation africaine 62 4.2 Répartition des prêts entre les sous-secteurs dans le secteur de l'éducation dans la Région Afrique 63 Tableaux 1.1 Taux brut de scolarisation en Afrique, 1960­97 (pour cent) 8 1.2 Taux d'inscription et d'admission nets à l'école primaire en 1990, 1995 et 1998 9 1.3 Indicateurs comparatifs de l'efficacité des dépenses pour l'éducation, 1993 17 2.1 Indicateurs sociaux de base par région 22 4.1 Allégement de la dette par rapport aux dépenses d'éducation (millions de dollars) 64 Encadrés 1.1 Disponibilité des manuels scolaires en Afrique 11 2.1 Infrastructure de l'information en Afrique 25 2.2 Éducation et SIDA : expérience en Zambie et en Ouganda 28 3.1 L'engagement national de l'Ouganda pour l'éducation élémentaire 33 3.2 Leçons issues du « Rapport d'inventaire prospectif de l'ADEA sur l'éducation en Afrique » 35 3.3 Le programme Liens mondiaux pour le développement 38 3.4 Le projet de formation initiale des enseignants de Guinée 39 3.5 La technologie et l'éducation en Afrique subsaharienne 40 vi TABLE DES MATIÈRES 3.6 Le développement de la petite enfance au Kenya 43 3.7 Consortium africain méridional pour l'évaluation de la qualité de l'éducation (SAQMEC) 44 3.8 Facteurs de réussite pour la scolarisation des filles 46 3.9 Nigeria--Élaboration de programmes d'éducation pour les nomades 48 3.10 Le double système d'éducation directe et à distance de l'Université de Namibie 50 3.11 Donner une éducation primaire pour réduire l'analphabétisme : l'expérience du Sénégal 51 3.12 L'Université Makerere : un modèle de réforme institutionnelle 53 3.13 L'Université virtuelle africaine 54 3.14 Programme gouvernemental de bourses d'étudiants dans des institutions privées : un cas de financement du point de vue de la demande 56 3.15 Privatisation et décentralisation de la fourniture de livres au Kenya 57 4.1 Effort conjoint pour préparer un document de stratégie à Madagascar 66 4.2 Partenariat pour un nouveau départ (FRESH) : concentrer les ressources pour une santé scolaire efficace 69 4.3 Augmentation du soutien aux technologies de l'éducation 71 4.4 Approches sectorielles 73 4.5 Aide accordée par la Banque selon les différentes conditions du pays 77 4.6 Construire une base de connaissances en vue du développement des compétences 80 TABLE DES MATIÈRES vii Avant-propos de l'éducation. Les gouvernements, la société civile et les agences de financement extérieures devront établir La réponse à la question de savoir si l'Afrique peut ou remodeler des partenariats afin d'assurer une prise effectivement « revendiquer le 21ème siècle » comme en charge nationale et la pérennité des programmes le propose un rapport récent (Banque Mondiale d'innovation et de réforme. 2000b), dépendra largement de l'efficacité des La Banque mondiale dispose de nombreux antécé- investissement dans l'éducation. Les progrès en termes dents en matière de soutien au développement de d'amélioration de la gestion, d'amélioration de la réso- l'éducation en Afrique. L'impact de notre assistance a lution des conflits, d'accroissement de la concurrence, toutefois souvent été en deçà de nos attentes. de réduction de la fécondité, d'amélioration de la Considérant la contribution essentielle de l'éducation santé --y compris la réduction du nombre de per- dans l'accélération de la croissance et du développe- sonnes souffrant du VIH/SIDA--et, en particulier, ment en Afrique, nous avons réalisé au cours de ces l'accélération de la réduction de la pauvreté sont deux dernières années un processus interne d'analyse, étroitement liés aux progrès en matière d'éducation et de réflexion et de discussion sur l'impact de notre de formation des enfants et des adultes africains. aide dans ce secteur. Nous avons en outre consulté Il est manifeste que l'Afrique ne sera pas en des représentants des gouvernements africains, mesure de soutenir une croissance rapide sans investir de la société civile et des agences des Nations Unies dans l'éducation de sa population. De nombreuses per- sur la manière de devenir un partenaire plus efficace sonnes ne disposent en effet pas de l'éducation dans le domaine du développement de l'éducation nécessaire à la participation à la croissance en Afrique. économique--et aux possibilités d'en tirer profit--. Le présent rapport est le résultat de ce processus. Toutefois, dans de nombreux pays de la région, le Il affirme l'existence, au sein de la Banque, développement de l'éducation a stagné au cours de ces d'arguments irréfutables en faveur de l'expansion et de deux dernières décennies. La croissance constante de l'élargissement de son soutien au développement de la population en âge scolaire, de graves limitations l'éducation en Afrique. Cet engagement implique un des ressources publiques et les réformes politiques soutien constant et soutenu pour le développement de qui, trop souvent, étaient trop tardives et trop l'éducation fondamentale. Il implique toutefois égale- timides, ont contribué à élargir le fossé éducatif ment l'extension de notre aide pour les autres sous- entre l'Afrique et le reste du monde. secteurs de l'éducation, et notamment l'enseignement Les inscriptions à tous les niveaux scolaires sont supérieur. Ce rapport affirme clairement que cela ne se inférieures à celles observées sur tous les autres con- produira que si nous intensifions nos efforts pour tinents. De nombreux enfants achèvent leur scolarité aborder les questions essentielles de la qualité, de sans maîtriser les connaissances et les aptitudes pre- l'équité, de la capacité et de la pérennité. Étant donné scrites dans le cursus. Près de 40 % de la population que nous ne pouvons, seul, mener à bien ce projet, est analphabète. Rares sont les écoles qui préparent nous nous engageons à oeuvrer dans le cadre de parte- les étudiants à une économie dominée par les tech- nariats placés sous l'égide des gouvernements en vue nologies de l'information et de la communication. La d'accélérer le développement de l'éducation. plupart des institutions tertiaires sont en outre isolées À l'occasion du Forum international pour l'Éduca- des réseaux de connaissances internationaux. Veiller à tion organisé à Dakar en avril 2000, le Président de la ce qu'aucun enfant ne soit privé d'enseignement en Banque Mondiale, James Wolfensohn, a réaffirmé la raison de son incapacité à prendre en charge les frais volonté de la Banque d'oeuvrer avec les gouvernements ne fait pas partie des principales priorités dans de et d'autres partenaires de développement en vue nombreux pays. d'accélérer le progrès dans le cadre des objectifs de Le reversement de ces tendances ne sera pas aisé. l'Éducation pour tous. Il a affirmé que la Banque Ce défi exigera un gros effort de la part des Africains mettrait tout en oeuvre pour veiller à ce qu'aucun pays et de leurs partenaires de développement au cours disposant d'un plan crédible ne soit pas en mesure de d'une période--souvent égale à une décennie au l'appliquer en raison de l'absence de soutien extérieur. moins. De nombreux gouvernements devront mettre en Cet engagement régira notre soutien pour l'éducation oeuvre des changements--souvent politiquement con- fondamentale au cours de la prochaine décennie. troversés--dans le mode de financement et de gestion Simultanément, nous nous engageons tout aussi AVANT-PROPOS ix volontairement dans la fourniture d'une assistance de la société civile et des communautés dans la formu- destinée à faire en sorte que les étudiants achevant lation des politiques et la mise en oeuvre des pro- l'enseignement secondaire, les programmes de forma- grammes. La technologie de l'information et de la tion professionnelle et l'université disposent des apti- communication offre de nouvelles opportunités pour tudes et des connaissances scientifiques et techniques venir à bout des contraintes de distance et de temps. nécessaires pour entrer dans le monde du travail du Il y a toutefois plus. Plusieurs pays disposent en 21ème siècle. La coopération régionale sera souvent effet de ressources supplémentaires dégagées dans le essentielle pour accélérer le progrès dans de nom- cadre de l'initiative d'allègement de la dette en faveur breuses zones. Nous avons l'intention de développer des pays pauvres très endettés (HIPC). De nombreuses des instruments qui nous permettront de soutenir plus agences de financement se sont engagées à accroître efficacement les programmes régionaux. leur soutien en faveur de l'éducation en Afrique. Au début du 21ème siècle, l'opportunité de s'atta- De nouvelles relations d'aide sont pilotées dans le quer aux problèmes souvent insolubles de l'éducation contexte de programmes de développement sectoriel. dans l'Afrique subsaharienne est peut-être plus propice Je formule le voeu que le présent rapport constitue le qu'à n'importe quel autre moment au cours de ces deux cadre d'une accélération rapide du soutien de la dernières décennies. La croissance a repris dans de Banque dans le cadre du développement de l'éducation nombreux pays. Pratiquement partout, l'engagement dans ce nouvel environnement. politique en faveur du développement de l'éducation est puissant. La vague montante de la démocratie a créé Callisto Madavo un environnement plus favorable pour la participation Vice-Président Région Afrique x AVANT-PROPOS Préface brut de scolarisation dans le primaire a augmenté et selon les données récentes de l'Institut de statis- La Région Afrique de la Banque mondiale a tracé les tiques de l'UNESCO, cette croissance peut s'accélérer. premières grandes lignes de ses priorités pour le À l'occasion du Forum international pour l'Éducation développement de l'éducation dans un document organisé à Dakar en avril 2000, les pays ont confirmé rédigé en 1988 et intitulé « L'éducation en Afrique leur engagement de parvenir à l'éducation primaire subsaharienne : Pour une stratégie d'ajustement, de universelle à l'horizon 2015. L'accélération de revitalisation et d'expansion » (Banque mondiale l'allègement de la dette et l'accroissement de l'aide à 1988). Ce document a mis les pays africains au défi de l'éducation peuvent contribuer à la mobilisation des formuler des programmes de développement éducatif ressources nécessaires. complets et logiques, assortis de politiques équili- Le dialogue sur les stratégies engagé depuis 1988 brées pour l'ajustement, la revitalisation et l'expansion a été un exemple de partenariat efficace entre les sélective. Plusieurs pays se sont orientés dans cette donateurs et les gouvernements. Initialement, le dia- voie. Dans quelques-uns, les politiques financières logue a été coordonné par le groupe informel des d'ajustement ont préparé le terrain pour l'amélioration Bailleurs de fonds pour l'éducation en Afrique ou DAE de la qualité, des progrès soutenus dans le sens d'une (Donors to African Education), qui, depuis lors, est éducation primaire universelle et l'expansion sélective devenu l'Association pour le développement de l'édu- à des niveaux supérieurs. Dans de nombreux pays cation en Afrique ou ADEA (Association for the toutefois, les progrès escomptés de revitalisation des Development of Education in Africa). Les membres de systèmes éducatifs ont été décevants. cette association comptent dans leurs rangs tous les Dans sept pays africains-- le Burkina Faso, ministres africains de l'éducation et dix-sept dona- l'Éthiopie, la Guinée, le Liberia, le Mali, le Niger et teurs. Son but est de créer un forum dans le cadre la Somalie-- moins de la moitié des enfants en âge duquel les ministres peuvent aborder avec les dona- scolaire sont inscrits à l'école primaire. Dans 20 pays, teurs les questions principales de l'éducation et la plus de 50 % des femmes sont analphabètes. nécessité d'adapter les stratégies d'aide extérieure aux L'analyse, le dialogue et la consultation internes ont besoins nationaux. Onze groupes de travail théma- souvent pris beaucoup plus longtemps que prévu. tiques étudient et dressent l'état des domaines de Cependant, un nombre croissant de pays formulent des grand intérêt. L'ADEA a également passé en revue les stratégies visant à aborder les questions mentionnées progrès accomplis en Afrique subsaharienne depuis dans le document de 1988-- et à relever les défis 1988 par un processus participatif basé sur des études énoncés dans la Déclaration de Jomtien (1990) de la nationales et sur la participation active des spécial- Conférence mondiale sur l'éducation pour tous, ainsi istes de l'éducation et des experts responsables qu'à atteindre les objectifs définis lors du Sommet des stratégies. Le résultat de ce processus, « Étude mondial pour le développement social (1995). Plus de d'inventaire prospective de l'Éducation en Afrique » 40 gouvernements africains ont préparé des plans (ADEA, 1999), a été présenté à l'occasion de la réu- d'action pour réaliser l'éducation pour tous, et 6 pays nion de la biennale de l'ADEA, organisée à au moins ont pris en charge l'approche sectorielle du Johannesburg en décembre 1999. développement de l'éducation. La Banque mondiale a activement soutenu Depuis 1988, les donateurs ont consacré un temps l'évaluation de l'ADEA et fait partie du comité considérable à la réévaluation des priorités et des de restructuration établi pour la gérer. En outre, procédures d'aide. La plupart ont maintenant achevé les spécialistes de l'éducation de la Région Afrique de ce processus et explorent des voies de collaboration la Banque Mondiale se sont penchés sur des expéri- plus efficaces, entre eux et avec les gouvernements et ences autres que les activités de prêt et sur les moyens les sociétés civiles, dans le cadre de l'aide au d'accroître l'efficacité du soutien en termes de prêts et développement de l'éducation en Afrique. Les perspec- d'activités non financières. La première ébauche d'un tives en matière de développement de l'éducation sont document de travail a été préparée et discutée en 1998 meilleures maintenant qu'elles ne l'ont été au cours de avec des hauts fonctionnaires africains de l'éducation, ces deux dernières décennies. Depuis 1995, la crois- ainsi qu'avec d'autres parties intéressées. En octobre sance économique a repris dans un grand nombre de 1999, une deuxième réunion avec les ministres et les pays d'Afrique subsaharienne. Depuis 1994, le taux dirigeants africains, ainsi qu'avec les membres des PRÉFACE xi organisations civiles a eu lieu à Paris. Ces deux consul- accélérer le développement de l'éducation. Ce docu- tations ont été financées par le Fonds norvégien pour ment incorpore une grande partie des avis rendus au l'Éducation. Les résultats de l'évaluation de l'ADEA ont cours de ces consultations. Les auteurs résument les contribué de manière significative à ce processus et un défis auxquels l'Afrique doit faire face en matière de certain nombre d'études de cas enrichissent ce docu- développement de l'éducation, suggèrent des éléments ment. clés pour les réponses nationales, examinent les impli- La présente publication s'efforce avant tout de cations de ces réponses pour la Banque et proposent proposer pour la Région Afrique de la Banque mon- des actions visant à faire de la Banque un partenaire diale une stratégie et un programme d'action dans le plus efficace dans le cadre du développement de cadre de l'aide apportée aux efforts de pays souhaitant l'éducation en Afrique. xii PRÉFACE Résumé est bien inférieur aux normes internationales. Des pénuries criantes de supports éducatifs sont sou- Dans le cadre d'une économie mondiale fondée sur les vent observées. Dès lors, dans de telles conditions, connaissances dans les décennies à venir, l'éducation il n'est guère surprenant que le taux de réussite soit deviendra la pierre angulaire de la croissance pratiquement toujours limité. économique à grande échelle et de la lutte contre la Ce tableau devient encore plus sombre comparé à pauvreté -- en fournissant aux populations les moyens celui des autres régions. L'Afrique présente le taux de pour faire face aux nouveaux défis de développement scolarisation le plus faible et ceci à tous les niveaux. et aux aspirations d'amélioration des conditions de vie. En outre, elle est la seule à connaître une hausse du Sans avancées majeures dans le domaine de l'éduca- nombre d'enfants non scolarisés. L'adulte africain tion, l'Afrique ne sera pas en mesure de tirer profit des moyen n'a pas plus de trois années d'enseignement, ce opportunités commerciales et de développement dans qui représente un taux inférieur à celui de toutes les une économie mondiale basée sur la technologie et la autres régions. Les perspectives pour les pays africains globalisation. L'éducation est également l'investisse- de générer des connaissances et de prendre part à ment le plus important dans le cadre de la concrétisa- l'économie mondiale sont dès lors loin d'être tion des objectifs de développement sociaux réjouissantes. Nous observons également la croissance internationaux adoptés pour l'an 2015 par les gou- des inégalités éducatives en Afrique entre les dif- vernements de différents pays. À défaut de progrès férentes catégories de revenu et entre les populations rapides et considérables en termes d'accès à l'éducation urbaine et rurale. Les enfants pauvres, notamment de qualité en Afrique subsaharienne -- où 40 pour cent dans les zones rurales, sont les plus défavorisés en des habitants tentent de survivre avec moins d'un dol- terme d'accès à l'enseignement et de qualité de ce lar US par jour -- les efforts considérables de réduction dernier. de la pauvreté seront entravés. Les tendances en matière d'éducation ont une incidence directe sur la diminution de la pauvreté en Afrique subsaharienne. Depuis 1987, la part de Tendances de l'éducation en Afrique l'Afrique dans la pauvreté mondiale s'est accrue et une proportion croissante des habitants de ce continent Depuis 1988, le bilan du développement de l'éducation n'est pas en mesure de subvenir à ses besoins élémen- en Afrique est décevant. Plusieurs pays-- tels que le taires. Plus de 240 millions de personnes y vivent avec Botswana, le Cap-Vert, l'île Maurice, la Namibie, les moins d'un dollar US par jour. Avec sa population en Seychelles, le Swaziland et le Zimbabwe-- ont été en croissance rapide, cette région a besoin d'un taux de mesure de maintenir le rythme des progrès observé croissance annuel de 5 pour cent pour empêcher la dans les années 1980 et 1990. D'autres pays ont lancé croissance de la frange pauvre de sa population. La des programmes prometteurs de réforme et de réduction de moitié du taux de pauvreté d'ici 2015 développement à long terme. Toutefois, la réalité pour exigera une croissance du produit national brut (PNB) de trop nombreux Africains se présente sous les traits par habitant d'au moins 7 % -- ce qui est peu prob- d'un système éducatif caractérisé par une qualité able sans accélération du progrès à tous les niveaux du médiocre et un accès limité. système éducatif. De manière généralisée, la région a connu une À défaut d'un développement spectaculaire de stagnation importante depuis 1990, échouant dans sa l'éducation au niveau national, l'Afrique ratera l'objec- tentative d'éliminer les revers des années 1980. Tous tif de la scolarisation primaire universelle en l'an les niveaux scolaires ne disposent que d'un nombre 2015, laissant 55 millions d'enfants africains sur le insuffisant d'établissements et l'état des infrastruc- carreau. Les tendances en matière de scolarisation tures existantes laisse souvent à désirer en termes observées depuis la conférence de Jomtien de 1990 d'entretien et d'équipement. Les enseignants, indiquent qu'en 2015, l'Afrique comptera 15 % des fréquemment sous-payés et sous-qualifiés, ne enfants en âge de scolarisation primaire dans le reçoivent que rarement l'aide et le contrôle dont ils monde, mais que 75 % de ces enfants seront exclus du ont besoin pour leur permettre de remplir efficace- système scolaire. ment leur mission. Pour la plupart des étudiants L'incapacité à étendre aux couches pauvres de la africains, le nombre d'heures de scolarisation annuel population les avantages du développement éducatif UNE CHANCE POUR APPRENDRE 1 est dès lors susceptible d'entraîner des coûts l'éducation et de l'amélioration des résultats scolaires. extrêmement élevés -- en termes économique, Le gaspillage des ressources dans le secteur public et la social et politique. Ainsi, le développement éducatif faiblesse des structures gouvernementales constituent en Afrique doit-il faire partie de stratégies plus toujours autant d'entraves au développement et néces- générales de réduction de la pauvreté et de sitent des réformes urgentes. La dette extérieure développement rural. Les exemples de succès édu- insoutenable a détourné les maigres ressources exis- catifs et d'innovations prometteuses en Afrique sub- tantes des besoins sociaux essentiels-- frappant de saharienne sont suffisamment nombreux pour plein fouet les franges pauvres de la société. C'est la attester des résultats susceptibles d'être atteints, à raison pour laquelle les ressources dégagées dans le la condition que les pays fassent preuve d'un cadre de l'initiative HIPC doivent être réellement des engagement sincère en faveur du développement de ressources supplémentaires et être affectées aux besoins l'éducation. de la population pauvre. L'Afrique ne peut pas supporter les investissements Le contexte du développement africain requis en termes d'éducation et d'infrastructure, à moins qu'elle ne soit en mesure de résoudre trois autres défis Le contexte général du développement du système de taille en matière de développement--mettre fin aux éducatif africain a subi de profondes modifications nombreux conflits armés, inverser la pandémie au cours de la dernière décennie. L'élément essentiel VIH/SIDA et diminuer les taux de fécondité. Les récents est que les performances économiques se sont conflits en Afrique ont causé un véritable désastre remarquablement améliorées depuis 1995, en enregis- humain et économique. Un Africain sur cinq trant même - pour la première fois depuis les années au moins vit dans un pays gravement touché par la 1970 - plusieurs années consécutives de croissance du guerre. Entre 1990 et 1994, plus d'un million de per- revenu par habitant. sonnes sont mortes en raison de ces conflits. En 1998, · Dans certains pays, tel l'Ouganda, la croissance plus de 20 millions d'Africains étaient soit réfugiés, soit commence à générer les ressources nécessaires à déplacés. Le rétablissement de la paix et de la stabilité l'extension des opportunités éducatives. dans la région est dès lors une priorité urgente. · Plusieurs pays peuvent s'attendre à disposer L'Afrique est le continent le plus touché par le de ressources supplémentaires significatives SIDA, qui, d'un problème médical, s'est transformé en à affecter au développement de l'éducation en une question de développement. En décimant les raison de la mise en oeuvre du programme personnes au cours de leur période la plus produc- d'allègement de la dette en faveur des pays pau- tive, cette pandémie détruit le tissu social et vres très endettés (HIPC). économique de ces pays. L'annihilation des progrès · Alors que des conflits ont ruiné les économies de de développement humain accomplis au prix de plusieurs pays, de nombreux autres progressent grands efforts, le remplacement des membres du sans à-coups dans le sens de la mise en place corps enseignant ayant succombés aux affections d'une meilleure gouvernance et d'une démocratie liées au SIDA, la fourniture d'une éducation aux participative. orphelins de parents morts du SIDA et l'intégration Grâce à ces changements, les possibilités de l'éducation au SIDA dans les programmes scolaires d'accélération du développement de l'éducation sont sont autant de défis urgents. meilleures à l'heure actuelle qu'elles ne l'ont été au Dans l'intervalle, une rapide croissance démo- cours de la dernière décennie. À l'occasion du Forum graphique a constamment contrecarré les efforts international pour l'Éducation organisé à Dakar en visant à instaurer un système d'éducation primaire avril 2000, les 185 pays participants ont adopté un universelle. En dépit de l'impact du SIDA, la popula- Cadre d'Action visant à réaliser l'objectif de l'Éduca- tion africaine continuera à croître rapidement par tion pour tous à l'horizon de 2015, en accordant une rapport aux normes internationales. Son taux de attention toute particulière aux besoins de l'Afrique dépendance est le plus élevé au monde et pèse lourde- subsaharienne. ment sur les budgets nationaux et des ménages. Toutefois, la région est encore confrontée à des défis L'Afrique doit faire face à tous ces défis pour aller de de taille en matière de développement. La pauvreté, l'avant et créer des systèmes éducatifs répondant aux omniprésente, entrave la généralisation de l'accès à besoins du 21ème siècle. 2 RÉSUMÉ Les réponses des pays africains · l'exploration de solutions alternatives aux approches de prestation de services existantes qui Étant donné l'ampleur des défis de développement reposent à l'heure actuelle sur des hypothèses ne auxquels doit faire face l'Afrique et l'échec généralisé s'appliquant pas à la plupart des pays d'Afrique. des méthodes actuelles dans le secteur de l'éducation · le déplacement, dans de nombreux cas, des déci- pour obtenir les résultats escomptés, des réponses sions relatives à la planification et à l'allocation des claires et fermes sont attendues de la part des gou- ressources des ministères centraux vers les admin- vernements nationaux. Le défi de l'éducation nationale istrations locales et les organisations communau- s'articule autour de quatre grands axes : taires. · La création d'un cadre pour la réforme. · l'affectation des ressources adéquates pour les · L'identification des priorités stratégiques. besoins autres que le paiement de salaires. · Le développement des programmes d'investissement · le partage stratégique de la responsabilité · La prise de mesures sélectives sur la base de de financement et de fourniture des services édu- quelques principes évidents. catifs entre les pouvoirs publics, les acteurs Quelle est la signification de ces quatre dimensions privés, les parents et les organisations non pour les gouvernements nationaux ? Tout d'abord, la gouvernementales (ONG). mise en place d'un cadre favorisant les réformes exige Quatrièmement, agir de manière sélective pour des changements politiques audacieux, durables à enregistrer des progrès notables dans le développe- terme et mis en oeuvre dans le cadre d'une vaste ment de l'éducation ne pourra être réalisé et soutenu coopération avec la société civile et les donateurs. qu'au prix d'efforts étayés par un engagement Ces réformes doivent être mises en oeuvre dans une sincère vis-à-vis d'un ensemble de principes claire- perspective sectorielle promouvant le développement ment définis. équilibré de l'éducation et prenant en compte les liens · Une recherche permanente de la qualité. À défaut, existant entre les différents composants du système. il est peu probable que l'augmentation des possi- Le défi est de mettre sur pied des solutions locales aux bilités d'éducation soit en mesure d'atteindre ses problèmes d'ordre financier, éducatif et institutionnel objectifs --à savoir transmettre des connais- --inspirées par l'expérience internationale. sances utiles, des capacités de raisonnement, des Deuxièmement, en raison de la grande diversité compétences et des valeurs. des contextes en Afrique, le processus d'identification · Une inébranlable volonté d'équité. Il est vital de des priorités stratégiques doit être mené à l'échelle veiller à ce que les groupes défavorisés--notam- nationale. Toutefois, afin de générer un progrès ment la population pauvre, la population rurale et considérable dans l'évolution de l'éducation, il y a lieu les femmes--aient accès, sur un pied d'égalité, de placer parmi les objectifs prioritaires de chaque aux opportunités éducatives à tous les niveaux pays, l'augmentation de la réussite scolaire de la d'étude. Cela nécessitera des stratégies spéci- main-d'oeuvre à travers un système d'éducation fiquement ciblées sur les groupes difficilement primaire universelle -- et l'élargissement progressif de accessibles et une meilleure analyse des mécan- l'accès au cycle d'enseignement complet. Les deux ismes d'exclusion éducative. autres priorités sont tout particulièrement impor- · Une volonté de faire des choix difficiles pour tantes en raison de la domination sans cesse crois- assurer une viabilité financière. Les pays africains sante exercée par les technologies de l'information et devront s'assurer de la viabilité financière des de la communication sur le monde du travail : stratégies de développement de l'éducation. l'amélioration des compétences professionnelles et Il importe de prendre des décisions fermes en techniques et le renforcement des enseignements matière de fixation des priorités de dépenses, de post-primaires dans les domaines des sciences, des dépense efficace des ressources ayant été mathématiques et de la technologie. attribuées, de diversification des sources de Troisièmement, la conception de programmes financement, et, dans de nombreux cas, de d'investissement chargés de la mise en place de ces mobilisation de sources de financement supplé- objectifs nécessitera souvent des changements mentaires. Dès que ces décisions auront été fondamentaux dans la gestion et le financement des prises, il conviendra de s'y conformer. systèmes éducatifs : UNE CHANCE POUR APPRENDRE 3 · Un accent sur le renforcement institutionnel. Une d'éradication de la pauvreté que s'est assignée la planification, une mise en oeuvre et une évaluation Banque mondiale. La Banque présente deux avantages des réformes efficaces dépendent de la mise comparatifs en terme de développement du secteur en place d'initiatives valables, de normes éducatif : une perspective macro-économique et de raisonnables, de structures organisationnelles de dépense publique, ainsi que des connaissances et une qualité et d'un personnel compétent. Ces principes expertise internationale exceptionnellement élevées. sont indispensables au succès d'une stratégie de Même dans ces conditions, l'étendue et l'efficacité développement de l'éducation. du soutien de la Banque mondiale ont souvent été Le programme de réforme et de progrès est limitées. Les engagements de prêts se sont stabilisés ambitieux. Toutefois, l'émergence de nouvelles tech- en deçà du niveau correspondant à son engagement nologies crée des opportunités de progrès au bénéfice institutionnel de lutte contre la pauvreté. La Banque de l'éducation en Afrique, qui auraient été inimagin- n'a pas toujours répondu adéquatement aux besoins ables il y a une décennie. L'Afrique ne sera en mesure d'un développement équilibré des différents niveaux de tirer profit de ces nouvelles opportunités de partic- du système éducatif. Les recommandations de poli- ipation à l'économie du savoir mondiale que si ses tique ont souvent reposé sur de mauvaises assises systèmes éducatifs sont en mesure de maîtriser le analytiques. Les liens avec des actions plus vastes de potentiel des technologies de l'information et de la réduction de la pauvreté n'ont pas été correctement communication. établis. Enfin, trop peu d'interventions ont généré des En outre, pour réussir, le processus d'identification bénéfices institutionnels durables. des priorités, ainsi que le processus de conception et Les rapports de la Banque mondiale mettent en de mise en oeuvre des réformes doivent être réalisés évidence l'impact limité de nombreux investissements sous l'égide des gouvernements nationaux. La direc- effectués dans le passé et soulignent le besoin de tirer tion et la prise en charge nationales sont générale- une leçon de ces expériences -- au moment où les ment considérées comme des éléments essentiels appels aux donateurs se font plus pressants en vue de d'une mise en oeuvre réussie. contribuer aux partenariats de développement de Beaucoup d'activités ont déjà été lancées. Le l'éducation mis en oeuvre au niveau national. Burkina Faso, la Guinée, la Mozambique, le Sénégal L'instauration de la démocratie a créé des conditions et l'Ouganda ont tous lancé des programmes promet- favorables au dialogue, entre les parties intéressées, à teurs de réforme et de développement de l'enseigne- propos de la réforme de l'éducation et plusieurs pays ment primaire à long terme. L'Ouganda a également ont soit mis en place de telles réformes, soit lancé de mis en oeuvre des changements de grande envergure nouveaux programmes prometteurs. Simultanément, dans l'enseignement supérieur. Plusieurs pays de la les donateurs apprennent à coopérer plus étroitement Communauté de Développement d'Afrique du Sud avec les gouvernements, entre eux et avec la société organisent des réformes dans l'enseignement civile dans la poursuite de leurs objectifs communs. La secondaire et dans le domaine de l'enseignement des mise en oeuvre de programmes sectoriels en particulier mathématiques et des sciences. Madagascar et la constitue une nouvelle approche encourageante. Zambie projettent des réformes radicales dans le Pour saisir ces nouvelles opportunités, la Banque cadre du financement et de la gestion de l'enseigne- mondiale doit faire plus--et doit le faire mieux. ment technique et de la formation professionnelle. Le renforcement de son efficacité en tant que parte- L'Afrique du Sud a élaboré un vaste programme de naire implique à la fois la création d'une stratégie et réforme du secteur en neuf points. Ces efforts résul- l'identification d'objectifs spécifiques. La stratégie de tent de la constatation que sans systèmes éducatifs la Banque devrait accorder la priorité à l'encourage- équitables, efficaces et de qualité supérieure, ment de l'innovation et du changement et à l'exploita- l'Afrique ne peut pas affronter les défis de développe- tion de son avantage comparatif. La Banque ne peut ment du 21ème siècle. être un prêteur efficace que si elle accroît l'efficacité des services non financiers, en partageant ses con- La réponse de la Banque mondiale naissances et en reconnaissant et promouvant la capacité locale à realiser des analyses solides. Cette Le soutien du développement de l'éducation accéléré stratégie devrait également mettre l'accent sur les pri- en Afrique est fondamental dans le cadre de la mission orités institutionnelles de la Banque dans le secteur 4 RÉSUMÉ de l'éducation : un accès équitable pour la population développement de prêt nécessitera également un pauvre, et en particulier les filles ; l'intégration de la accroissement des services autres que les prêts et la lutte contre le VIH/SIDA en tant qu'élément central de définition de normes claires dès le départ. Il est égale- son portefeuille d'actions et l'amélioration de la qual- ment essentiel de rendre l'application des politiques et ité des dispositions mesurée par le développement de des procédures de la Banque plus souples afin de lui l'enseignement et le financement durable. Tout ceci permettre de répondre de manière plus dynamique aux nécessite que les investissements en matière d'éduca- nouvelles priorités des programmes d'aide financière, de tion soient conçus comme un élément intégral des pro- mise en oeuvre décentralisée et de participation grammes généraux de réduction de la pauvreté. Les communautaire. En particulier, la Banque devra soutenir membres du corps enseignant devront dès lors travailler des programmes impliquant des dépenses récurrentes, d'une manière plus intégrée au travers des différents telles que les salaires des enseignants. secteurs. La promotion de partenariats à long terme avec les Dans le cadre de cette stratégie, la Banque doit : gouvernements et la société civile obligera la Banque à · Soutenir activement les priorités de développement disposer d'un spécialiste sectoriel dans le bureau local de sectoriel au niveau national. chaque pays dans lequel la Banque est impliquée de · Améliorer les performances de son portefeuille manière significative dans le secteur éducatif. Il s'agit d'actions. d'un défi en Afrique, où la plupart des pays sont petits Le soutien de la Banque sera sans cesse conçu pour et où les opérations sont souvent compromises par promouvoir le développement équilibré du secteur tout l'instabilité économique et politique. entier et pour prendre en compte les liens entre toutes L'adaptation des stratégies de soutien aux condi- les composantes du système éducatif--depuis la petite tions domestiques exige que la Banque adopte une atti- enfance jusqu'à la formation post-universitaire. Les tude plus souple et plus ouverte. Dans l'éventualité de priorités d'investissement seront le reflet de la néces- l'existence des conditions du succès, elle pourrait fournir sité de l'éducation primaire universelle pour atteindre une aide financière d'envergure au développement de les objectifs nationaux de développement économique l'éducation. Lorsque les environnements politiques sont et social. Elles reconnaîtront également l'importance de faibles, elle pourrait aider les réformes par le biais de l'expansion progressive et sélective au-delà du niveau petits prêts d'investissement spécifiques. Les opérations primaire. Les objectifs et les cibles soutenus par ces de la Banque devraient offrir une assistance et une investissements seront spécifiques aux différents pays motivation suffisantes pour permettre aux pays sortant et seront le reflet d'un consensus politique quant aux de conflits politiques de créer aussi rapidement que priorités et aux compensations basé sur la disponibilité possible les conditions favorables à la mise en oeuvre de des ressources humaines et financières, les objectifs de programmes de développement sectoriel viables. développement, les indicateurs du marché du travail et Nombre des réformes politiques et des innovations les exigences de la société. dont ces pays ont tant besoin pourraient être plus Une meilleure performance du portefeuille néces- efficaces si elles étaient réalisées en coopération avec sitera la prise de mesures dans cinq domaines : les pays voisins rencontrant les mêmes problèmes. Cette · Amélioration du développement d'un système coopération permettrait également aux programmes de prêt. d'exploiter les économies d'échelle, de recruter des · Promotion des partenariats. étudiants à partir d'un pool de candidats plus étoffé et · Adaptation des stratégies de soutien aux conditions de tirer des enseignements de la mise en oeuvre à domestiques. différents endroits. Afin de soutenir plus efficacement · Mise en pratique des connaissances poussées. les programmes régionaux ou sous-régionaux, la Banque · Amélioration des compétences du personnel. devra développer des instruments répondant aux L'amélioration du processus d'élaboration des prêts exigences spécifiques de ces programmes. nécessitera que l'accent soit mis sur le soutien des pays La Banque ne peut répondre à ces défis qu'en dans leurs efforts de mise en oeuvre des réformes qu'ils appliquant des connaissances de pointe à ses activités ont identifiées. Avec plus de 40 emprunteurs potentiels, -- ce que les clients de la Banque exigent et sont en la Banque doit faire face à toute une série de situations droit de recevoir. Le savoir acquis ne peut être efficace de développement et mettre au point des stratégies de que s'il est étayé par des analyses sectorielles des prob- prêt pour répondre à ces situations. L'amélioration du lèmes économiques, financiers, pédagogiques et insti- UNE CHANCE POUR APPRENDRE 5 tutionnels. Les solutions techniques doivent s'appuyer moins expérimentés -- et de mettre en oeuvre un pro- sur les conditions locales et refléter les connaissances gramme de formation du personnel, spécifiquement locales, tout en intégrant l'expérience internationale. orienté sur l'Afrique. En effet, le renforcement de la capacité des pays à Aucun de ces objectifs ne pourra être atteint si la développer et appliquer les nouvelles connaissances Banque ne pratique pas immédiatement une analyse doit bénéficier d'un niveau de priorité supérieur. plus détaillée et une approche plus sélective. Afin de faire correspondre son personnel à la nou- La Banque doit faire preuve d'une plus grande sélec- velle stratégie sectorielle, la Banque constituera un tivité dans le contexte de l'intensification du dialogue groupe adéquat d'économistes, de spécialistes en et du partenariat avec les gouvernements et avec matière d'éducation et de personnel qualifié dans des d'autres acteurs de développement avec lesquels la domaines tels que l'analyse et la mise en oeuvre insti- Banque est moins habituée à collaborer. L'expérience tutionnelles. La stratégie exige un mélange équilibré nous enseigne que l'objectif de l'éducation pour tous d'employés ayant de l'expérience et de personnel plus ne peut être atteint et maintenu que lorsque les gou- jeune désireux d'expérimenter et d'innover. L'approfon- vernements, les donateurs et la société civile oeuvrent dissement des connaissances techniques et opéra- ensemble à la mise en place de priorités partagées. tionnelles relatives à l'éducation en Afrique est la base Le Forum international pour l'Éducation de Dakar et le de la réussite du programme d'action proposé. Pour Sommet social ont insufflé une nouvelle urgence dans atteindre cet objectif, il conviendra de recruter du les efforts collectifs visant à la mise en place de l'édu- personnel--au sein et en dehors de la Banque-- allant cation pour tous. La Banque mondiale est déterminée du personnel de première catégorie disposant de à saisir cette opportunité. Elle fournira une contribu- beaucoup d'expérience, au jeune talent regorgeant de tion maximale pour atteindre le but de l'éducation pri- promesses. Il conviendra également de conclure des maire universelle d'ici l'an 2015, tout en intensifiant dispositions explicites avec des employés expérimentés son soutien au développement du secteur éducatif. afin qu'ils accompagnent et forment leurs collègues 6 RÉSUMÉ 1. L'éducation africaine au seuil du enfants à l'éducation et exige des pays signataires la vingt-et-unième siècle mise en place d'une scolarisation élémentaire obligatoire et gratuite. L'éducation est également la La Région Afrique de la Banque mondiale comprend les pierre angulaire du développement et le fondement de 41 pays (Djibouti fait partie de la Région Moyen- la compétitivité économique et du bien-être social. Orient et Afrique du Nord) situés sur le continent au De nombreuses études ont démontré un impact positif sud du Sahara et les 6 îles indépendantes situées à important de l'éducation, en particulier l'éducation proximité. Le riche héritage culturel et ethnique de primaire sur la croissance économique (Barro 1991 ; l'Afrique se reflète dans les différentes traditions de Lau, Jamison, et Louat 1991; Nehru et Dhareshwar tous les pays-- un héritage chrétien précoce dans le 1994), sur les revenus (Psacharopoulos 1985) et sur bassin du Nil, une forte influence islamique dans le la productivité (Lockheed, Jamison, et Lau 1980). nord, ainsi que des influences chrétiennes datant du En augmentant la valeur et l'efficacité du travail, colonialisme dans de nombreux pays d'Afrique centrale l'éducation aide les pauvres à sortir de leur misère. En et méridionale. Chaque île indépendante a développé augmentant la productivité générale et la souplesse sa propre culture. intellectuelle de la main-d'oeuvre, elle contribue à Géographiquement et économiquement, l'Afrique l'amélioration de la concurrence d'un pays sur les est variée et fragmentée. En 1998, la population de la marchés mondiaux. région était d'environ 630 millions de personnes, dont Presque toutes les économies nouvellement deux tiers vivent dans des zones rurales. Sept pays industrialisées qui ont connu une croissance spectac- comptent moins d'un million d'habitants. Le Nigeria en ulaire au cours de ces 25 dernières années-- telles compte 120 millions et l'Éthiopie, 60. À l'intérieur du que Hongkong, la République de Corée et Singapour continent les communications et les déplacements sont -- ont atteint la scolarisation primaire (pratique- difficiles et le commerce domestique est limité. ment) universelle dès 1965. Ce phénomène a con- Le PNB par habitant était en moyenne de 488 dollars tribué à l'augmentation de la productivité et a en 1998, allant d'environ 100 dollars en République préparé le terrain pour une distribution équitable des démocratique du Congo, en Éthiopie, en Érythrée et au bénéfices d'une croissance rapide. Par contre, les pays Mozambique à plus de 2 800 dollars au Botswana, au aux populations analphabètes ne peuvent pas espérer Gabon, à l'île Maurice et en Afrique du Sud. Dans augmenter leurs revenus et leur bien-être (Lockheed l'ensemble toutefois, la croissance du PNB et le et Verspoor 1991 ; Banque mondiale 1991, 1999a). développement humain ont pris du retard par rapport à L'éducation est dès lors inextricablement liée au ceux des autres régions, particulièrement depuis 1980. développement économique. Elle est à la fois une En dépit de gains enregistrés au cours de la deux- source et une conséquence du développement, étant ième moitié des années 1990, l'Afrique subsaharienne donné que la croissance économique fournit les entre dans le 21ème siècle en comptant dans ses rangs ressources indispensables à l'accroissement des les pays parmi les plus pauvres du monde. L'Afrique opportunités éducatives. peut-elle relever les défis du 21ème siècle ? L'éducation primaire ne peut pas se développer et La réponse à cette question dépendra en grande partie les économies ne peuvent pas croître sans un système de l'ampleur et de l'efficacité des investissements en éducatif formant un grand nombre d'étudiants au-delà matière d'éducation. Des décennies de recherche et du cycle élémentaire, y compris la formation d'expérience en Afrique et ailleurs ont prouvé le rôle d'étudiants au niveau universitaire. Pour être durable, essentiel qu'une population instruite peut jouer dans le développement de l'éducation doit être équilibré. la mise en place, le soutien et l'accélération du Le développement de l'éducation doit garantir que les développement économique et social. Le développe- systèmes forment des étudiants à différents niveaux, ment de l'éducation est indubitablement d'une impor- en leur fournissant des qualifications correspondant à tance cruciale pour l'Afrique. la demande sur le marché du travail et qu'ils assurent L'éducation fondamentale est reconnue dans tous un apport constant d'ouvriers qualifiés, de techni- les pays comme un droit de la personne élémentaire. ciens, de spécialistes, de cadres et de dirigeants. La Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, Outre ces bienfaits économiques, l'éducation-- ratifiée par tous les pays du monde à l'exclusion de la notamment des jeunes filles--a des répercussions pos- Somalie et des États-Unis, reconnaît le droit des itives sur toute une série d'activités non salariales qui UNE CHANCE POUR APPRENDRE 7 accroissent le bien-être des ménages. Par exemple, la rendements de ces investissements se matérialiseront formation des jeunes filles modifie le comportement seulement dans un environnement de gestion respon- permettant de réduire ultérieurement la fécondité et le sable, de stabilité politique et macro-économique et taux de mortalité infantile, d'améliorer la santé du d'accès large et équitable aux services sociaux. ménage grâce à de meilleures pratiques nutritionnelles et sanitaires et d'améliorer les performances scolaires des enfants. Certains de ces changements comporte- Stagnation des progrès du développement mentaux profitent également à la société, telle la de l'éducation réduction de la fréquence des maladies contagieuses. L'éducation peut également accroître la cohésion En 1960-- à l'époque où la plupart des pays africains sociale en enseignant aux enfants, à un stade précoce, ont obtenu leur indépendance du colonialisme-- la à apprendre et à travailler avec des personnes d'autres région accusait un grand retard par rapport au monde groupes sociaux ou ethniques, en contribuant de industrialisé dans pratiquement tous les indicateurs la sorte à l'émergence d'une nation et à la tolérance standard en matière de développement de l'éducation. personnelle. Un meilleur accès et un accès équitable à Les efforts déployés pour pallier cette situation ont l'éducation sont dès lors essentiels pour l'enregistre- produit des résultats remarquables au cours des ment de progrès soutenus vers la démocratie, la par- années 1960 et 1970. Depuis 1980, les inscriptions ticipation civique et l'amélioration de la gouvernance. ont diminué. L'accès à l'éducation a progressé lente- Trois mises en garde s'imposent toutefois claire- ment. La qualité des infrastructures et de l'enseigne- ment. Tout d'abord, le développement de l'éducation ment est médiocre dans de nombreuses zones. est une condition nécessaire, mais insuffisante, du Les taux de redoublement sont élevés et les taux de processus de développement. Deuxièmement, seuls les réussite scolaire, faibles. Alors que les tendances investissements pour une éducation de qualité -- régionales cachent de très grandes variations répartis de manière équilibrée dans tous les secteurs nationales dans le développement, elles sont indica- du système-- font une différence. Troisièmement, les tives des défis auxquels l'Afrique fait face. Tableau 1.1 Taux brut de scolarisation en Afrique, 1960-97 (%) Niveau 1960 1970 1980 1990 1997 Total dans le primaire 43,2 52,5 79,5 74,8 76,8 Filles au primaire 32,0 42,8 70,2 67,6 69,4 Garçons au primaire 54,4 62,3 88,7 81,9 84,1 % de filles au primaire par rapport au total 37,0 41,0 44,0 45,0 45,0 Total dans le secondaire 3,1 7,1 17,5 22,4 26,2 Filles dans le secondaire 2,0 4,6 12,8 19,2 23,3 Garçons dans le secondaire 4,2 9,6 22,2 25,5 29,1 % de filles au secondaire par rapport au total 32,0 33,0 36,0 43,0 44,0 Total dans le supérieur 0,2 0,8 1,7 3,0 3,9 Filles dans le supérieur 0,1 0,3 0,7 1,9 2,8 Garçons dans le supérieur 0,4 1,3 2,7 4,1 5,1 % de filles dans le supérieur par rapport 20,0 20,0 22,0 32,0 35,0 au total Note : Toutes les données incluent l'Afrique du Sud excepté 1960. Source : UNESCO 1984, 1999b. 8 L'ÉDUCATION AFRICAINE AU SEUIL DU VINGT-ET-UNIÈME SIÈCLE L'accès à l'éducation primaire années 1990, contre 51 % pour toutes les régions en voie de développement. Le taux d'inscription dans Les inscriptions ont quintuplé au cours des années le supérieur a atteint pour l'Afrique 3,9 % en 1997, 1960 et 1970--passant de 12 à 62 millions. Les contre 10 pour cent pour tous les pays en voie de inscriptions primaires sont passées de 11 millions développement. d'élèves en 1960 à pratiquement 53 millions en 1980, Les inscriptions féminines dans le primaire ont alors que le taux brut de scolarisation dans le primaire augmenté de 55 pour cent entre 1980 et 1995 et dépassait 79 % en 1980 (tableau 1.1.). La croissance ont pratiquement épousé la courbe de la croissance aux niveaux secondaire et supérieur a été encore plus démographique. Au niveau secondaire, le taux de spectaculaire, le nombre d'inscriptions ayant en effet participation des jeunes filles a plus que doublé, et a été multiplié par 15 et 20 respectivement. plus que quadruplé au niveau supérieur. En dépit de Entre 1980 et 1995, les inscriptions ont continué ces progressions, les inégalités entre les sexes persis- à progresser en chiffres absolus, mais à un rythme tent à tous les niveaux. Les inscriptions féminines ne nettement plus lent que celui observé au cours de la représentent que 80 % des inscriptions masculines période suivant immédiatement la conquête de aux niveaux primaire et secondaire et moins de l'indépendance. Le nombre d'élèves à l'école primaire 55 pour cent au niveau supérieur. a progressé de 52 %, atteignant ainsi 76,5 millions. Alors que les taux d'inscription nets ont stagné, les Le nombre d'élèves à l'école secondaire a doublé pour taux nets de scolarisation et d'admission se sont passer à 18,8 millions, alors que le nombre d'étudiants sensiblement améliorés au cours des années 1990 dans le supérieur a plus que triplé, pour atteindre 1,9 (tableau 1.2). Les taux d'inscription nets sont passés million. de 54 pour cent en 1990 à 60 pour cent en 1998, les Au niveau primaire cependant, la croissance des taux d'admission apparents, de 70 pour cent à 81 pour inscriptions n'a pas suivi la poussée démographique. cent, et les taux d'admission nets de 33 pour cent Le taux brut de scolarisation dans le primaire a reculé à 43 pour cent. La couverture nationale de ces indica- de 80 pour cent en 1980 à 75 pour cent en 1990, teurs, bien qu'incomplète, suggère néanmoins que le principalement en raison de la chute des taux de nombre d'enfants en âge de scolarité à l'école aug- participation de la population masculine. Dans les mente, que le déclin de la participation des garçons a années 1990, le taux d'inscription, en particulier des été inversé, que le nombre d'enfants inscrits au niveau garçons, a commencé à se rétablir, pour atteindre élémentaire augmente et que la proportion des enfants 77 pour cent en 1997. Le taux de scolarisation brut au plus âgés et moins âgés que la norme a reculé--ce qui niveau secondaire pour l'Afrique était de 26 % dans les pourrait être le reflet du déclin des taux de redouble- Tableau 1.2 Taux d'inscription et d'admission nets à l'école primaire en 1990, 1995 et 1998 1990 1995 1998 Garçons Filles Garçons Filles Garçons Filles Taux d'inscription neta 59,8 49,9 64,2 52,9 67,6 54,2 Taux d'admission apparentb 75,7 65,3 83,4 70,0 88,3 73,5 Taux d'admission netc 34,7 31,9 41,4d 40,6d 44,5 41,6 a. Le taux d'inscription net représente le nombre d'enfants en âge scolaire-- à l'exclusion des enfants en dessous ou au-dessus de l'âge normal-- par rapport à la population en âge scolaire. b. Le taux d'admission apparent, ou brut, représente le nombre d'enfants de première année, quel que soit leur âge, en pourcentage de la population en âge officiel d'entrée à l'école. c. Le taux d'admission net représente le nombre d'enfants en âge scolaire entrant à l'école en pourcentage de la population en âge scolaire officielle. d. Aucune donnée n'ayant pu être obtenue pour 1995, ces chiffres se rapportent à 1994. Source : UNESCO 2000b. UNE CHANCE POUR APPRENDRE 9 ment observé par l'UNESCO (2000a). Toutefois, de dans la plupart des pays africains. Les problèmes nombreux enfants s'inscrivent tardivement (seuls deux économiques des années 1980 ont entraîné un déclin tiers des nouveaux inscrits en 1998 avaient l'âge offi- spectaculaire des taux de participation au primaire, ciel d'inscription scolaire), le fossé observé dans les lesquels n'ont été que partiellement rétablis dans les taux d'inscription initiaux des jeunes filles s'est accru années 1990 (schéma 1.1). Quarante pour cent des et plus de 40 pour cent des enfants en âge scolaire ne enfants en âge de scolarité ne fréquentent pas l'école. fréquentent pas l'école. Des 44 pays pour lesquels des données sont disponibles Le Botswana, le Cap-Vert, l'Ile Maurice, la Namibie, pour 1996, seuls 10 (Botswana, Cap-Vert, Congo, les Seychelles, le Swaziland et le Zimbabwe ont main- Malawi, île Maurice, Namibie, Afrique du Sud, Swaziland, tenu le rythme des progrès en matière d'éducation en Togo et Zimbabwe) avaient atteint un taux brut de dépit de craintes à propos de la qualité de l'enseigne- scolarisation dans le primaire de 100 %. Sept autres pays ment et de l'apprentissage. Le Malawi, la Mauritanie et (Burkina Faso, Burundi, Éthiopie, Liberia, Mali, Niger et l'Ouganda ont mis en place des politiques qui ont abouti Somalie) avaient un taux inférieur à 50 pour cent. à un accroissement soudain des inscriptions en primaire Depuis 1985, le taux brut de scolarisation dans le et doivent maintenant faire face aux défis de qualité qui primaire a en réalité reculé dans 17 pays --Angola, en ont résulté. Le Burkina Faso, la Guinée, le Burundi, Cameroun, République centrafricaine, Comores, Mozambique et le Sénégal ont opté pour une approche Côte d'Ivoire, République Démocratique du Congo, plus progressive. De nombreux autres pays-- dont Kenya, Lesotho, Liberia, Madagascar, Mozambique, Niger, le Nigeria-- sont en train de formuler des stratégies Sierra Leone, Somalie, Tanzanie et Zambie. Ensemble, ces intégrées à long terme pour le développement de 17 pays abritent plus de la moitié de la population l'éducation, notamment l'éducation primaire universelle. africaine en âge scolaire (UNESCO 1998d). En dépit des progrès enregistrés dans certains pays, Le défi est clair. Dans presque tous les pays, l'accès l'accès à l'éducation primaire demeure problématique à la scolarisation a été trop lent pour atteindre les Schéma 1.1 La chute du taux d'inscription en primaire dans de nombreux pays africains Pourcentage 120 1985 100 1990 80 1997 60 40 20 0 Zambie Angola RCA Nigeria Cameroun Côte d'Ivoire Mozambique Liberia Tanzanie Kenya Comores Sierra Leone Madagascar Congo, République démocratique du Source : UNESCO 1998a. 10 L'ÉDUCATION AFRICAINE AU SEUIL DU VINGT-ET-UNIÈME SIÈCLE objectifs internationaux en matière d'éducation Le développement de l'enseignement se heurte tendant à l'égalité entre les sexes et l'éducation pri- en outre au manque de matériel (encadré 1.1). maire universelle. (Les dates cibles de l'Organisation Le matériel disponible l'est souvent dans une langue de Coopération et de Développement économiques, que la plupart des étudiants ne parlent pas chez eux. Comité d'Assistance au développement, sont 2005 Une étude récente (UNESCO 1998d) a montré que dans pour l'égalité entre les sexes dans le cadre de l'éduca- 10 pays sous revue sur 11, plus d'un tiers des étudi- tion primaire et secondaire et 2015 pour l'éducation ants se trouvaient dans des classes sans tableau. Dans primaire universelle; OCDE, CAD 1996.) Environ 12 % 8 pays sur 11, plus de la moitié des étudiants en fin des enfants âgés de 6 à 11 ans vivent en Afrique ; de cycle ne disposaient pas de livres de mathéma- cependant, cette région compte plus d'un tiers des tiques. La plupart des enfants africains passent en enfants non scolarisés dans le monde. À moins moyenne 50 % de temps en moins dans la salle de d'assister à un renversement de tendance, en 2015, classe au cours de l'année scolaire que les élèves 75 % des enfants non scolarisés seront africains vivant dans les pays industrialisés. (Oxfam 1999). Les privations liées à la pauvreté contribuent aux faibles niveaux de réussite scolaire observés Maîtrise des compétences fondamentales en Afrique. Les enfants pauvres sont ceux qui con- sacrent le plus de temps à participer directement ou Conditions de l'enseignement. De nombreux pays indirectement au revenu familial. Par conséquent, africains ne sont pas en mesure de fournir un ils risquent de ne pas affecter le temps extrasco- environnement adéquat pour un apprentissage efficace. laire normalement consacré aux devoirs, ils La surpopulation règne dans les classes et les risquent de s'absenter de l'école au cours des péri- enseignants sont sous-qualifiés, peu motivés, souvent odes de travaux intensifs et d'être moins bien dis- rémunérés de manière insuffisante et irrégulière et pra- posés à apprendre en classe en raison de leur état tiquement dépourvus de soutien de la part de la direc- de fatigue et de leur mauvaise préparation. Plus de tion. L'absentéisme du corps professoral est généralisé, 40 % des enfants africains sont chétifs, alors que perturbe le processus d'enseignement et mine la confi- pratiquement un tiers d'entre eux affichent un poids ance de l'opinion publique dans la valeur de l'éducation. insuffisant. Les enfants en âge de fréquenter Encadré 1.1 Disponibilité des manuels scolaires en Afrique La disponibilité des manuels est en général très faible Les retards dans l'approvisionnement en livres et la dans la plupart des pays africains. Certains pays (le croissance rapide des inscriptions dans le primaire sont Lesotho, par exemple) disposent de fonds bien gérés également des facteurs déterminants de la pénurie pour assurer la rotation des manuels depuis le début de manuels. des années 1980 et ont réussi à maintenir un bon L'insuffisance des manuels est fonction de l'éloigne- approvisionnement. Ils représentent toutefois l'excep- ment des écoles d'un centre de distribution. La tion. En Ouganda, les études sur le terrain réalisées en différence de disponibilité est considérable entre les 1999 ont démontré que, malgré un apport considérable régions urbaines et rurales. On remarque également des de manuels soutenu par des donateurs, le rapport variations selon les niveaux scolaires et les matières. Au livre/élève réel était dans certains cas de seulement niveau secondaire, les matières essentielles telles que les 1/30, résultat bien inférieur aux estimations officielles langues et les mathématiques disposent de plus de livres suggérant un rapport de 1/7. La raison principale de que les sciences et les sciences humaines. Bien que les cette divergence semble être la faible durée de vie des programmes d'études officiels spécifient typiquement livres en raison des mauvaises conditions de stockage 8 à 10 matières, les donateurs ont tendance à fournir et d'un taux élevé de livres perdus ou endommagés. uniquement des manuels pour les matières principales. UNE CHANCE POUR APPRENDRE 11 l'enseignement primaire sont également particulière- Plus récemment, le Consortium africain méridional ment vulnérables aux maladies affectant le plus les pour l'évaluation de la qualité de l'éducation a évalué milieux pauvres, en particulier les troubles gastro- l'aptitude à la lecture des étudiants de 6ème de intestinaux et respiratoires. Par rapport aux enfants en l'île Maurice, de Namibie, de Zambie, de Zanzibar et bonne santé, les enfants sous-alimentés et malades de Tanzanie. Les moyennes de réussite en lecture-- tirent un profit moindre des cours et ont davantage ten- c'est-à-dire le pourcentage de réponses correctes-- dance à les manquer (Lockheed et Verspoor 1991). Si les oscillaient entre 38 % et 58 % (schéma 1.2). frais privés de scolarisation sont élevés, les parents dans Au Sénégal, lors des tests de niveau basés sur un pro- les ménages pauvres sont davantage susceptibles de gramme officiel, seulement 25 % des étudiants ont retirer leurs enfants de l'école à un stade précoce du obtenu un niveau de maîtrise -- défini comme un cycle scolaire (UNICEF 1999). Tous ces effets sont exac- score de 75 % au moins de réponses correctes -- en erbés par la propagation rapide du VIH/SIDA, qui a des sciences et en français (INEADE 1997). répercussions sur la présence des enseignants et des étu- Redoublement. L'environnement d'apprentissage diants et absorbe les ressources du ménage. défavorable typique de nombreuses écoles en Afrique Suivi et évaluation. Comme on pouvait s'y attendre, entraîne souvent des taux de redoublement importants les étudiants qui achèvent l'enseignement primaire ont et des taux d'achèvement faibles (UNESCO 1998a). souvent un niveau d'enseignement excessivement faible. Plusieurs pays africains ont des taux de redoublement Les rares évaluations régulières de réussite scolaire faibles. Certains d'entre eux, comme par exemple la effectuées en Afrique ne sont guère encourageantes. En Zambie, ont adopté une politique d'admission automa- 1990 - 1991, le Botswana, le Nigeria et le Zimbabwe ont tique. Dans d'autres pays, tels que l'île Maurice, un participé à une étude menée dans 31 pays et portant sur enseignement efficace permet de limiter à moins de l'aptitude à la lecture en classe de quatrième (Elley 10 % le nombre d'étudiants qui redoublent chaque 1992). Les étudiants de ces trois pays ont obtenu les année. Toutefois, dans 15 pays, plus de 20 % des résultats les plus bas, nettement inférieurs à ceux des étudiants sont redoublants-- en Côte d'Ivoire, plus de élèves de quatre autres pays en voie de développement la moitié des élèves du primaire redoublent au moins participant à cette enquête (les Philippines, la Thaïlande, une fois. Le redoublement constitue une utilisation Trinité et Tobago et la République du Venezuela). inefficace des maigres ressources de ces pays. Dans 11 Schéma 1.2 Résultats des tests de réussite en lecture dans les pays participants Pourcentage 60 Narratif 50 Démonstratif 40 Documentaire 30 Ensemble 20 10 0 Namibie Ile Maurice Zanzibar, Tanzanie Zimbabwe Source : Saito 1998. 12 L'ÉDUCATION AFRICAINE AU SEUIL DU VINGT-ET-UNIÈME SIÈCLE des 33 pays pour lesquels les données sont Au-delà de l'éducation primaire disponibles, le rapport intrants-résultats (c'est-à-dire le nombre total d'années scolaires passé par une Peu de pays fournissent des opportunités d'éducation cohorte entrant à l'école primaire, divisé par le nombre et de formation adéquates aux élèves âgés de 12 à 17 théorique d'années scolaires qu'il aurait fallu aux ans (schéma 1.3). Tandis que certains jeunes de cette étudiants pour terminer le cycle d'éducation primaire tranche d'âge ne sont jamais allés à l'école et que s'il n'y avait eu aucun redoublement ou abandon) est d'autres l'ont quittée, nous observons dans de supérieur à 1,5. Plus la valeur est proche de 1, l'idéal, nombreux pays une proportion croissante de jeunes plus le système est efficace. Ces pays dépensent ayant terminé l'éducation primaire et cherchant des 50 pour cent ou plus des montants qui seraient néces- opportunités pour soit poursuivre leur scolarité, soit saires dans un système idéal. acquérir des aptitudes qui leur permettront d'entrer Le redoublement est également un facteur majeur dans le monde du travail. C'est à cet âge que les de décrochage scolaire, car l'apprentissage s'améliore personnes acquièrent des habitudes de formation rarement après que les étudiants ont redoublé. permanente et développent des aptitudes et des En Afrique, seuls l'île Maurice, les Seychelles et le intérêts. En effet, l'éducation et les compétences de Zimbabwe présentent des taux de réussite au primaire cette catégorie d'âge façonneront le développement dépassant 90 %. Dans 14 des 32 pays pour lesquels les national pour une grande partie du 21ème siècle. données sont disponibles, plus d'un tiers des candidats L'éducation et la formation des jeunes n'est pas scolaires n'arrivent pas en fin de cycle (UNESCO 1998a). uniquement un impératif économique. Dans de nom- En République centrafricaine, au Tchad, au Congo, à breux pays, l'insatisfaction et le désenchantement des Madagascar et au Mozambique, moins de 50 % des jeunes quant à leurs perspectives d'éducation et de tra- enfants débutant le cycle primaire terminent cinq ans vail menacent la cohésion sociale et la stabilité. de scolarité. Un grand nombre d'élèves abandonnent Atteindre cette catégorie d'âge par le biais de la forma- rapidement dans le cycle primaire, avant d'avoir eu l'oc- tion officielle et non officielle est également vital pour casion d'acquérir les rudiments de lecture, d'écriture et le succès des interventions ciblées dans des domaines de calcul. Par exemple, au Tchad, en Éthiopie et à tels que le VIH/SIDA et les questions et les programmes Madagascar, plus d'un tiers des enfants qui entrent de santé reproductive destinés à accroître la prise de à l'école ne finissent jamais le cours élémentaire. conscience des droits civiques et des responsabilités. Schéma 1.3 Taux d'inscription estimé par région pour les élèves âgés de 12 à 17 ans Pourcentage 80 Homme 70 Femme 60 50 40 30 20 10 0 Afrique Etats arabes Amérique latine Asie orientale/ Asie du Sud Source: UNESCO 1995. et Caraïbes Océanie UNE CHANCE POUR APPRENDRE 13 Toutefois, un quart seulement des jeunes de cette souvent suscité le développement des sciences catégorie d'âge ont accès à l'enseignement secondaire humaines et des sciences sociales au détriment des et seuls 6 pour cent sont touchés par les programmes sciences naturelles, de la technologie appliquée, des de formation professionnelle et les programmes connaissances professionnelles et des capacités en d'enseignement non officiels. En outre, la qualité des termes de recherche (Banque mondiale 1998a). programmes de perfectionnement professionnel De nombreux pays ont éprouvé des difficultés pour subventionnés par l'État est en règle générale faible. s'éloigner du modèle colonial dans lequel l'État était le Ces programmes dépendent fortement du financement pourvoyeur légitime unique de l'enseignement externe et affichent des coûts d'enseignement par supérieur pour une petite élite privilégiée. L'efficacité élève élevés (Middleton, Van Adams et Ziderman de l'enseignement universitaire a en outre été entravée 1993). De même, de tels programmes sont souvent mal par la médiocrité des performances économiques adaptés à la demande existant sur le marché du travail nationales, l'inadéquation des structures gouverne- et ne sont pas en mesure de générer des possibilités mentales, la faiblesse des politiques nationales, la d'obtention de revenus. Les programmes d'acquisition mauvaise qualité des capacités de gestion, l'immixtion d'aptitudes sont typiquement axés sur l'emploi dans le des milieux politiques dans les universités et l'agita- secteur formel alors que le secteur formel n'absorbe, tion estudiantine (ADEA 1999b). Dans l'intervalle, dans la plupart des pays africains, qu'une petite la coopération régionale souvent limitée entre les minorité des recrues sur le marché de l'emploi (Mingat institutions de l'enseignement supérieur limite encore et Suchet, à paraître prochainement). les capacités d'enseignement et de recherche. L'accès aux nouvelles technologies de communica- Cependant, la croissance des inscriptions dans tion, de l'information et informatiques reste limité à l'enseignement supérieur est sans précédent. En 1960, l'enseignement secondaire et aux établissements de l'Afrique (à l'exception de l'Afrique du Sud) comptait six formation du secteur public en Afrique. Le manque universités qui accueillaient moins de 30.000 étudiants. d'équipement et de supports éducatifs constitue une En 1995, la région comptait presque 120 universités et autre entrave à l'apprentissage. En sus des établisse- pratiquement deux millions d'étudiants. ments de formation du secteur public, il existe dans la Un des problèmes majeurs des universités plupart des pays africains un riche secteur de forma- africaines est la baisse de la qualité de l'éducation tion privé qui prépare les candidats aux emplois dans en raison de la diminution des ressources pendant la les secteurs formel et informel par le biais d'une for- période d'inscriptions croissantes (ADEA 1999a). Les mation pratique et scolaire. Même si de nombreuses dépenses par étudiant--mesurées en unités de PNB par initiatives de formation privée ont été couronnées de habitant--ont diminué dans 10 des 15 pays pour succès, de nombreuses autres sont de mauvaise qual- lesquels les données sont disponibles. Dans des pays ité. Seules une poignée d'entre elles dispensent aux comme la Mauritanie et la Zambie, les dépenses par étudiants les aptitudes dont ils ont besoin pour tra- étudiant ont chuté de plus de 50 %. Néanmoins, le vailler dans l'économie naissante reposant sur les coût de l'enseignement supérieur en Afrique reste élevé technologies de l'information et de la communication. selon les critères internationaux. En 1992, le finance- ment public de l'enseignement par étudiant, exprimé en tant que pourcentage du PNB par habitant, était de Enseignement supérieur 15,1 pour cent au niveau pré-primaire et primaire, de 53,7 pour cent au niveau secondaire et de 507 pour Dans de nombreux pays africains, les universités sont cent au niveau universitaire. Cette disparité place les les seules institutions nationales disposant des politiques de gestion stratégique des ressources des- aptitudes, de l'équipement et du mandat pour générer tinées à l'enseignement supérieur au coeur de toute la de nouvelles connaissances à travers la recherche et politique de développement de l'éducation. Certaines pour adapter les connaissances existantes au niveau universités ont commencé à mettre au point d'autres mondial afin de résoudre les problèmes locaux. Les méthodes de fourniture de services par le biais des pro- universités africaines sont toutefois des institutions grammes d'éducation à distance pour les régions relativement neuves et faibles. Les liens initiaux rurales ou à faible densité de population, les étudiants unissant les programmes de cours aux études défavorisés et les étudiants ayant un emploi à plein religieuses et aux besoins de la fonction publique ont temps. Un certain nombre d'universités se sont initiées 14 L'ÉDUCATION AFRICAINE AU SEUIL DU VINGT-ET-UNIÈME SIÈCLE aux technologies d'Internet. Ces options proposent une En Afrique, les écoles secondaires utilisent les solution alternative au modèle traditionnel de l'éduca- ressources, telles que les enseignants et les bâtiments, tion supérieure basé sur une formation à temps plein d'une manière nettement moins efficace que les écoles précédant la vie active, sur des campus résidentiels ; primaires. Une raison susceptible d'expliquer ce dans la plupart des cas toutefois, le potentiel des nou- phénomène tiendrait au fait que, dans les pays les plus velles technologies est sous-utilisé. pauvres, les écoles secondaires sont toujours organ- isées d'une manière traditionnelle afin d'assurer l'éducation d'une petite élite. Efficacité La limitation des ressources publiques et les prior- ités de dépenses publiques concurrentes ont empêché L'efficacité de l'utilisation des dépenses en matière de nombreux gouvernements à prendre à bras-le-corps d'éducation est très variable, tout comme le sont les le défi du développement de l'éducation. Depuis le raisons expliquant les divergences observées au sein et milieu des années 1980, la quote-part des dépenses du entre les pays francophones et anglophones. Dans cer- PNB consacrée à l'éducation a augmenté dans 14 des tains pays, particulièrement au Sahel, le niveau des 26 pays africains pour lesquels des données sont salaires des enseignants rend très difficile la mobilisa- disponibles, s'est stabilisée dans un pays et a régressé tion des ressources pour atteindre l'éducation primaire dans 11 autres. Peut-être plus important encore, cette universelle dans un avenir prévisible. Dans d'autres quote-part est toujours inférieure à 3 % dans 8 pays pays, le niveau très bas des salaires oblige les (UNESCO 1998c). À un niveau donné de quote-part du enseignants à exercer d'autres activités. PNB affectée aux dépenses en matière d'éducation, Les politiques de mutation des enseignants peu- force est de constater qu'en Afrique, les taux de par- vent également donner lieu à une distribution de ticipation et de réussite scolaire sont inférieurs à ceux ressources inefficace et inéquitable. Il n'est pas rare des autres pays à faible revenu (tableau 1.3). que les enseignants soient mutés sans prendre en L'utilisation inefficace et inéquitable des maigres compte le nombre d'étudiants, les années d'expérience ressources, dans un contexte de croissance démo- ou le salaire de l'enseignant. Le rapport enseignant/ graphique élevée et de pression exercée par de puis- élèves au Niger par exemple varie sensiblement entre sants groupes pour le financement général public de les différentes écoles (schéma 1.4). Par exemple, dans l'éducation, s'ajoute aux défis fiscaux. Par conséquent, les écoles primaires de 200 élèves, le rapport ces pays doivent fixer des priorités en matière de enseignant/élèves oscille de 1/100 à 1/20. La situa- dépenses publiques et identifier de potentiels gains tion est similaire au niveau secondaire. De telles d'efficacité et des opportunités de mobiliser des disparités peuvent mettre en péril l'efficacité du fonc- ressources privées et publiques supplémentaires. tionnement de l'ensemble du système éducatif et mènent presque immanquablement à de faibles taux d'apprentissage et de participation estudiantins. Une Enseignement privé analyse spécifique par pays est nécessaire pour élaborer la réponse politique appropriée. En Afrique, le secteur privé devient un fournisseur de Une étude récente (Lewin et Caillods 1999) plus en plus important de services d'enseignement. soutient que les pays en voie de développement Les structures privées en place vont des écoles présentant des taux d'inscriptions faibles dans le gérées par la communauté et dépendant des contri- secondaire - y compris la plupart des pays africains - butions en nature aux écoles à caractère lucratif des- ne peuvent pas financer, sur la base des structures de tinées à la population aisée. À l'heure actuelle, coûts actuelles, des taux de participation nettement la majorité des écoles privées enregistrées en Afrique plus élevés à partir des ressources publiques sont des écoles communautaires et religieuses intérieures. À un niveau de revenu donné, le coût ne poursuivant pas de but lucratif (IIEP 1999). d'enseignement secondaire par élève varie con- Le secteur privé ne joue qu'un rôle limité au niveau sidérablement au sein et entre les pays. Il s'avère en primaire, mais a pris, au cours de ces dernières réalité que l'enseignement secondaire est le plus années, une part de plus en plus importante dans la onéreux, en termes de PNB par habitant, dans les pays formation secondaire, professionnelle et supérieure. qui connaissent les taux d'inscription les plus bas. En Côte d'Ivoire, 36 pour cent des étudiants de UNE CHANCE POUR APPRENDRE 15 Schéma 1.4 Relations entre le nombre d'enseignants et d'étudiants du niveau primaire au Niger Nombre d'enseignants 22- A 21- A 20- A A A 19- AA A A 18- A A A A A AA 17- AA A AA AC A 16- A A A A A A A 15- B A AA B A A A A A 14- A A AB AAA CAB A A AA A A BA A A 13- A AAB C AAAAA AAA A ACAA A A 12- A CBBAAAD BAAA AA A AA A 11- A CBAA AAAAA DDBB A A A A 10- A B A A BBBBACAA CA A A A A 9- BB BACD B ABC BAA A A 8- AB A ABABBBCCAAACABA A A A 7- A BA ADADA EEGDDDCAC B AAAA A 6- ABCGJKIKOJJLGECCCBCA A 5- ABBDHHKFJFEHCCC A 4- CCDHGJOGMGEHCBA C 3- EZZZZZZZUOHBBBA 2- ZZZZZYVIGCB 1- LZZZKCCB A 0 200 400 6 00 800 1 0 00 1200 1 40 0 Nombre d'élèves Note : A = 1 école, B = 2 écoles, C = 3 écoles, etc. Z = 26 écoles. Source : Banque mondiale b à paraître prochainement. l'enseignement secondaire général et 65 pour cent des rôle des fournisseurs privés dans la fourniture de étudiants de l'enseignement technique sont inscrits services de soutien, tels que la publication des dans des écoles privées (Vawda, Yaaub et Patrinos manuels, la construction des classes et la restauration 1999). En Zambie, pratiquement 90 pour cent des universitaire. Les pays auront besoin d'analyses étudiants qui passent des examens techniques et détaillées de ces programmes, de dispositions organi- professionnels ont été formés en dehors des établisse- sationnelles et de structures de coûts lorsqu'ils envis- ments d'enseignement publics. L'enseignement privé ageront de mettre en place des stratégies abordables a le potentiel de réduire le poids financier supporté pour étendre l'accès à l'enseignement secondaire, à la par les pouvoirs publics, d'offrir un plus vaste choix formation professionnelle, ainsi qu'à l'enseignement et un meilleur contrôle aux parents et de renforcer technique et supérieur. la responsabilité. Certains pays tentent également d'accroître le 16 L'ÉDUCATION AFRICAINE AU SEUIL DU VINGT-ET-UNIÈME SIÈCLE Tableau 1.3 Indicateurs comparatifs de l'efficacité des dépenses pour l'éducation, 1993 Années Salaire Dépenses Dépenses Taux scolaires d'enseignant du pour l'éducation/ pour l'éducation brut de pour 1 % primaire/ PIB Pays PIB (%) primaire/PIB (%) scolarisation (%) du PIB par habitant Burkina Faso 2,7 1,13 38 1,06 8,4 Tchad 2,4 1,03 59 1,75 5,5 Mali 2,8 1,32 25 0,69 10,3 Niger 3,1 1,43 29 0,73 9,7 Sénégal 4,2 1,85 59 1,15 7,2 Moyenne 3,0 1,35 42 1,08 8,2 Autres pays francophones de l'Afrique subsaharienne 3,7 1,50 74 1,59 5,4 Pays anglophones de l'Afrique subsaharienne 3,7 1,70 81 1,95 3,2 Pays non africains (PNB <2 000 dollars par habitant) 3,5 1,70 94 2,47 2,7 Source : Mingat 1998. Réussite limitée de l'éducation estimée à quatre et trois ans respectivement (UNESCO 1998c). Dans la plupart des pays, la situation est pire Les chocs économiques que l'Afrique a connus au cours pour les filles. Les taux d'alphabétisation moyens pour des années 1980 et au début des années 1990 se les garçons et les filles diffèrent d'environ 10 points ressentent encore dans les systèmes éducatifs. À la de pourcentage, alors que les taux brut de scolarisa- suite des progrès initiaux, le développement de tion dans le primaire diffèrent de 14 points de pour- l'éducation a stagné et, dans certains cas, régressé. centage (UNESCO 1998c). Seuls cinq pays africains De nombreux pays continuent à être incapables de (Botswana, Cap-Vert, Kenya, Lesotho et Namibie) ont fournir à leurs populations des opportunités équita- des taux brut de scolarisation dans le primaire pour les bles pour une éducation de qualité. Par conséquent, la filles égaux ou supérieurs à ceux des garçons. région compte un grand nombre de personnes peu ou Force est de constater que le déclin marqué des pas formées, souffre d'une pénurie en main-d'oeuvre possibilités de nombreux pays africains de générer des qualifiée et est de plus en plus isolée des réseaux de connaissances en tant que ressource pour l'enseigne- connaissance mondiaux. ment de niveau supérieur et pour le développement de L'adulte africain moyen ne bénéficie pas de plus la recherche et de la technologie est tout aussi inquié- de trois ans d'enseignement (schéma 1.5). Un homme tant que les faibles niveaux d'alphabétisation et de sur trois et une femme sur deux sont analphabètes. scolarisation. Une étude réalisée en 1992 (UNESCO Dans plusieurs pays, l'enfant moyen âgé de 6 ans peut 1999a) estimait que l'Afrique ne comptait que 20.000 s'attendre à ne bénéficier que de trois années d'en- scientifiques et ingénieurs, soit 0,36 pour cent du total seignement officiel. La scolarisation moyenne au mondial. Le Nigeria, qui représente 20 % de la popula- Burkina Faso est estimée à trois ans pour les garçons tion africaine, dispose d'à peine 15 scientifiques et et deux ans pour les filles ; au Mozambique, elle est ingénieurs actifs dans la recherche et le développement UNE CHANCE POUR APPRENDRE 17 Schéma 1.5 Le nombre d'années de scolarisation par adulte africain est en stagnation 6 1980 5 1985 4 1990 3 2 1 0 Afrique Asie orientale Amérique latine Moyen-Orient Asie du Sud et Pacifique et Caraïbes et Afrique du Nord Source : Barro et Lee 1996 ; EDSTATS. par million d'habitants, contre 149 en Inde, 350 en africain, contre moins d'un pour cent en moyenne pour Chine et 3.700 aux États-Unis (UNESCO 1998c). l'ensemble des pays en voie de développement (PNUD Une continuelle fuite des cerveaux aggrave encore 1999). Au niveau mondial, environ 10 pour cent de ces problèmes. Les raisons de cet exode varient de l'aide soutient l'éducation, et environ 1,5 pour cent pays à pays, mais ont en général trait à l'absence de soutient l'éducation fondamentale. Toutefois, depuis possibilités d'emploi dans le secteur moderne, à la 1992, l'aide a diminué, et depuis 1994 l'aide pour limitation des budgets de recherche dans les univer- l'Afrique a baissé de 3,7 milliards de dollars (Oxfam sités, à l'absence de liberté d'expression et à la crainte 1999). Les conséquences de cette réduction sur l'accès de la répression politique dans les pays à régime à l'éducation et sa qualité ne sont pas claires. autoritaire. Les chiffres disponibles indiquent que La Conférence mondiale sur l'éducation pour tous 30 000 Africains ayant obtenu un doctorat vivent en a insufflé un élan considérable pour la révision des dehors du continent et que 130.000 Africains stratégies de développement de l'éducation et des pri- fréquentent les institutions d'enseignement supérieur orités d'assistance. Les activités de prêt de la Banque en dehors de l'Afrique. La plupart de ceux qui trouvent mondiale pour l'éducation fondamentale ont augmenté en emploi à l'étranger ne reviennent jamais au pays. à la fin des années 1980 et ont brutalement rebondi après la conférence. Jusqu'en 1990, le soutien bilatéral pour l'éducation fondamentale était limité. À Impact limité de l'aide extérieure la suite de la conférence, les agences d'aide ont com- mencé à réévaluer leurs priorités et à formuler des L'Afrique a toujours perçu plus d'aide en provenance de politiques d'assistance renforcées pour l'éducation l'extérieur que les autres régions. Entre 1996 et 1997, fondamentale. Ce processus s'est traduit par la mise en plus d'un tiers de l'aide publique totale au développe- oeuvre d'un soutien bilatéral considérable dans le cadre ment a été investi en Afrique subsaharienne, alors que du développement de l'éducation fondamentale, cette région ne compte que 12 pour cent de la popula- notamment en Afrique. En 1996, 42 pour cent des 668 tion totale des pays en voie de développement. millions de dollars d'aide à l'enseignement alloués à L'Afrique dépend également plus de l'aide extérieure l'Afrique ont été investis dans l'éducation fondamen- que toute autre région. En 1997, l'aide publique au tale (schéma 1.6), ce qui constitue une augmentation développement représentait 6,7 pour cent du PNB importante par rapport à la fin des années 1980. L'aide 18 L'ÉDUCATION AFRICAINE AU SEUIL DU VINGT-ET-UNIÈME SIÈCLE officielle publique au développement ne représente traditionnels qui depuis toujours bénéficiaient aux toutefois que 3 à 4 % du total des dépenses en minorités privilégiées. matière de formation en Afrique. Cette moyenne Les manquements dans l'attitude des donateurs dissimule de grandes disparités : certains pays ne ont également contribué aux résultats mitigés de l'aide reçoivent pratiquement pas d'aide étrangère, tandis débloquée pour l'éducation. Souvent, les donateurs que d'autres bénéficient de l'intérêt de plusieurs dona- n'ont pas été suffisamment attentifs à la capacité des teurs et peuvent ainsi financer une grande partie de pays à gérer les programmes de développement, de leurs dépenses publiques en matière éducation avec sorte que l'aide n'a pas été utilisée aussi efficacement des fonds extérieurs. Dans certains pays sortis des qu'elle aurait dû l'être. Les donateurs ont rarement conflits armés, tels que le Mozambique, l'aide à coordonné leurs programmes d'aide à l'éducation et l'éducation a été plus ou moins égale aux dépenses aujourd'hui, de nombreux projets restent des opéra- financées par les revenus intérieurs au cours de ces tions enclavées assortis d'une appropriation nationale dernières années. limitée. En l'absence de prise en charge nationale, les Les programmes de développement de l'éducation donateurs et les gouvernements visent souvent des assistés par l'extérieur produisent des résultats objectifs différents. Dans ces circonstances, l'aide mitigés. De nombreux programmes-- y compris ceux risque de remplacer, au lieu de compléter, les efforts soutenus par la Banque -- n'ont pas réussi à atteindre gouvernementaux (Feyzioglu, Swaroop et Zhu 1998 ; les résultats escomptés, plus particulièrement en Banque mondiale 1998a). Les programmes ont termes de renforcement des politiques et des institu- rarement été en mesure de prendre en compte tions nationales. Il a été encore plus difficile de l'environnement institutionnel et macro-économique maintenir les résultats positifs initiaux. Dans national. Ils se sont davantage concentrés sur des quelques cas seulement, l'aide extérieure a catalysé investissements spécifiques reflétant les programmes des réformes du système. Les raisons de cette des organismes extérieurs et non les priorités situation sont variées et complexes. Dans de nationales et soutenant souvent la création de nombreux pays, des bouleversements politiques et systèmes parallèles non viables. La faible coordination des conflits violents ont perturbé les réformes. Dans des programmes d'aide extérieure a multiplié les d'autres pays, les gouvernements ont dû faire face à demandes adressées aux institutions intérieures, une spectaculaire opposition politique face aux a généré des efforts fragmentés et dupliqués, de réformes sectorielles, en particulier lorsque celles-ci mauvaises priorités de dépenses et a provoqué des contestaient les modes de financement et de service problèmes de couverture et de financement. Schéma 1.6 Aide publique au développement pour l'éducation, 1996 Par niveau : Par secteur d'éducation : Préscolaire 7% Éducation des Professionnel 20% adultes 19% Technique 17% Primaire 22% Secondaire 20% Général 42% Éducation supérieure 20% Non-formelle 21% Supérieur 12% Source : ADEA 1998. UNE CHANCE POUR APPRENDRE 19 Ces problèmes sont largement reconnus par les · Une aide fondée sur les stratégies devrait être donateurs et les gouvernements. En réponse, des apportée pour veiller au développement de approches sectorielles ont été conçues dans plusieurs meilleures politiques dans les pays disposant de pays, dont l'Éthiopie, le Mozambique et la Zambie. réformateurs crédibles et de puissants dirigeants L'expérience avec ces approches reste toutefois limitée nationaux. et toutes les agences n'ont pas suffisamment de · Les projets de développement devraient consolider personnel disposant des aptitudes analytiques, poli- les institutions et les politiques en accroissant tiques et opérationnelles nécessaires pour contribuer l'efficacité des dépenses publiques et en promou- efficacement à la conception de tels programmes. vant les partenariats avec la société civile pour rem- De même, peu de pays ont la capacité nationale de placer les approches descendantes dans le cadre de gérer la conception et la mise en oeuvre de ces pro- la création et de la mise en application de projet. grammes ou de coordonner l'assistance de plusieurs · Les projets devraient créer et transmettre des donateurs-- surtout lorsque les stratégies et les connaissances et des compétences, en incluant procédures des donateurs diffèrent. l'évaluation dans ce processus. Il existe de puissants arguments en faveur de · Dans les environnements politiques troublés, les l'accroissement de l'aide à l'éducation, et notamment idées sont plus utiles qu'un financement à à l'éducation fondamentale. Toutefois, le défi le plus grande échelle. urgent est probablement de s'assurer que les pro- · Les idées devraient avoir l'impact le plus grand en grammes d'aide produisent des résultats visibles et présence de véritables partenariats, basés sur le durables sur le terrain. Une étude récente consacrée à dialogue entre les donateurs et le gouvernement. l'efficacité de l'aide estime qu'une aide efficace L'étude de la Banque mondiale sur l'efficacité de devrait trouver le compromis idéal entre financement l'aide recommande aux agences d'aide d'être plus et idées afin de faire face à des situations et des prob- sélectives, plus axées sur les connaissances, mieux lèmes divers (Banque mondiale 1998a). Ce rapport coordonnées et plus autocritiques. Bien que les résul- estime que : tats de l'étude ne se concentrent pas spécialement sur · L'aide financière est efficace dans un environ- l'éducation, ils fournissent néanmoins une structure nement politique solide. Dans les environnements utile pour repenser les approches en matière d'aide à politiques faibles, l'argent a moins d'impact. l'éducation (cf. le chapitre 4). 20 L'ÉDUCATION AFRICAINE AU SEUIL DU VINGT-ET-UNIÈME SIÈCLE 2. Les défis du contexte du développement · Le financement du développement est difficile africain à mobiliser. · Les nouvelles connaissances scientifiques sont La croissance économique a ralenti dans les pays lentes à pénétrer le continent. d'Afrique subsaharienne dans les années 1980 et au · Les conflits armés perturbent la société civile. début des années 1990. La flambée du prix du pétrole · Le VIH/SIDA se répand rapidement et les maladies et l'affaiblissement des marchés à l'exportation des exigent un lourd tribut. pays industrialisés combinés à la sécheresse et aux · Les taux de fécondité demeurent élevés. guerres civiles secouant plusieurs pays africains, ont entraîné un déficit de la balance des paiements et le déclin des taux de la croissance économique -- Une pauvreté généralisée lesquels affichaient parfois des taux de croissance négatifs. Ces problèmes ont mis en exergue les années La stagnation économique des années 1980 et du de mauvaise gestion économique et mis à jour début des années 1990 a eu un impact dévastateur sur d'insoutenables faiblesses structurelles des économies. les progrès du développement humain en Afrique. La Le taux de croissance moyen réel du PIB dans la région plupart des indicateurs sociaux de base demeurent à la est tombé d'environ 5 pour cent dans les années 1960 traîne par rapport aux autres régions (tableau 2.1). à moins de 2 pour cent dans les années 1980 et à Des 35 pays classés par le Programme des Nations 0,1 pour cent entre 1990 et 1993. En raison de la Unies pour le développement (PNUD) comme ayant un croissance rapide de la population, cette baisse a développement humain faible, 28 se situent en Afrique signifié un recul annuel moyen du PIB par habitant d'un subsaharienne (UNDP 1999). Plus de 40 pour cent des pour cent entre 1980 et 1995. Il en résultait que vers Africains vivent en dessous du seuil de pauvreté de 1$ le milieu des années 1990, seuls 12 pays de la région par jour ; de même, l'incidence de la pauvreté et le avaient un PIB par habitant supérieur à celui de 1975. nombre absolu des personnes vivant dans la précarité Quantité de pays africains ont dû procéder à de ont augmenté depuis la fin des années 1980. La pénibles ajustements de leurs économies par rapport à pauvreté et la privation extrêmes empêchent les l'environnement économique en mutation. Toutefois, investissements dans l'éducation de la part des au cours de la période comprise entre 1994 et 1997, gouvernements et des ménages et sont la conséquence nous avons assisté à une reprise progressive des taux du faible niveau de l'éducation. de croissance et à une augmentation réelle du PIB par Les stratégies de développement conçues pour habitant d'environ 2,9 pour cent. En 1997, la crois- réduire la pauvreté doivent dès lors être fondées sur sance du revenu par habitant était de 3,1 pour cent en une politique économique saine et centrées sur des moyenne et était positive pour 35 des 47 pays sub- programmes de développement du capital humain. sahariens pour lesquels des données sont disponibles. Avec sa population en rapide croissance, cette région Malgré la crise financière mondiale, la moitié des pays a besoin d'un taux de croissance annuel de 5 pour cent d'Afrique subsaharienne a enregistré une croissance pour empêcher la poursuite de la croissance de la positive en 1998. frange pauvre de sa population. Afin de réduire de L'impact de la crise économique des années 1980 moitié l'incidence de la pauvreté, les pays africains sur le secteur éducatif a été dévastateur (chapitre 1), devront afficher des taux de croissance annuels par compromettant la demande domestique en éducation et tête d'habitant d'au moins 7 pour cent jusqu'en 2015 la fourniture publique de ce service. À défaut d'accéléra- (Banque mondiale 2000b), d'une manière telle que la tion des améliorations dans le secteur, les perspectives croissance de la production améliore les perspectives de développement à long terme de la région resteront d'emploi et améliore l'accès aux services sociaux pour sombres. Le contexte pour le développement de l'éduca- les pauvres. Les programmes de développement tion dans la région reste toutefois décourageant : humain doivent être basés sur une analyse précisant · La pauvreté est généralisée. clairement qui sont les pauvres et quels sont les · Les économies fonctionnent à la périphérie de mécanismes les excluant des services sociaux, y l'économie mondiale. compris de l'éducation. UNE CHANCE POUR APPRENDRE 21 Tableau 2.1 Indicateurs sociaux de base par région Taux de mortalité infantile Taux brut de scolarisation Région (pour 1 000 naissances viables) au niveau primaire (%) Espérance de vie (années) 1980 1997 1980 1995 1970 1997 Afrique subsaharienne 115 91 78 74 44 49 Asie du Sud 119 77 76 94 49 63 Asie orientale et Pacifique 55 37 111 115 62 70 Amérique latine et Caraïbes 60 32 105 110 60 70 Moyen-Orient et Afrique du Nord 95 49 77 84 51 65 Source : UNICEF 1999 ; UNESCO 1998c ; PNUD 1999. Des économies à la périphérie de l'économie Entre 1990 et 1996, moins de 3 pour cent de tous les mondiale flux d'investissements étrangers directs réalisés dans les pays en voie de développement ont bénéficié L'Afrique, avec ses 18 pour cent de la surface du globe à l'Afrique (Banque mondiale 1997). Beaucoup et ses 10 pour cent de la population mondiale, ne d'économies africaines disposent d'un petit secteur produit qu'un pour cent du PIB mondial. L'économie productif moderne, lequel n'absorbe pas plus de internationale s'est développée et a considérablement 30 pour cent de la main-d'oeuvre économiquement évolué au cours de ces 20 dernières années, avec une active (OIT 1998). L'augmentation de la productivité structure commerciale et une concurrence en évolution et de la compétitivité des secteurs non officiels et constante incluant des innovations technologiques modernes est un défi que peu de pays africains peu- perpétuelles. Tous ces changements produisent une vent se permettre d'ignorer. économie mondiale concurrentielle, ultra-rapide et Toutefois, comme nous l'avons indiqué, la plupart axée sur la connaissance. L'Afrique n'a pas été en des économies africaines ont connu une croissance plus mesure de conserver sa part dans cette nouvelle soutenue depuis 1994. Des taux de change plus souples économie mondiale. et plus concurrentiels, un équilibre fiscal plus sain et Au cours des années comprises entre 1980 et une amélioration du marché à l'exportation indiquent 1996, le PIB mondial a augmenté de 3,3 pour cent par que la tendance récente peut être maintenue au cours an, alors qu'en Afrique, il n'atteignait que 1,7 pour des prochaines années. En outre, le continent peut cent par an en moyenne. Les exportations mondiales engranger des gains énormes s'il parvient à tirer profit de biens et de services (en dollars actuels) ont presque de son potentiel de « rattrapage » grâce aux rendements triplé au cours de cette période, alors que les exporta- sur les nouveaux investissements (Killick 1998). tions de l'Afrique ont stagné, entraînant la baisse Les performances économiques à plus long terme brutale de sa quote-part, laquelle est passée d'environ dépendront des améliorations dans le capital humain et 4,0 à 1,3 pour cent (Banque mondiale 1999d). Depuis de la capacité y afférente à utiliser les technologies 1990, la région a été aussi largement ignorée de modernes, ainsi que l'amélioration des institutions et l'accroissement rapide des investissements étrangers des infrastructures publiques aux niveaux national et directs, reflétant ainsi en partie la menace que régional. Le déterminant essentiel du rythme de représentent les insoutenables dettes extérieures. développement de l'Afrique pourrait être sa capacité à 22 LES DÉFIS DU CONTEXTE DU DÉVELOPPEMENT AFRICAIN créer, acquérir, absorber et communiquer le savoir d'imposition, en particulier les taxes sur le commerce, (Banque mondiale 1999d). Ce processus peut s'accélérer même si la libéralisation du commerce érode ces instru- si la région est en mesure d'accéder directement aux ments. La contraction de l'économie officielle et la nouvelles technologies sans passer par les étapes croissance concomitante du secteur informel dans de intermédiaires. À défaut d'efforts concertés, des pays ne nombreux pays imposent de nouveaux défis à la mobili- seront pas en mesure de s'adapter aux exigences d'une sation des ressources, en raison même de la difficulté à économie mondiale et courront le risque de se margin- taxer les petites entreprises actives dans une économie aliser plus encore. L'Afrique doit améliorer ses politiques urbaine informelle (Grunberg 1998). macro-économiques, sa gestion et ses exportations et L'enveloppe des ressources disponible pour les investir davantage dans le capital humain. Dans gouvernements a souvent été davantage rognée du fait plusieurs pays, la politique de développement devra même des mauvaises performances économiques, ainsi reconnaître que les êtres humains constituent la princi- que de la volatilité et de la baisse des recettes pale-- et parfois virtuellement la seule-- ressource dont provenant de l'exportation de produits de base, dont la ils disposent. Dès lors, le développement de l'éduca- plupart des pays de la région restent fortement dépen- tion--à tous les niveaux, depuis l'enseignement fonda- dants. L'effet combiné de ces obstacles s'est répercuté, mental jusqu'à l'enseignement supérieur--est le au niveau des dépenses par habitant, sur les services principal impératif de développement. sociaux prioritaires, y compris l'éducation. Entre 1985 et 1995, les dépenses régionales par étudiant en matière d'enseignement primaire ont chuté de 6 pour Financement inadéquat du développement cent. En revanche, les dépenses en matière d'enseigne- ment primaire ont pratiquement triplé dans tous les Une croissance économique soutenue et l'éradication de autres pays en voie de développement. Les dépenses par la pauvreté dépendent d'un gouvernement fort et étudiant ont accusé une baisse semblable aux niveaux efficace. À moins de pouvoir disposer de la capacité à secondaire et supérieur (UNESCO 1998d). réunir des fonds à partir de ressources stables, les L'ampleur insupportable de la dette publique a en gouvernements ne seront pas en mesure de faire face à outre généré dans la majeure partie des pays de la région leurs responsabilités fondamentales dans les secteurs des contraintes supplémentaires en matière de mobilisa- sociaux ou en termes d'infrastructure ou de fournir tion des sources de financement pour le développement. le cadre institutionnel indispensable au développement. La menace que représente l'omniprésence de la dette a Le financement de l'éducation constitue typiquement engendré un sentiment d'incertitude chez les investis- l'un des principaux postes de dépenses publiques, seurs nationaux et étrangers et a bridé la croissance. représentant souvent pas moins du cinquième du budget L'ampleur insupportable de la dette a également imposé total, voire davantage. Les dépenses d'éducation aug- une charge fiscale directe à de nombreux pays pauvres mentent parallèlement à l'accroissement de la popula- très endettés (HIPC), en détournant les maigres recettes tion et des revenus et sont un investissement à long budgétaires au profit du remboursement de la dette. terme nécessitant une source de financement prévisible. La dette a agi comme un frein supplémentaire à la crois- Au cours de ces dernières années, de nombreux pays sance en sapant l'investissement des pouvoirs publics d'Afrique ont amélioré sensiblement l'efficacité, l'équité dans les infrastructures économique et sociale. Au cours et la transparence de leurs régimes fiscaux. Ces pays de ces dernières années, de nombreux HIPC d'Afrique ont sont toutefois encore confrontés à d'énormes défis dans consacré des sommes trois à quatre fois supérieures au le cadre de la mobilisation des ressources, alors qu'en service de la dette par rapport à celles consacrées aux Afrique, les besoins non satisfaits sont plus importants services sociaux de base. La résolution de l'impasse que dans toute autre région. Les recettes fiscales sont constituée par la dette est maintenant en vue. faibles, même en regard des normes applicables aux pays L'initiative actuelle consistant à alléger la dette des en voie de développement, voisines des 10 pour cent du HIPC, laquelle prévoit une réduction sensible des PNB. La capacité nationale à augmenter les recettes est engagements contractuels, pourrait délivrer pratique- souvent limitée et l'assiette de l'impôt est réduite dans ment vingt pays africains de charges de la dette ces économies à dominante rurale et qui ne reposent pas insupportables et accroître de manière significative leurs sur une rétribution salariale. Cette faible assiette fiscale budgets nationaux en matière d'enseignement au cours a traditionnellement conduit à favoriser d'autres modes des cinq prochaines années. UNE CHANCE POUR APPRENDRE 23 Le tarissement partiel des flux d'aide à l'Afrique a adultes) pour tous et des possibilités de poursuivre la mis en exergue les défis constitués par la mobilisation formation et d'acquérir des compétences techniques et des recettes domestiques. Entre 1990 et 1998, les flux scientifiques de haut niveau (Banque mondiale d'aide par habitant accordés à l'Afrique ont chuté de 1999b). L'Afrique est en retard dans ces deux $32 à $19, reflétant le déclin général observé depuis domaines. Plus de 40 millions de ses enfants ne sont 1991 dans l'octroi des aides (Banque mondiale 2000b). pas scolarisés. Les taux d'inscription dans le sec- La diminution des flux d'aide a réduit la contribution ondaire, particulièrement en sciences et en mathéma- proportionnelle des aides internationales aux besoins tiques, sont faibles. De même, les bases scientifiques en financement des pays en voie de développement, et technologiques de la plupart des pays africains sont mais ce recul s'est accompagné d'une reprise des flux inadéquates. de capitaux privés à destination des pays en voie de Les investissements publics dans la recherche et le développement. L'Afrique a toutefois été largement développement scientifiques sont estimés à 0,2 pour tenue à l'écart de ces flux de capitaux privés et dépend cent du PNB régional, ce qui constitue un des niveaux toujours fortement des aides officielles au développe- les plus bas au monde. La région ne représente que ment. En 1996, le montant net des aides à la région 0,8 pour cent seulement des publications scientifiques --hors Afrique du Sud--représentait 8,6 pour cent du mondiales (UNESCO 1999a). La plupart des universités PNB de la région, contre moins d'un pour cent dans les africaines ne disposent pas des ressources suffisantes autres régions en voie de développement. pour dispenser un enseignement et une recherche La question de savoir si l'initiative HIPC fournit efficaces. Pour tirer profit de la nouvelle économie des réellement un financement supplémentaire pour les connaissances, l'Afrique a besoin de personnel pays africains ou si elle recycle uniquement les budgets compétent dans les domaines scientifique, tech- d'assistance existants s'avérera décisive dans le ren- nologique et informatique-- notamment des person- versement de l'actuelle tendance générale à la baisse. nes ayant des compétences sophistiquées en À plus long terme, la mesure dans laquelle l'allégement recherche-- susceptible de participer aux développe- de la dette relancera la confiance des investisseurs en ments dans des secteurs clés (comme la physique, la Afrique ainsi que la capacité des gouvernements et des science des matériaux, l'informatique, la technologie, créanciers africains à éviter de futures crises, seront l'ingénierie) et d'évaluer et de développer des applica- cruciales dans la définition des perspectives de crois- tions locales de ces nouvelles technologies. Il sera sance économique, dans l'élimination de la pauvreté et nécessaire de créer aux niveaux régional et sous- dans la réduction de la dépendance aux aides. régional des centres d'enseignement scientifique et de recherche d'envergure mondiale, capables de fournir et de conserver ces catégories de personnel. Assimilation inadéquate de connaissances Les mauvais réseaux de communication et les scientifiques médiocres flux d'informations entravent plus encore l'utilisation de nouvelles connaissances en Afrique. L'explosion mondiale des connaissances donne aux Ces lacunes limitent l'information sur la qualité des pays africains l'opportunité de combler le fossé dans produits et des services, empêchant le contrôle et les domaines de l'information et de la connaissance, entravant l'échange d'informations avec les bénéfici- accroissant de ce fait les revenus et les conditions de aires (encadré 2.1). L'éradication de ces manquements vie beaucoup plus rapidement qu'on aurait pu l'imag- en termes d'information sera un élément essentiel de iner auparavant. Pour tirer profit du stock de connais- toute stratégie nationale de gestion des connaissances. sances mondiales, les pays ont besoin de développer des compétences technologiques -- notamment dans les universités et les autres institutions de recherche Conflits armés de grande envergure privées et publiques-- pour choisir, assimiler et adapter la technologie importée et poursuivre un Au cours de la seule année 1996, un tiers des pays programme de recherche centré sur les problèmes africains ont été en proie à des conflits armés. Un locaux. La création, l'assimilation et la communication Africain sur cinq vit dans un pays gravement touché par de connaissances nouvelles nécessitent une éducation la guerre. Ces conflits causent d'énormes souffrances de base (pré-primaire, primaire et formation pour humaines, des dévastations matérielles, des pertes 24 LES DÉFIS DU CONTEXTE DU DÉVELOPPEMENT AFRICAIN Encadré 2.1 Infrastructure de l'information en Afrique · En Afrique, la circulation des quotidiens pour · Le nombre d'ordinateurs pour 1 000 personnes 1 000 personnes va de 1 au Bénin, au Burkina atteint en moyenne 3 et va de moins de 1 au Faso et en Mauritanie à 28 au Gabon et 31 au Burkina Faso à 7 au Zimbabwe et 37 en Afrique du Botswana (comparé à 135 en Argentine, 246 en Sud (comparé à 38 au Chili, 172 à Singapour et Lettonie et 800 à Hong Kong). 408 en Suisse). · Le nombre de radios pour 1 000 personnes, avec une · Le nombre de lignes de téléphone pour 1 000 moyenne de 198, oscille de 34 en Angola à 231 au habitants va de 2 au Niger et 8 au Kenya à 48 au Ghana et 316 en Afrique du Sud (comparé à 163 en Botswana et 100 en Afrique du Sud (comparé à 75 Chine, 404 en Lituanie et 469 en Malaisie). Trois au Brésil, 166 en Malaisie et 335 en Bulgarie). Africains sur cinq habitent à l'intérieur d'une zone de · Le nombre de fax pour 1 000 habitants va de diffusion de radio. 0,1 en République centrafricaine et en Guinée à · Le nombre de postes de télévision pour 1 000 2,5 au Cap-Vert (comparé à 113 au Japon). personnes s'élève en moyenne à 36 et varie entre · 47 pays africains ont accès à Internet. Cependant, moins de 1 en Érythrée, 96 au Swaziland et 123 en une seule personne sur 5 000 en moyenne utilise Afrique du Sud (comparé à 322 à Trinité et Internet, comparé à 1 sur 40 au niveau mondial et Tobago, 469 en République tchèque et 805 aux 1 sur 6 en Europe et en Amérique du Nord. Le États-Unis). La télévision est principalement nombre d'hôtes Internet pour 1 000 habitants va limitée aux grandes villes. de 0,01 au Burkina Faso à 3,82 en Afrique du Sud. Source : UNESCO 1998c ; PNUD 1999. en vies humaines et détériorent le tissu social et sent progresser sur les plans économique et politique, culturel unissant une nation. Les conflits ont égale- ils devront mettre un terme à ces guerres civiles, non ment eu un effet déstabilisateur sur l'ensemble de la seulement en mettant fin aux hostilités, mais aussi en région, en portant atteinte à la confiance des se penchant sur les raisons de ces conflits. Ces pays investisseurs, en perturbant les itinéraires commerci- devront ensuite rebâtir et développer l'infrastructure aux, en accélérant la propagation du virus du nécessaire à l'accroissement de la productivité VIH/SIDA et en chassant les populations de réfugiés économique, à l'amélioration du bien-être des êtres vers les pays voisins. Le Haut-commissariat des humains, de la mobilité et de la communication, et à Nations Unies pour les Réfugiés a estimé que le la réintégration des différents groupes de population nombre des réfugiés, de rapatriés et de personnes dans une société dynamique et vibrante. En même déplacées à l'intérieur de leur propre pays s'est élevé temps, la démocratie doit s'enraciner dans la société à 22,3 millions en Afrique en 1998. Entre 1990 et civile et les gouvernements doivent continuer à 1994, plus d'un million de personnes sont décédées développer et à adhérer aux systèmes de bonne gestion des suites de conflits. D'après les estimations les plus et de responsabilité financière et morale. conservatrices, 200 000 Africains sont décédés des Au niveau éducatif, le défi dans ces pays suites d'un conflit en 1998. Les populations civiles émergeant à peine des conflits ou des répressions constituaient la grande majorité de ces morts, tandis civiles consiste à aider à la résolution des conflits et à qu'un nombre croissant des personnes ayant commis inculquer des valeurs civiques et des principes de ces exactions étaient des enfants. L'utilisation de démocratie, de tolérance et de coopération. La restau- plus en plus fréquente d'enfants-soldats en Afrique ration et l'amélioration des services sociaux de base, en est source de grands défis dans le cadre de la réha- particulier l'éducation, sont cruciales pour la transition bilitation sociale post-conflictuelle et du développe- d'après-conflit. L'éducation contribue à normaliser ment économique. un environnement souvent chaotique et constitue un Avant que les pays affectés par les conflits puis- symbole fort de confiance dans l'avenir. L'éducation UNE CHANCE POUR APPRENDRE 25 contribue également à restaurer le capital humain et SIDA, alors que dans d'autres pays africains, les prob- social qui s'est érodé au cours des conflits. Si les abilités de décéder du SIDA excèdent une sur trois. La anciens combattants doivent devenir des membres pro- réduction de l'espérance de vie dans la plupart des ductifs de la société, ils doivent pouvoir disposer de pays de l'Afrique centrale et méridionale est le reflet possibilités viables d'obtenir des moyens d'existence de l'extension du virus. Dans neuf pays africains sans prendre par la force ce qu'ils veulent ou ce dont affichant une prévalence de 10 pour cent au moins ils ont besoin. Si l'on veut éviter que les enfants dont chez les adultes, l'espérance de vie moyenne devrait l'éducation a été perturbée ne deviennent une généra- reculer à un peu plus de 47 ans à l'horizon 2015 tion perdue, il est indispensable de leur fournir des (Banque mondiale 1999b). possibilités de rattraper leur retard, lesquelles exigent Un aspect particulièrement dévastateur de cette souvent des approches non traditionnelles de pandémie est qu'elle touche habituellement les l'enseignement. Dans de nombreux pays, les ONG personnes dans leurs années les plus productives. Un jouent un rôle clé dans la fourniture de services taux de mortalité de 3 pour cent de la tranche d'âge éducatifs non traditionnels dispensés à ces enfants, entre 20 et 30 ans --dans laquelle les taux d'infec- tant en situation post-conflictuelle que conflictuelle. tion sont les plus élevés--se traduit par le décès de la moitié de cette tranche d'âge dans un délai de 14 années. Dans les pays les plus gravement touchés, La pandémie du VIH/SIDA depuis l'Afrique de l'Est en passant par l'Afrique cen- trale et méridionale, le VIH/SIDA annihile les années Le poids de cette maladie est nettement plus important d'investissements dans l'éducation et dans la forma- en Afrique que partout ailleurs dans le monde et il tion en créant des pénuries de personnel qualifié constitue un obstacle au développement économique dans le secteur moderne et en alourdissant le budget et humain de la région. La malaria, l'onchocercose de la santé déjà surchargé. Au Botswana, où le taux (cécité des rivières) et la trypanosomiase (maladie du de prévalence parmi les adultes est proche de sommeil), bien que présentes dans d'autres parties du 25 pour cent, l'épidémie pourrait réduire à néant des monde, sont des maladies essentiellement africaines. années d'impressionnante croissance économique en La malaria, qui représente environ 11 pour cent de la créant de graves pénuries de main-d'oeuvre, en charge pathologique dans la région, y prélève un tribut réduisant les recettes publiques de 7 pour cent et en à la fois humain et économique -- les estimations accroissant les dépenses de 15 à 20 pour cent, tout faisant en effet état que, dans de nombreux pays en réduisant le taux de croissance du PIB de d'Afrique, elle représente plus d'un pour cent du PIB 1,5 point de pourcentage. Au cours d'une période de (Leighton et Foster 1993; Gallup et L Sachs 1998; 25 années, l'économie se contracterait de 31 pour Shepard et. al.1991). cent par rapport à ce qu'elle aurait été sans cette Toutefois, le virus du VIH/SIDA est celui qui men- épidémie. En Tanzanie, où le taux de prévalence est ace le plus profondément le développement de proche de 20 pour cent, le PIB se contractera dans l'Afrique, en la frappant plus durement que toute autre une fourchette comprise entre 15 et 25 pour cent en région. En 1998, cette région s'accaparait 70 pour 2015 si l'épidémie continue à se propager à la vitesse cent de tous les nouveaux cas d'infection VIH et actuellement observée. 80 pour cent de tous les décès dus au SIDA. Les deux L'impact démographique du VIH/SIDA sur la tiers des 33,4 millions de personnes dans le monde région est moins clair. Toutefois, la plupart des experts atteintes du VIH et les 9/10 des enfants porteurs du estiment que la pandémie pourrait ne pas toucher de virus du SIDA sont africains (ONUSIDA 1999). manière significative le ratio de dépendance (Stover Les 21 pays présentant les taux de prévalence les 1999). Le VIH/SIDA a augmenté le taux de mortalité plus élevés sont situés en Afrique. Au Botswana et au chez les adultes, mais cette croissance sera largement Zimbabwe, un adulte sur quatre est infecté. Dans au compensée par la réduction du nombre de naissances moins 10 autres pays africains, les taux de prévalence et par une augmentation de la mortalité infantile dépassent les 10 pour cent. Les données sont peut- résultant de l'infection périnatale. Alors que le être les plus alarmantes au niveau individuel. Un VIH/SIDA a engendré d'importantes révisions à la enfant né aujourd'hui en Zambie ou au Zimbabwe est baisse des projections de croissance dans les pays les plus que tout autre chose susceptible de mourir du plus durement touchés, la fécondité ne baissera pas 26 LES DÉFIS DU CONTEXTE DU DÉVELOPPEMENT AFRICAIN assez rapidement dans aucun pays pour engendrer des les écoles du pays. De même, le personnel académique taux de croissance négatifs (Decosas et Adrien 1999). des universités décède à un rythme effrayant. Cette L'impact du VIH/SIDA en Afrique a des implica- réduction du maigre capital humain constitue à la fois tions importantes pour la planification et la fourniture une tragédie humaine et un désastre économique. des services d'éducation (encadré 2.2). Tout d'abord, Le SIDA affecte également la qualité de l'enseignement. le VIH/SIDA contraint des millions d'enfants à quitter Cette maladie se traduit par des phénomènes d'apathie l'école et à commencer à travailler. À mesure où les et un absentéisme de longue durée parmi le personnel adultes tombent malades et décèdent, les ménages malade et par un sentiment largement répandu d'im- sont confrontés à un double étranglement --leurs puissance. Les résultats scolaires sont en outre touchés besoins augmentent, mais leur capacité à y répondre par les faibles taux de présence des enfants et par le diminue. Par voie de conséquence, les ménages ont détournement des ressources normalement réservées été contraints d'adopter des stratégies de prise en aux investissements vitaux en matière d'éducation (tels charge désespérées. Les structures familiales tradi- que les supports éducatifs) vers les dépenses en matière tionnelles s'effilochent et, dans les cas les plus graves, de soins de santé, tant au niveau des ménages qu'au disparaissent. Onze millions d'enfants en Afrique sont niveau national. à l'heure actuelle orphelins en raison du VIH/SIDA, et Les plans éducatifs doivent de toute urgence nombre d'entre eux sont pris en charge par des mem- intégrer explicitement, à tous les niveaux, les proba- bres plus âgés de leur famille, lesquels sont mal bles coûts en personnels et financiers de la pandémie équipés pour pourvoir au développement de ces et la nature changeante de la demande éducative. Les enfants. La plupart de ces orphelins souffriront en projections de croissance de la population en âge de permanence en raison du décrochage scolaire de leur scolarité en Zambie illustrent cette urgence. La Zambie entrée prématurée dans le monde du travail et de leur comptait en 1998 quelque 1,9 million d'enfants en âge malnutrition. Dans les pays les plus durement touchés, de scolarité. Avec le VIH/SIDA, ce chiffre devrait comme le Botswana, le Malawi, la Zambie et le passer à 2,2 millions en 2015. Sans le VIH/SIDA, cette Zimbabwe, entre 30 et 35 pour cent des enfants ont projection aurait largement dépassé le cap des perdu l'un de leurs parents, voire les deux, des suites 2,9 millions. Les écoles devront prendre, dans une de cette maladie. La fourniture à ces enfants de formes mesure sans cesse croissante, des dispositions leur éducatives véritablement accessibles, flexibles et permettant de poursuivre leurs efforts d'enseignement adaptées à leurs besoins spécifiques et au trauma- et les universités devront planifier le remplacement de tisme que quantité d'entre eux ont subi est un défi nombreux membres des facultés. urgent et permanent de toute société africaine. Simultanément, les systèmes éducatifs auront un Deuxièmement, le SIDA menace de renforcer les rôle vital à jouer dans l'inversement de la propagation inégalités entre sexes dans le domaine de l'éducation du VIH/SIDA en s'attaquant à un certain nombre de en Afrique. Les filles vivant dans des ménages frappés causes sous-jacentes : la pauvreté, le manque de par le SIDA sont en effet davantage enclines que les connaissances et les inégalités entre sexes. Jusqu'à ce garçons à demeurer à la maison pour s'occuper des que le monde dispose d'un vaccin ou de thérapies que parents malades et réaliser les tâches qui incombaient les pays en voie de développement peuvent se payer, antérieurement à d'autres membres de la famille. les stratégies de prévention du SIDA dépendront en Étant donné l'importance de l'éducation des filles grande partie des campagnes d'éducation destinées dans le cadre des avantages en termes de nutrition, à persuader les personnes à adopter de nouveaux de fécondité et de santé, cette tendance menace comportements. La fourniture d'informations sur le gravement les perspectives de développement plus VIH/SIDA, sur d'autres maladies sexuellement transmis- générales dans la région. sibles et sur les questions de santé reproductive dans le Troisièmement, le SIDA décime le corps enseignant. cadre des programmes officiels et non officiels pour les Plus de 30 pour cent des enseignants au Malawi et en jeunes et les adultes peut permettre de lutter contre la Zambie sont infectés. En 1996, la Zambie a annoncé le propagation du virus. Les écoles peuvent rendre quan- décès de plus de 600 professeurs ; en 1999, ce chiffre tité de ces services. Les enfants sont une lueur d'espoir avait plus que doublé. Le nombre de décès de pro- dans les efforts de lutte contre cette maladie : la fesseurs des suites d'affections liées au SIDA excède plupart d'entre eux peuvent être facilement touchés par désormais le nombre d'enseignants en formation dans le biais du système éducatif et car 90 pour cent des UNE CHANCE POUR APPRENDRE 27 Encadré 2.2 Éducation et SIDA : expérience en Zambie et en Ouganda Dans les pays africains les plus durement touchés par personnel malade et absent. Afin de résoudre cette le SIDA, les transformations économiques et sociales situation, la Zambie devra adapter la planification induites par la pandémie atteignent une telle ampleur des besoins en personnel, renforcer les capacités que les systèmes éducatifs risquent l'effondrement s'ils de supervision et de gestion de l'impact du SIDA ne hissent pas le SIDA au sommet de leurs programmes et instaurer des mécanismes d'information intra- éducatifs nationaux. Une urgence de développement sectoriels, ainsi que des politiques judicieuses pour humanitaire de cette envergure exige une réaction la prise en charge des exigences et des droits d'urgence. Les systèmes éducatifs sont confrontés à humains du personnel affecté par le SIDA. un double enjeu : ils doivent se préparer à gérer les · Le pays nécessitera une gestion financière plus répercussions du SIDA sur le fonctionnement du responsable et rentable à tous les échelons qui système (Zambie), et simultanément, le mobiliser afin concorde avec l'amenuisement des ressources de contribuer à la lutte contre la propagation du virus disponibles pour l'éducation dans le pays, les (Ouganda). communautés et les familles. Les familles ont subi une perte de revenus et affectent désormais Les implications du SIDA pour la planification davantage de ressources aux dépenses de santé. de l'éducation--Zambie Les fonds nationaux sont épuisés par les employés Les pays comme la Zambie, où un tiers des enfants ont malades et inactifs du secteur qui continuent de perdu un parent à cause du SIDA et 7 % des familles percevoir leur rémunération et sont également sont aujourd'hui dirigées par un enfant, doivent tout déplacés vers les soins de santé. Parallèlement, les d'abord appréhender l'influence du SIDA sur la planifi- communautés les plus affectées par le SIDA ne cation à tous les niveaux du système éducatif et dans peuvent apporter qu'une contribution réduite au tous les secteurs secondaires. développement scolaire. · En conséquence du SIDA, moins d'enfants doivent Les pays victimes du SIDA devront également être instruits, moins d'enfants peuvent accéder à repenser le modèle scolaire traditionnel et appliquer des l'éducation et moins d'enfants encore peuvent modèles plus flexibles et judicieux qui correspondent terminer avec succès leur scolarité. À l'horizon aux besoins des enfants,-- en particulier les orphe- 2010, la Zambie comptera quelque 25 % d'enfants lins,-- qui ont été traumatisés, appauvris, choqués et en moins dans son système éducatif qu'elle en exclus par la maladie et la disparition de membres de aurait dénombrés sans le SIDA. Le pays devra leur famille. Les principes établis quant à l'âge orienter ses ressources de façon à refléter l'évolu- d'inscription, au contenu des cours et à l'opportunité de tion de la demande éducative-- parmi les secteurs réunir de grands nombres de jeunes, souvent dans des secondaires, les régions et les communautés. situations à haut risque, devront être remis en question. · Les diplômés des établissements de formation d'enseignants en Zambie ne suffisent même pas à Le rôle de l'éducation dans la lutte contre le remplacer les enseignants décédés par suite du SIDA -- Ouganda SIDA. Un nombre substantiel des travailleurs les L'éducation peut jouer un rôle déterminant pour plus expérimentés, parmi lesquels des directeurs juguler la propagation du SIDA en transmettant aux d'école, des gestionnaires, des planificateurs et des enfants des messages d'information sanitaire avant inspecteurs, succombent à la maladie. Le profil de qu'ils n'entament une vie sexuelle active. L'Ougada a la profession se métamorphose. Les travailleurs de connu l'une des épidémies de SIDA les plus graves de ce secteur sont en moyenne plus jeunes et moins l'Afrique subsaharienne, mais depuis le début des expérimentés qu'auparavant, et leur productivité années 1990, le rythme des nouvelles infections dans est inférieure en raison du volume important de ce pays diminue. Le taux de séropositivité parmi les 28 LES DÉFIS DU CONTEXTE DU DÉVELOPPEMENT AFRICAIN Encadré 2.2 (suite) femmes enceintes à Kampala a presque chuté de moitié avec les enseignants en supervisant les matières entre 1989 et 1993, et les comportements des jeunes enseignées et en soutenant la santé scolaire par le ont attesté d'une transformation radicale. Entre 1989 biais de visites. En même temps, les éducateurs se sont et 1995, le pourcentage de jeunes de 15 à 19 ans ayant efforcés de s'écarter des méthodes d'enseignement tra- des relations sexuelles a reculé de 69 à 44 % parmi les ditionelles répandues dans la plupart des écoles en hommes et de 74 à 54 % parmi les femmes. Dans cette Ouganda au profit du théâtre, des discussions en même tranche d'âge, l'utilisation du préservatif a groupes et des médias afin d'impliquer les étudiants. sensiblement augmenté et le pourcentage de personnes L'expérience de l'Ouganda démontre que le soutien ayant des partenaires sexuels occasionnels a baissé. de la communauté revêt une importance primordiale Ces tendances se dessinent dans le contexte d'une pour la réussite de l'éducation au SIDA. Les pro- stratégie nationale de lutte contre le SIDA qui bénéfi- grammes qui vilipendent les valeurs communautaires et cie d'un appui politique sans réserve dans les plus les attitudes envers les malades peuvent produire un hautes sphères. Dans le secteur éducatif, les cours sur effet contraire à l'objectif poursuivi et susciter une les maladies sexuellement transmissibles, parmi aigreur tenace à l'égard de toute intervention du lesquelles le SIDA, ont été introduits dans le secteur public. Les approches participatives mises en programme fondamental. Les leçons ont non seulement oeuvre en Ouganda,à travers l'écoute et la réponse aux mis en exergue les circonstances de la transmission, préjugés faux des citoyens et l'implication des enfants mais également le comportement sexuel et les relations et des parents dans la conception d'instruments de entre les femmes et les hommes. Les éducateurs sani- lutte contre le SIDA, ont dissipé la suspicion et taires de district ont travaillé en étroite collaboration contribué à changer les comportements. Source : Kelly 1999 ; Barnett, de Koning et Frances 1995. infections du VIH sont transmises par la voie sexuelle, tions, la population en âge scolaire devrait continuer à les taux d'infection sont faibles parmi les enfants de augmenter rapidement dans les 20 prochaines années 5 à 14 ans. L'expérience nous apprend que le succès de (schéma 1.2.), bien que le taux d'accroissement sera la prévention du VIH/SIDA dépend de la volonté des affecté par la mesure dans laquelle la propagation du enseignants de rechercher toutes les opportunités se SIDA pourra être endiguée. À l'horizon de 2015, présentant pour aborder ce sujet dans le cursus l'Afrique comptera probablement 45 pour cent d'enfants scolaire et de formation à tous les niveaux. De tels supplémentaires par rapport à la situation de 1996. efforts ne verront probablement pas le jour sans un Une telle croissance soutenue de la population se engagement politique clair et ouvert et des ressources traduit par un ratio de dépendance particulièrement adéquates. Lorsque ces derniers ont été mis à élevé. Le ratio de dépendance des enfants en âge de disposition, comme au Sénégal et en Ouganda, la scolarité (c'est-à-dire le nombre d'enfants entre 6 et 14 propagation du virus a été contrôlée. ans par rapport au pourcentage des adultes entre 15 et 64 ans) est de 47 pour cent en Afrique, contre 41 pour cent au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, 37 pour Fécondité élevée cent en Asie du Sud et 33 pour cent en Amérique Latine et dans les Caraïbes. La part plus importante de la L'Afrique représente 11 pour cent de la population population en âge de scolarité par rapport à la popula- mondiale, mais 19 pour cent de ses naissances. Les tion en âge de travailler observée en Afrique signifie taux de fécondité totaux observés en Afrique sont les que la mise en place de l'éducation universelle néces- plus élevés au monde--5,5 en 1997 contre 1,8 en Asie siterait une quote-part supérieure du PNB par rapport de l'Est et dans la région du Pacifique, 2,7 en Amérique aux autres régions (Colclough et Lewin 1993). Cette latine et dans les pays des Caraïbes et 3,3 en Asie du charge pèse non seulement sur les finances Sud. L'Afrique est la seule région où, selon les estima- publiques--dans des pays déjà confrontés à de multiples UNE CHANCE POUR APPRENDRE 29 Schéma 2.1 Taux de croissance démographique annuel dans les régions en voie de développement Pour cent 2,5 1995­99 2,0 1,5 2000­04 1,0 2005­09 0,5 2010­14 0,0 -0,5 2015­19 -1,0 -1,5 -2,0 Afrique Asie du Sud Asie orientale Moyen-Orient & Amérique latine & Pacifique Afrique du Nord & Caraïbes Source : Banque mondiale 1999c. défis pour mobiliser les ressources--mais également sur croissance de la population dans les autres régions. les ménages, qui prennent typiquement en charge une L'obtention de taux de fécondité inférieurs est proportion élevée des frais d'éducation. Les exigences important en raison notamment des implications grevant les ménages pauvres et ruraux -- qui ont en éducatives ou sanitaires inhérentes aux grossesses règle générale un grand nombre de personnes à charge fréquentes et imprévues sur les femmes et leurs - sont particulièrement lourdes. enfants. Dès lors, l'éducation est un bénéficiaire, La croissance démographique rapide a constam- ainsi qu'une composante essentielle, des politiques ment contrecarré en Afrique l'objectif de l'accès uni- démographiques efficaces. versel à l'éducation primaire. En 1961, les ministres de l'éducation africains avaient pris l'année 1980 comme année cible pour la mise en place d'une éducation pri- Surmonter l'adversité maire universelle. À cette époque, d'aucuns pensaient que la région aurait besoin de 33 millions de places Les défis du contexte du développement africain sont d'école supplémentaires à l'horizon de 1980. À cette intimidants. Cependant, l'expérience des pays tels que dernière date, le nombre d'enfants scolarisés avait le Botswana, la Namibie, l'île Maurice, le Swaziland dépassé cet objectif et les pays fournissaient 45 mil- et, particulièrement dans les années qui suivirent lions de places. Toutefois, étant donné que la popula- immédiatement l'indépendance, le Zimbabwe, montre tion africaine a augmenté beaucoup plus rapidement à quel point une gestion macro-économique saine, que prévu, le taux brut d'inscription était seulement de associée à des investissements efficaces dans le 78 pour cent en 1980, car il manquait 11 millions de développement des ressources humaines, peut aider à places pour obtenir le chiffre nécessaire à la mise en surmonter les contraintes abordées dans ce chapitre. oeuvre de l'éducation primaire universelle. Le contexte de développement positif observé dans Des programmes de santé reproductive efficaces, plusieurs pays sur le continent est encourageant. associés à des efforts pour assurer l'accès et la pour- Les perspectives sont peut-être meilleures aujourd'hui suite de la participation des filles à l'enseignement qu'elles ne l'ont été à l'importe quel moment au cours primaire et secondaire inférieur, se sont constamment de ces 10 dernières années. avérés l'élément essentiel du ralentissement de la 30 LES DÉFIS DU CONTEXTE DU DÉVELOPPEMENT AFRICAIN · La croissance économique a repris dans beaucoup l'accroissement de l'équité, à la participation, aux de pays. droits de l'homme et aux principes de bonne ges- · La fin de la crise de l'insoutenable dette des pays tion. africains est maintenant en vue grâce à l'intensi- · Entre 1990 et 1994, 38 pays ont tenu des élections fication des efforts d'allégement de la dette dans nationales libres. Le gouvernement démocratique- le cadre de l'initiative des Pays pauvres très endet- ment élu de l'Afrique du Sud est bien établi et le tés (HIPC). changement politique récent observé au Nigeria a · Les nouvelles technologies pourraient contribuer considérablement amélioré ses perspectives de à faire face aux problèmes d'accès et de qualité. développement. Étant donné l'importance · Le paysage politique a changé de manière tout régionale de ces deux pays, les effets de ces aussi spectaculaire : l'apartheid a pris fin; la changements pourraient s'étendre bien au-delà de presse jouit de davantage de liberté, nous avons leurs frontières nationales. observé une transition rapide vers des gouverne- ments élus et une attention accrue a été prêtée à UNE CHANCE POUR APPRENDRE 31 3. Réponses nationales : Un bond prodigieux ambitieuses. Ces pays devront toutefois faire reposer dans le développement de l'éducation ces réformes sur une analyse complète des questions d'éducation et les inclure dans une stratégie de Afin de rompre le cycle de développement vicieux des développement macro-économique. Il conviendra égale- années 1980, d'affronter les défis de développement ment d'identifier les politiques et les programmes du 21ème siècle et de réduire le gouffre scientifique et d'investissement qui doivent être mis en oeuvre pour numérique séparant l'Afrique du reste du monde, cette atteindre les objectifs stratégiques et formuler des région aura besoin de systèmes éducatifs équitables, plans de mise en application qui visent à un progrès efficaces et de qualité supérieure. Ces objectifs néces- rapide et qui sont explicitement conçus pour prendre siteront que de nombreux pays africains fassent un des mesures adaptées. bond prodigieux -- une accélération considérable-- Dans le cadre de la formulation des stratégies et dans le développement de leur système éducatif au des interventions, la priorité devrait être mise sur la cours des 10 prochaines années, en mettant l'accent promotion du développement équilibré du secteur tout sur les priorités suivantes : entier, en prenant en compte les liens entre toutes les · Augmenter rapidement le taux de réussite scolaire composantes du système éducatif, depuis la tendre de la main-d'oeuvre en s'assurant que tous les enfance jusqu'aux programmes post-universitaires. enfants d'âge scolaire soient inscrits dans de Simultanément, le système ne sera pas en mesure de bonnes écoles primaires. contribuer au développement social et économique · Élargir progressivement l'accès à un cycle complet domestique sans pouvoir s'appuyer sur les progrès d'éducation fondamentale pour les diplômés de rapides dans le domaine de l'éducation primaire l'école primaire, et donner aux jeunes et aux universelle. Au-delà du niveau primaire, le développe- adultes qui ont des lacunes en alphabétisation et ment sera typiquement plus progressif et sélectif, dans en calcul la possibilité de participer à des pro- le respect des politiques et des objectifs spécifiques grammes d'éducation de base pour adultes. aux différents pays. Ces politiques devront traduire un · Améliorer les compétences professionnelles et consensus politique relatif aux priorités et aux techniques des jeunes et des adultes par le biais compromis, basé sur les ressources humaines et finan- de programmes continus de perfectionnement cières disponibles, les objectifs de développement, les professionnel en relation avec leur travail, pro- indicateurs du marché du travail et l'exigence sociale. posés par des systèmes orientés sur la demande, y Deuxièmement, les pays africains devraient compris les fournisseurs privés et publics. formuler des stratégies, des politiques et des réformes · Préparer un plus grand nombre d'étudiants sélec- locales afin d'accélérer le développement de l'éduca- tionnés à poursuivre leur formation, notamment tion plutôt que de mettre en oeuvre des solutions dans les carrières scientifiques et technologiques, internationales personnalisées pour répondre aux con- en renforçant les programmes de mathématiques, de ditions locales. Toutefois, les connaissances et sciences et de technologie dans les établissements l'expérience d'autres pays - africains et autres -- d'enseignement secondaire et post-secondaire. devraient renforcer et éclairer les stratégies locales. · Relancer les programmes nationaux de recherche Cette approche permettra aux pays de concevoir des et développement. programmes appropriés, abordables et durables en Le maintien du statu quo ne permettra pas évitant de répéter les erreurs commises par les autres. d'atteindre les résultats escomptés. Des réformes Troisièmement, la formulation des stratégies est politiques audacieuses-- maintenues dans le temps et une question de choix. Les pays ne peuvent accélérer mises en oeuvre dans le cadre de partenariats entre les le développement de l'éducation que si leurs réformes gouvernements nationaux, la société civile et les et leurs investissements se concentrent sur les objec- donateurs-- seront indispensables. Ce défi n'est pas tifs prioritaires et sont le reflet de leur volonté de faire impossible. Le Botswana, le Cap-Vert, l'île Maurice, la de difficiles compromis politiques. Typiquement, les Namibie, le Swaziland et le Zimbabwe ont avancé à choix les plus critiques seront ceux relatifs au choix grands pas dans le développement de l'éducation. des dépenses publiques et à la sélection des modes de Beaucoup d'autres pays-- par exemple, la Guinée, le prestation de services non traditionnels. Mozambique, le Sénégal et l'Ouganda (encadré 3.1)-- Quatrièmement, l'Afrique devrait formuler des ont commencé à mettre en oeuvre des réformes très stratégies d'éducation faisant explicitement référence 32 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION Encadré 3.1 L'engagement national de l'Ouganda pour l'éducation élémentaire En 1994, le gouvernement ougandais a publié un livre nombre d'inscriptions dans le primaire, qui ont blanc décrivant ses perspectives à long terme pour la atteint 5,2 millions. Des essais d'enseignement à réforme de l'éducation. Ce document pose les jalons de des classes à niveaux multiples ont commencé en réformes politiques substantielles : 1999 afin de rapprocher des écoles plus petites · Élimination des enseignants « fantômes », des communautés dans les régions à faible popu- accroissement des salaires des enseignants à des lation. niveaux réalistes, et formation et mise en service · Limitation du nombre d'étudiants de l'enseigne- d'enseignants. Le nombre d'enseignants sur le ment supérieur qui doivent payer leurs cours. registre des salaires a été réduit d'un tiers et Aujourd'hui, 75 % des étudiants universitaires leur salaire a décuplé en trois ans. Des tests de bénéficient d'un financement privé, provenant compétence des enseignants ont été administrés soit de leur famille soit des communautés. Les à tous les enseignants non certifiés. Les bourses d'études s'adressent aux étudiants qui ne enseignants jugés aptes à la formation ont dû se peuvent acquitter les droits d'inscription. soumettre à une mise à niveau sur le terrain et à · Recrutement de cadres dirigeants au moyen de un soutien professionnel continu. Le soutien aux concours ouverts en vue de la restructuration du enseignants est assuré par 560 tuteurs, qui sont ministère de l'éducation. Le gouvernement prend chacun responsables de 20 écoles. des mesures pour intégrer pleinement d'ici 2000 · Délégation de la responsabilité de l'éducation les services cloisonnés d'exécution des projets, primaire aux 45 districts d'Ouganda. Chaque qui traitent exclusivement d'opérations financées district recrute et rémunère lui-même ses par des donateurs, au sein du ministère enseignants bien qu'il perçoive des fonds du proprement dit. Il utilisera à l'avenir son gouvernement central. Le district gère également la Programme d'investissement stratégique pour construction de salles de classe par une approche l'éducation, en évolution permanente, afin de fondée sur les demandes communautaires. coordonner l'aide à l'éducation fournie par des · Libéralisation en 1995 de la sélection et de l'achat donateurs en Ouganda. des manuels scolaires. Les écoles peuvent à La mise en oeuvre du programme s'est en général présent choisir parmi les listes d'ouvrages dressées déroulée comme prévu grâce à un engagement par le ministère de l'éducation à l'intérieur d'une politique ferme et à un soutien budgétaire continu. enveloppe budgétaire calculée d'après leurs L'éducation occupait le coeur de la campagne élec- inscriptions. Un résultat direct de cette stratégie torale du Président Museveni en 1996, et la part de est l'émergence d'un secteur privé actif de l'éducation dans le budget a augmenté de 22 % en marketing et d'édition de livres scolaires. Pour 1995 à 31 % en 1999. Le nombre d'enseignants dans aider au maintien de l'approvisionnement en l'éducation fondamentale est toutefois insuffisant au manuels, le gouvernement a alloué 3 % du budget regard de l'extraordinaire augmentation des inscrip- récurrent de l'éducation aux matériaux éducatifs. tions. Dans de nombreuses écoles, les résultats de · Introduction en 1997 de la scolarité gratuite l'apprentissage demeurent très faibles. Les accroisse- jusqu'à quatre enfants par ménage. Les écoles ments budgétaires permettant le financement sont aujourd'hui financées au moyen de subven- d'enseignants supplémentaires, la construction de tions directes fondées sur les inscriptions, tandis nouvelles salles de classe et l'acquisition d'instru- que les cotisations aux associations de parents et ments éducatifs appropriés représentent une priorité d'enseignants sont libres. La réduction du poids absolue. Les ressources dégagées grâce à l'initiative financier pour les familles a permis de doubler le HIPC seront employées à cette fin. UNE CHANCE POUR APPRENDRE 33 aux stratégies plus générales de réduction de la tous, 1990). Des taux de participation élevés et des pauvreté. La pauvreté est un obstacle majeur à flux d'étudiants efficaces sont des indicateurs néces- l'extension de l'accès à l'éducation et à l'amélioration saires, mais imparfaits, des progrès enregistrés par des résultats scolaires en Afrique, alors que l'éducation. La véritable mesure est donnée par la l'enseignement est une composante essentielle de réussite réelle de l'apprentissage. La mauvaise qualité l'éradication de la pauvreté. Il est manifeste que la se traduit presque inévitablement par un phénomène compréhension des mécanismes excluant la population généralisé de redoublements et par de très nombreux du système éducatif et l'identification des interven- abandons, et décourage les parents d'inscrire leurs tions dans d'autres secteurs qui contribuent au enfants. L'amélioration de la qualité est fréquemment développement de l'éducation doivent faire partie des une condition sine qua non de l'accroissement du stratégies d'éducation nationales. Les objectifs et les nombre d'inscriptions. besoins budgétaires des stratégies d'éducation doivent À mesure où le taux d'admission approche les être cohérents avec ceux des autres secteurs. 100 pour cent dans de nombreux pays (cf. chapitre 1), Les progrès nécessaires pour atteindre ces priorités l'amélioration de l'instruction pour accroître les taux stratégiques nécessiteront des réformes stratégiques et de réussite scolaire, les taux de rétention et les taux institutionnelles qui : de survie sera un élément essentiel pour atteindre · Améliorent la qualité, mesurée par l'accroissement l'objectif de l'inscription universelle prônée par le des taux de réussite et de bonnes pratiques programme Éducation pour tous et pour l'achèvement éducatives. du cycle de l'enseignement fondamental. Les · Fournissent un accès équitable aux opportunités investissements dans la qualité génèrent souvent les d'apprentissage. meilleurs retours de l'éducation, car ils favorisent non · Mettent en place une capacité nationale, locale seulement l'obtention d'un meilleur taux de réussite et scolaire pour gérer la prestation des services scolaire, mais ils s'autofinancent au moins partielle- éducatifs. ment grâce à la génération de gains d'efficacité · Assurent un financement durable par le biais d'un (Forum consultatif international sur l'éducation pour système cohérent de financement et de fourniture tous, Harbison et Hanushek 1992). complémentaire associant le privé et le public. La fourniture d'une éducation de qualité est un Les principales options de réformes et les princi- défi constant, car les connaissances et les compé- pales priorités d'action disponibles pour les décideurs tences escomptées des diplômés se modifient. De plus africains sont résumées ci-dessous et reposent sur les en plus, le succès de l'éducation est jugé sur la capacité résultats de recherche et sur les enseignements tirés de des étudiants à appliquer leurs connaissances, à l'Afrique et d'autres régions (Lockheed et Verspoor 1991; penser de manière individuelle, à exercer un jugement et toute autre contribution mentionnée dans le texte). approprié et à collaborer avec d'autres pour analyser Une autre source importante a été l'inventaire de l'ADEA les nouvelles situations. Le but de l'éducation n'est pas qui a rassemblé des études de cas relatives à des expéri- uniquement de transmettre des connaissances, mais ences fructueuses dans le domaine du développement de d'enseigner des méthodes d'apprentissage, de résolu- l'éducation et qui suggère une approche prometteuse tion des problèmes et de synthèse des anciennes et dans le cadre de l'augmentation de la capacité nationale des nouvelles connaissances. La politique d'éducation à analyser et à diffuser des expériences éducatives s'écarte rapidement de sa principale préoccupation -- réalisée au sein du continent (encadré 3.2). à savoir, la scolarité initiale des jeunes -- pour s'orienter vers la fourniture d'opportunités de mise en oeuvre d'un apprentissage permanent. Poursuite implacable de la qualité Pour améliorer la qualité, les pays doivent tout d'abord s'assurer que les conditions de base de La traduction des opportunités d'éducation étendues l'apprentissage sont en place. Les programmes d'é- dans un développement significatif dépend si les gens tudes et les stratégies d'enseignement doivent tenir apprennent réellement -- c'est-à-dire acquièrent des compte du contexte scolaire et préparer les étudiants connaissances utiles, des capacités de raisonnement, à la vie active et à la poursuite de leur formation. Les des compétences et des valeurs -- grâce à ces oppor- professeurs doivent être formés à la pédagogie des tunités (Conférence mondiale sur l'éducation pour classes à niveaux multiples et à années uniques, 34 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION Encadré 3.2 Leçons issues du « Rapport d'inventaire prospectif de l'ADEA sur l'éducation en Afrique » En 1998, l'Association pour le développement de binaison d'idées et de ressources au développement l'éducation en Afrique (ADEA) a invité les gouvernements de l'éducation. Les partenariats sont également africains à élaborer des études de cas nationales sur décisifs à l'échelle internationale, tant à l'intérieur les pratiques fructueuses en préparation à la réunion de l'Afrique qu'entre l'Afrique et d'autres régions. biennale de l'ADEA prévue à Johannesburg en décembre · Les communautés sont investies d'une mission de 1999. Cet exercice avait pour objectif d'identifier peu à premier ordre dans le développement de l'éducation. peu les solutions éducatives et les réponses politiques, Elles doivent recevoir la possibilité d'identifier leurs dans le contexte africain, face aux contraintes et aux besoins et leurs priorités en matière d'éducation et difficultés bien connues. Vingt-cinq pays ont répondu. de jouer un rôle élargi dans la gestion des écoles. Les conclusions uniformes de ces études révèlent que le Les réformes de décentralisation permettent secteur éducatif de nombreux pays africains est riche en généralement de contribuer à ce résultat. La par- innovation et en approches prometteuses. Parmi les ticipation de la communauté ne peut compromettre leçons essentielles observées figurent les suivantes : les objectifs de justice et d'efficacité. · Le contexte politique entourant le développement · La définition des politiques et la planification de l'éducation est primordial. Les gouvernements doivent prendre appui sur des recherches et des doivent avoir la volonté d'aplanir les inégalités analyses approfondies. Les interventions dans salariales, sexuelles, ethniques et sociales l'éducation doivent reposer sur des données lorsqu'elles érigent des obstacles à l'éducation solides et faire l'objet d'un contrôle systématique pour tous. Un engagement politique fort et afin de cerner leur influence et d'assimiler les permanent envers l'éducation élémentaire grandes leçons politiques. universelle est crucial, de même qu'une série de · Toutes les composantes du secteur doivent être principes directeurs et une perspective claire de abordées dans une approche holistique. Chaque l'orientation du développement de l'éducation. pays doit établir un équilibre approprié entre les · Les différents pays doivent être préparés à imaginer exigences de chaque sous-secteur et garantir une des solutions politiques à mesure qu'ils pro- synergie entre les différentes interventions sous- gressent et renforcent leurs capacités par la sectorielles. pratique. Ils doivent assurer que la planification · La rentabilité représente une zone d'ombre dans ne ralentit pas la mise en oeuvre et garder à les études de cas. À défaut d'un examen complet l'esprit que tous les éléments ne doivent pas des coûts de financement et de gestion, l'étude a nécessairement être installés avant le début de la pu tirer peu de conclusions sur la rentabilité ou la mise en oeuvre. La flexibilité et l'acceptation des présence d'une marge de manoeuvre pour l'intro- risques représentent l'ossature de cette approche. duction d'innovations. Le renforcement de la · Le développement de l'éducation jouit de meilleures capacité d'analyse financière dans le secteur chances de réussite s'il repose sur un consensus éducatif constitue une priorité urgente dans une parmi tous les intervenants. La planification de grande partie de la région. l'éducation doit s'appuyer sur des principes partici- · De nombreuses innovations se concentrent patifs, qui favorisent un sentiment d'appropriation excessivement sur l'élargissement de l'accès et et de compréhension des politiques. accordent une attention insuffisante à l'améliora- · L'accélération du développement de l'éducation tion qualitative. Les interventions qui négligent dépend de partenariats efficaces entre le gouverne- la qualité de l'éducation ne sont guère suscepti- ment, les donateurs, les communautés, les organi- bles de perdurer, dès lors qu'une faible demande sations de la société civile et le secteur privé. d'éducation est étroitement liée à la fourniture Chacun de ces intervenants peut apporter une com- d'une qualité médiocre. Source : ADEA 1999b. UNE CHANCE POUR APPRENDRE 35 doivent recevoir les supports et les manuels péda- concurrentes d'ouvrages proposées par les éditeurs. gogiques nécessaires et bénéficier d'un support pro- · Rapport élèves-enseignant maximal de 40 à 45 fessionnel régulier. Les enfants doivent être préparés élèves par enseignant dans le primaire et de 20 à pour rentrer à l'école lorsqu'ils sont inscrits à l'âge sco- 25 dans le secondaire supérieur. La taille des laire normal de six ans. Les enseignants devraient classes devrait rester dans une tranche raisonnable régulièrement vérifier les progrès accomplis par les par rapport aux moyennes. La plupart des pays élèves. Les écoles des zones rurales auront souvent africains ont des rapports élèves-enseignant se besoin de pédagogie pour classe à niveaux multiples, situant à la limite supérieure de ces tranches, bien ainsi que des programmes de cours et des approches que certains présentent des moyennes bien plus pédagogiques plus flexibles pour répondre aux besoins élevées. Dans de nombreux pays toutefois, le défi des zones rurales pauvres et à faible densité de popu- principal est de s'assurer de la répartition lation. équitable des enseignants entre les élèves et les écoles. Le coût de la réinsertion des enseignants Environnement d'apprentissage occupant un emploi administratif ou autre dans une salle de classe et de la mutation des Un enseignement efficace et un taux élevé de réussite enseignants depuis les régions urbaines vers les scolaire nécessitent les conditions de base suivantes : régions rurales est financièrement supportable -- · Au moins 800 à 1000 heures d'enseignement chaque bien que le coût politique soit parfois plus élevé année. Les pays africains ne peuvent s'attendre à ce -- et peut considérablement améliorer l'efficacité que les étudiants réalisent l'apprentissage spécifié de l'enseignement. Le versement, à la date prévue, dans la plupart des programmes de cours nationaux de salaires raisonnables est également important. avec seulement 400 ­ 500 heures de cours. · L'infrastructure physique satisfaisant aux normes · Un meilleur contrôle et un meilleur suivi commu- de sécurité et de confort minimales. De nombreux nautaire, des calendriers scolaires modifiés pour pays africains n'ont pas assez de classes pour mieux s'adapter aux calendriers agricoles, ainsi répondre à la demande en enseignement. Les que des programmes de santé et des repas sco- écoles existantes sont souvent en mauvais état et laires. Tous ces éléments peuvent contribuer à ne disposent pas d'eau potable et d'installations l'amélioration du fonctionnement scolaire régulier. sanitaires. Des salles de classe bien entretenues, · Inscription à l'école à l'âge scolaire normal. Les propres et attrayantes sont le symbole d'un inscriptions tardives--habituelles après les vagues engagement pour une éducation de qualité et sont d'inscription ou dans les pays connaissant des le sceau des écoles efficaces et bien gérées. Les admissions semestrielles, trimestrielles, voire des équipements sanitaires et d'eau potable permet- admissions moins fréquentes--entraînent en règle tent de créer un environnement d'apprentissage générale des abandons prématurés, notamment sain et peuvent être un facteur essentiel dans la parmi les filles (Lloyd, Mensch, et Clark 2000). scolarisation des filles. · Accès à des manuels et autres matériaux éducatifs adéquats pour chaque enfant. Un enseignement de Programmes d'études et stratégies d'enseignement qualité nécessite des manuels, des cahiers, des livres de bibliothèque, des tableaux et des cartes. Les pays devront se pencher sur des solutions alterna- Malgré le soutien des donateurs, peu de pays ont tives au modèle d'enseignement à classe avec année établi des systèmes financièrement et institu- unique --c'est-à-dire six classes avec six enseignants, tionnellement durables en termes d'approvision- avec des cours dispensés cinq heures par jour, 200 jours nement en livres. L'édition des livres scolaires a par année et avec une maîtrise à l'entrée des connais- toujours été un monopole d'État dans de nombreux sances de base en matière de vocabulaire et de gram- pays africains. Cette situation est en train de maire de la langue d'apprentissage. Les programmes changer, car la plupart des pays reconnaissent d'études, les manuels, les manuels des professeurs l'importance d'une industrie de l'édition prospère, africains, ainsi que la formation du corps enseignant d'un réseau privé de revendeurs et de politiques qui africain sont souvent conçus autour d'hypothèses et donnent aux écoles le pouvoir et les ressources d'objectifs éducatifs qui ne sont adaptés ni aux con- indispensables pour choisir entre plusieurs séries traintes opérationnelles de l'école typique, ni aux styles 36 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION ou aux besoins d'apprentissage de la plupart des élèves. des options stratégiques en termes de langue Dans de nombreux pays, les programmes d'études sont d'apprentissage. De même, les questions relatives à la surchargés en termes de contenu et insistent souvent langue d'apprentissage sont souvent des questions sur la connaissance de faits à propos de stratégies afin politiquement et culturellement sensibles. La sélection de promouvoir la compréhension et l'application. d'une langue africaine à des fins d'enseignement L'enseignement est souvent orienté sur la préparation pourrait marginaliser des catégories sociales dans des d'examens sélectifs déterminant l'accès au niveau pays linguistiquement variés. Les gouvernements d'enseignement suivant. L'évaluation systématique de devront également se pencher sur la demande d'en- l'apprentissage de l'étudiant au niveau de la classe, de seignement dans des langues européennes, que de l'école et du système, est rare, ce qui réduit la portée nombreux parents considèrent comme autant de portes des réformes projetées destinées à améliorer les résul- donnant accès aux niveaux d'enseignement supérieurs tats scolaires. et à l'emploi. En résumé, les politiques d'apprentissage Les programmes d'études ne tiennent que rarement doivent débuter avec la langue et la culture locales afin compte du fait que la plupart des élèves entrent à d'améliorer les performances des étudiants, notamment l'école avec peu ou pas de connaissances de la langue aux premiers niveaux, lorsque la plupart des enfants d'instruction. L'apprentissage des élèves s'améliore décrochent et redoublent des cycles. La mise en oeuvre lorsque l'enseignement est dispensé dans leur langue fructueuse exigera toutefois également une stratégie maternelle. Des études ont régulièrement démontré que efficace en matière de transition vers une seconde les étudiants apprennent à lire et à acquérir plus langue d'apprentissage. rapidement d'autres aptitudes académiques lorsque les De nombreux pays en voie de développement en cours sont dispensés dans leur langue maternelle Afrique et ailleurs mettent en question l'efficacité du (UNICEF 1999). Toutefois, dans de nombreux pays modèle traditionnel d'éducation et mettent en oeuvre africains, l'aisance dans une seconde langue--français, d'autres modèles alternatifs, souvent plus complets. La anglais ou portugais--est une exigence essentielle pédagogie convergente du Mali, le système de la pour être admis dans l'enseignement secondaire et un escuela nueva en Colombie et les écoles du Comité objectif pédagogique majeur du programme de cours d'avancement rural du Bangladesh ont tiré des primaire. Des études consacrées à des programmes enseignements dans le cadre de la conception pilotes de bilinguisme au Mali et au Niger indiquent d'approches alternatives (Banque mondiale 1996). Les que les enfants ayant reçu une formation dans leur stratégies d'enseignement de ces modèles reflètent les langue maternelle apprennent plus rapidement une expériences linguistiques et autres des enfants qui seconde langue que les enfants dont l'enseignement a s'inscrivent à l'école ; elles permettent aux enfants de été réalisé dans une langue autre que celle parlée à la progresser à leur propre rythme ; elles contrôlent maison (ADEA 1999b). soigneusement l'apprentissage ; elles favorisent Toutefois, la plupart des preuves issues des pro- l'apprentissage coopératif et l'enseignement entre grammes pilotes dans la langue maternelle est expéri- camarades ; elles éliminent le redoublement, incluent mentale et déduite d'une méthodologie sujette à des stratégies destinées à contrôler les absences ; caution. Il est nécessaire de contrôler et d'évaluer ces elles visent à développer des compétences civiques et programmes pilotes de façon nettement plus stricte. soulignent la compréhension, l'application des En outre, les contraintes de coût et de gestion ont connaissances, ainsi que la résolution des problèmes. compliqué les possibilités d'augmenter l'ampleur des Préparer des élèves au monde du travail et à la programmes pilotes en matière de bilinguisme. Les formation continue implique l'enseignement de com- programmes bilingues exigent typiquement une vaste pétences d'analyse des problèmes, de synthèse de gamme de supports, ainsi que du personnel disposant l'information et de réalisation de tout un éventail de d'une qualification particulière. Il est peu probable que tâches. Les élèves de l'enseignement primaire doivent l'apprentissage dans la langue maternelle, à l'instar du acquérir des compétences de lecture, d'écriture et de modèle d'apprentissage traditionnel, soit efficace s'il calcul de base, des connaissances pratiques, ainsi que ne dispose pas des conditions de base et des ressources des aptitudes à la communication et de citoyenneté. susceptibles de permettre une instruction de qualité. À mesure où le nombre de personnes infectées par le Les gouvernements doivent explorer complètement virus VIH/SIDA augmente, les étudiants et les jeunes ces questions de ressources lors de leur examen ont besoin de connaissances relatives à la trans- UNE CHANCE POUR APPRENDRE 37 Encadré 3.3 Le programme Liens mondiaux pour le développement Le programme Liens mondiaux pour le développement tion avec des opérations de la Banque afin d'atteindre (WorLD), une initiative fondée sur les subventions com- beaucoup plus de professeurs et d'étudiants africains. manditée par l'institut de la Banque mondiale, utilise Une étude récente d'une société réputée dans Internet pour joindre les écoles secondaires en Afrique l'évaluation d'initiatives portant sur les technologies de avec d'autres écoles dans un but d'apprentissage l'éducation (SRI International 1999) a fait état d'un coopératif. Les objectifs de ce programme sont grand enthousiasme pour le programme WorLD parmi les d'améliorer les opportunités d'éducation pour les enseignants, les étudiants et les administrateurs. Plus étudiants africains, de développer des compétences de 70 % des professeurs et presque 80 % des élèves technologiques dans les rangs de la jeunesse africaine ont donné les notes maximum à l'impact du programme afin d'accélérer le développement économique et social sur les capacités de communication et de raisonnement, et d'instaurer une entente culturelle de par le monde. ainsi que sur l'attitude des élèves vis-à-vis de l'école. Depuis 1997, le programme WorLD a fourni des Un visiteur de l'école secondaire Mengo, en laboratoires d'informatique, des connexions Internet et Ouganda, a dépeint l'esprit du programme WorLD : une formation de professeurs à plus de 140 écoles dans « C'était un samedi après-midi et personne n'était sept pays africains (le Ghana, la Mauritanie, le obligé d'être là, et pourtant la petite salle était pleine Mozambique, le Sénégal, l'Afrique du Sud, l'Ouganda de gosses extrêmement timides, groupés par cinq ou six et le Zimbabwe). Il a ainsi atteint plus de 600 autour d'une machine, concevant des pages Web enseignants et 5 000 étudiants. En 1999-2000, le éducatives dans PageMill avec des processeurs 486 et programme s'étendra à deux pays africains supplémen- des disquettes. La moindre opération prenait une éter- taires, à savoir le Burkina Faso et le Botswana, et nité, mais ils attendaient avec une patience d'ange que travaillera avec au moins 20 écoles dans chaque pays. les écrans s'affichent point par point. » (Barlow 1998) Le ministère sénégalais de l'éducation a demandé l'aide Dans d'autres projets WorLD, des étudiants ougandais du programme WorLD pour concevoir un programme forment des groupes locaux de femmes à l'informatique national de technologie de l'éducation. Au cours des et des enseignants sénégalais ont téléchargé des sites années à venir, WorLD espère étendre cette collabora- Internet pour des cours de biologie. mission et à la prévention du VIH/SIDA. L'éducation pour l'enseignement secondaire (ZIM-SCI)--qui utilise relative aux questions de santé, notamment la santé de l'équipement à bas prix, des manuels locaux et une reproductive et leVIH/SIDA, devrait faire partie inté- formation en cours d'emploi complète--ont été en grante du programme d'études. mesure d'accroître considérablement l'accès à l'éduca- Le défi au-delà du niveau primaire est de préparer tion scientifique sans mettre en péril la qualité. Les les élèves à un monde qui exigera d'eux une com- nouvelles technologies fournissent des moyens préhension et un épanouissement avancés dans ces efficaces pour la formation des professeurs et pour domaines, ainsi que des aptitudes à la résolution des l'enseignement des matières avancées aux niveaux problèmes et la capacité d'apprentissage. La plupart des secondaire et supérieur (encadré 3.3). pays africains devront concevoir des programmes La formation professionnelle doit être le reflet du d'études secondaires et supérieures qui répondent à ces monde du travail en pleine mutation. Les programmes priorités naissantes et devront faire coïncider les livres doivent répondre aux exigences des employeurs et être et les manuels des professeurs avec les nouveaux suffisamment souples pour aider certains étudiants à se contenus et les nouvelles stratégies d'enseignement. préparer à l'emploi ou à l'apprentissage dans le secteur L'Afrique a déjà fait des progrès considérables en ce officiel ou -- plus fréquemment-- dans le secteur non sens. Au Zimbabwe par exemple, dans les années qui officiel et à en préparer d'autres au travail indépendant. suivirent immédiatement l'indépendance, des stratégies Les programmes de formation professionnelle et pédagogiques rentables promues par le projet Science de formation technique ont une dynamique différente 38 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION de l'enseignement secondaire traditionnel et sont mieux gérés en dehors du système de l'enseignement Encadré 3.4 traditionnel (Middleton, Van Adams et Ziderman 1993). Les programmes doivent souvent être conçus Le projet de formation préalable des en fonction des exigences d'une clientèle spécifique - enseignants de Guinée la durée et la méthode d'enseignement reposant sur les objectifs pédagogiques. Dans beaucoup de pays, Pour atteindre une « éducation accessible à tous », des fournisseurs privés-- employeurs, organisations la Guinée devra recruter environ 25 000 nouveaux avec ou sans but lucratif-- jouent déjà un rôle central enseignants au cours des 12 années à venir. Pour dans le développement des compétences. Le défi augmenter l'efficacité de la formation et la qualité stratégique auquel doit faire face le développement de des nouveaux enseignants, le gouvernement requiert programmes efficaces de formation professionnelle et de nouvelles approches pour la formation initiale des d'enseignement technique est la création d'un enseignants. Deux nouvelles approches ont été environnement dans lequel des fournisseurs publics et expérimentées en 1998 : privés peuvent être en concurrence et se compléter en · Des cours d'été à court terme intensifs, pour répondant à la demande d'une clientèle avec des lesquels les professeurs ont reçu un brevet pro- besoins en formation extrêmement différents. visoire. Pour recevoir leur brevet permanent, les professeurs devaient participer à la formation Des professeurs qualifiés et motivés en cours d'emploi dans une période déterminée. Afin d'améliorer la qualité de l'enseignement en Afrique, · Un programme intensif durant une année les salaires des enseignants doivent être payés à la date scolaire entière se concentrant sur la formation prévue et doivent couvrir le coût de la vie pour en salle de classe, au sein duquel les élèves pro- permettre aux professeurs de se consacrer à plein temps fesseurs passent 30 à 40 % de leur temps dans à leur activités pédagogiques. Les conditions de travail des classes de primaire, suivi d'un programme -- le soutien administratif et de gestion et la disponi- de tutorat et de formation en cours d'emploi. bilité des supports, des fournitures et des équipements En août 1999, le programme de formation des pédagogiques -- devraient permettre aux enseignants enseignants avait formé plus de 3 000 nouveaux de mener à bien le travail qu'on attend d'eux. La recon- professeurs,-- soit 20 fois plus qu'il n'en avait été naissance professionnelle et le soutien permettront de formés l'année précédant le début du projet. Les motiver les enseignants dès que les deux premières professeurs formés pendant le cours d'été intensif en conditions seront satisfaites. Enfin, la formation des 1998 ont aidé à accroître les inscriptions de 52 000 enseignants doit être radicalement réformée afin que élèves, dont plus de la moitié de filles, pendant les enseignants acquièrent les aptitudes et la motiva- l'année scolaire 1998/99. Les 1 500 nouveaux tion nécessaires à la mise en oeuvre de meilleures professeurs ont commencé à enseigner en 1999 et le méthodes pédagogiques. projet prévoyait la formation de 3 000 enseignants Une formation préalable orientée sur la pratique, supplémentaires pendant l'année scolaire 1999/2000. une formation permanente orientée sur la demande et un modèle pédagogique fourni par les chefs d'établissement peuvent améliorer les aptitudes Plusieurs pays explorent des possibilités de pédagogiques (Craig, Kraft et du Plessis 1998). formation préalable plus courte, des possibilités de Quantité de pays devront réévaluer la formation ini- formation pratique en classe plus longue et des possi- tiale et la formation en cours d'emploi continue. La bilités de formation en cours d'emploi continue formation des enseignants ne peut plus être perçue (encadré 3.3), souvent par l'intermédiaire d'un réseau comme une extension de l'éducation secondaire, de centres de ressources décentralisés, complété par le laquelle ne serait que faiblement reliée aux condi- support scolaire des directeurs et des inspecteurs ou tions et aux pratiques observées dans les classes de fournisseurs de ressources spécialisés. Dans tous rurales. De plus, la formation en cours d'emploi ces modèles, la formation des enseignants devient un continue ne peut plus être un événement auquel les processus d'éducation permanente. Les nouvelles tech- professeurs participent pendant quelques jours tous nologies ouvrent les portes à de nouvelles opportunités les 5 ou 10 ans. en mettant des programmes éducatifs à la disposition UNE CHANCE POUR APPRENDRE 39 Encadré 3.5 La technologie et l'éducation en Afrique subsaharienne Dans de bonnes conditions, les technologies-- y équivalents à ceux observés dans les écoles classiques. compris les technologies traditionnelles-- peuvent Des impératifs de financement ont malheureusement contribuer à pallier les contraintes d'éloignement, de contraint l'Institut à interrompre les émissions de radio temps et de sous-qualification des enseigants dans la et érodé ses capacités de distribution de documents. fourniture de services d'éducation. Bien qu'une grande La télévision peut également élargir l'accès partie des nouvelles technologies informatiques soient à l'éducation secondaire et rehausser sa qualité. inaccessibles aux écoles africaines pour des raisons de Au Mexique, Telesecundaria est un système rural axé sur coûts et d'infrastructure, elles renferment un tel poten- la télévision qui propose une éducation secondaire dans tiel que l'Afrique devrait étudier leur rentabilité, en le cadre du système national. Plusieurs autres pays ont particulier aux niveaux secondaire et universitaire et adopté le programme, et certains le mettent à la dispo- dans la formation des enseignants. Certaines des appli- sition des écoles secondaires de régions reculées afin cations les plus prometteuses des technologies dans d'enrichir et d'améliorer l'instruction, notamment dans l'éducation sont décrites ci-dessous. les mathématiques et les sciences. Une collaboration régionale se traduirait par des économies d'échelle et Éducation primaire comprimerait les coûts par élève. L'école primaire ne possède pas d'alternative de nature technologique, mais la technologie peut enrichir Formation des enseignants l'instruction primaire et aider les enseignants à La formation des enseignants est l'un des enjeux les combler les lacunes de leurs connaissances dans plus importants de l'Afrique. Les technologies de certains domaines. Le programme Instruction radio l'éducation peuvent aider à relever ce défi. La forma- interactive, au Lesotho et en Afrique du Sud, diffuse tion des enseignants représente la majeure partie des des leçons parfaitement organisées, qui ménagent activités d'éducation à distance en Afrique, qui régulièrement des pauses pour les réponses des élèves conjuguent les documents imprimés, la radio, les ou les activités d'apprentissage. Il s'est avéré un cassettes audio et vidéo et, --de plus en plus-- instrument efficace dans l'amélioration qualitative de Internet. D'ordinaire, les centres de ressources et l'enseignement de l'anglais et des mathématiques dans d'études pour enseignants et les services de l'éducation les écoles primaires. En dépit de son succès, peu de des districts accueillent des formations personnelles pays ont toutefois adopté le programme Instruction directes, assistées par les technologies traditionnelles radio interactive en raison des coûts élevés d'élabora- ainsi que l'informatique et l'accès à Internet (Roberts tion du programme, de coûts récurrents de pas moins et al. 1998). L'emploi des technologies de l'éducation de 2 à 3 dollars par an, et de la difficulté d'adapter les dans la formation à distance des enseignants procure horaires scolaires aux émissions. de multiples avantages. En présence d'économies d'échelle, la formation à distance des enseignants est Éducation secondaire moins coûteuse que les méthodes conventionnelles. L'éducation à distance peut offrir une alternative d'éd- Depuis ces 10 dernières années, la formation des ucation économique aux élèves qui ne sont pas admis enseignants en cours d'emploi recourt aux nouvelles à l'école secondaire traditionnelle. Les cours d'éduca- technologies et tire profit de leurs possibilités tion à distance sont généralement dispensés par le connexes de collaboration régionale et internationale. biais de documents imprimés d'apprentissage indi- En Afrique occidentale, l'université de Gambie, l'univer- viduel, soutenus et complétés par des émissions de sité nationale de formation des enseignants du Nigeria, radio et des centres d'études. L'Institut d'éducation à l'université du Ghana, et l'université de formation des distance du Malawi a offert pendant de longues années enseignants de Freetown en Sierra Leone partagent un bon exemple de cette stratégie. Les taux de réussite ainsi matériaux éducatifs et expertise en formation aux examens étaient faibles, mais approximativement des enseignants, ainsi que d'autres programmes 40 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION Encadré 3.5 (suite) d'éducation à distance. De manière similaire, le plier les ressources offertes aux étudiants et aux Réseau africain de formation à distance (RESAFAD), professeurs et d'autoriser les universités à rejoindre des un consortium d'organismes de technologie au Bénin, réseaux mondiaux de connaissances. L'université de Burkina Faso, Gabon, Guinée, Mali et Togo, utilise Pennsylvanie, aux États-Unis, peut par exemple fournir Internet pour la formation à distance des chefs une large collection numérique de ressources pour d'établissement. 1,2 millions de dollars, soit un dixième du coût d'une L'application des nouvelles technologies à l'éduca- bibliothèque ordinaire (Banque mondiale 2000a). tion à distance peut également favoriser l'égalité entre les sexes parmi le personnel enseignant dès lors qu'elle Éducation continue offre aux femmes des possibilités de formation à Un secteur privé important dans les régions urbaines domicile et aux enseignants en général un moyen de d'Afrique procure une formation sur l'application d'une communiquer et de partager leurs expériences avec large gamme de technologies informatiques. De plus, des collègues, ainsi que d'accéder à une mine d'instru- le Réseau mondial d'apprentissage à distance, ments d'étude. soutenu par la Banque mondiale, forme les cadres des secteurs public et privé. Divers pays africains créent Éducation supérieure des centres communautaires d'information et L'enseignement à distance peut augmenter le nombre d'apprentissage qui offrent en général un accès au de diplômés universitaires et de diplômes du troisième téléphone, au fax, et dans une mesure croissante au cycle (voir encadré 3.12). L'accès à Internet peut en courrier électronique et à Internet, en contrepartie outre faciliter la participation à la communauté scien- d'une redevance modique. Ces centres ont le potentiel tifique internationale. Les bibliothèques numériques de fournir des opportunités d'apprentissage aux représentent en effet une façon économique de multi- personnes vivant dans des régions éloignées. des professeurs par l'intermédiaire de matériaux audio- travail plus attrayantes, le recrutement de personnel à visuels de qualité, qu'ils soient transmis par Internet temps partiel ou de personnel disposant d'une forma- ou par des moyens plus traditionnels, y compris des tion non traditionnelle et l'utilisation des technolo- cassettes audio et vidéo (encadré 3.5). gies d'apprentissage à distance et des supports La qualité du personnel aux niveaux secondaire et d'autodidactie. Les nouvelles technologies recourant à supérieur est tout aussi importante. Les professeurs du l'utilisation d'Internet (voir encadré 3.5) devraient secondaire sont souvent sous-qualifiés ou disposent contribuer à la transmission de programmes de forma- d'une qualification trop étriquée, laquelle ne leur per- tion en cours d'emploi abordables à un grand nombre met que d'enseigner une seule discipline, ce qui génère d'enseignants et de facultés universitaires. des erreurs grossières d'affectation des ressources humaines--qui se traduisent pas de grandes classes et Nouvelles technologies de faibles ratios étudiants-professeur. Les facultés uni- versitaires manquent de plus en plus cruellement de Les tentatives visant à améliorer l'accès à l'éducation titulaires de doctorat. Les enseignants qualifiés-- et la qualité par le biais des technologies--la distri- notamment en mathématiques, en science et en tech- bution de supports imprimés par courrier ordinaire, nologie--sont rares, traduisant de ce fait une offre radio et télévision--se sont avérés décevantes. inadaptée de diplômés dans ces disciplines et l'exis- Le seul fait de reprendre des projets pilotes visible- tence d'opportunités plus intéressantes en termes ment couronnés de succès pour servir de référence financiers en dehors du secteur de l'enseignement. Par s'est même avéré malaisé. Sans la poursuite du sou- voie de conséquence, le personnel correctement quali- tien extérieur, rares sont les pays à avoir été en fié est difficile à recruter et à conserver. mesure de prendre en charge le coût plus élevé par Nombre de pays doivent envisager le recrutement étudiant des programmes destinés à améliorer la de personnel plus qualifié, la création de conditions de qualité de l'éducation. La généralisation de l'accès à UNE CHANCE POUR APPRENDRE 41 l'éducation par l'utilisation des médias ne peut importants s'ils impliquent une technologie de pointe : réduire le coût unitaire que par le biais d'économie l'éducation sera probablement plus fructueuse en d'échelle exigeant des publics cibles importants, termes de coût et d'entretien de l'équipement si elle lesquels sont rarement disponibles à l'intérieur des suit, plutôt que si elle ne précède, les loisirs et le frontières nationales des pays de l'Afrique sub- commerce (Perraton et Creed 2000). saharienne, ce phénomène accroissant du reste également le montant total des dépenses. Dans les La préparation des élèves autres cas, pour être financièrement soutenables, les programmes doivent répercuter les coûts sur les La qualité des programmes de développement des étudiants, lesquels paient pour bénéficier d'un jeunes enfants--notamment ceux prévoyant des service que les étudiants des écoles traditionnelles interventions en matière de santé et de nutrition -- reçoivent en règle générale sans frais. correspond de manière implacable avec les taux Les technologies ont souvent été rigides et les d'inscription dans le primaire, l'âge d'inscription, les enseignants ont eu l'impression que les technologies résultats scolaires et les taux de redoublement et leur faisaient perdre le contrôle de leur classe. Enfin, d'abandon. L'introduction d'activités de préparation à les aptitudes administratives et de conception des l'école dans les programmes de développement des programmes destinées à apporter un appui à la tech- jeunes enfants de 4 et 5 ans et les stratégies nologie pédagogique font souvent peu ou prou défaut. d'enseignement ayant la langue et la culture locales Les nouvelles technologies de l'information et de la comme points de départ sont essentiels pour communication--ordinateurs personnels, communica- l'amélioration des résultats des élèves du premier tion sans fil et Internet--pourraient supprimer un niveau, où les taux de redoublement et d'abandon sont certain nombre de ces obstacles, mais leur mise en souvent élevés. Les programmes de développement des oeuvre à grande échelle nécessite les mêmes conditions jeunes enfants permettent également de veiller à ce préalables que celles des anciennes technologies : que les enfants passent à l'enseignement primaire · Des changements apportés dans la structure de lorsqu'ils ont atteint l'âge d'admission officiel. coût des systèmes éducatifs, et notamment L'impact de ces programmes peut être amélioré par des l'accroissement des dépenses autres que les activités complémentaires facilitant la gestion de la salaires et la diminution de la dépendance au communauté et influençant les compétences et le financement externe. comportement des adultes et des frères et soeurs aînés, · Des institutions disposant des ressources financières qui façonnent l'environnement des jeunes enfants. et humaines pour concevoir des programmes de Les programmes de développement des jeunes qualité supérieure, les fournir efficacement aux enfants ne couvrent que 5 pour cent des enfants publics cibles et apporter un soutien en matière de africains âgés de moins de six ans. Étant donné le rôle formation et de mise en oeuvre aux enseignants. essentiel de tels programmes dans l'accroissement des · Une coopération régionale et sous-régionale inscriptions et l'amélioration des résultats scolaires, le en vue de réaliser des économies d'échelle essen- développement des jeunes enfants mérite un soutien tielles à la réduction du coût unitaire. accru dans le cadre d'une approche équilibrée au En outre, la plupart des pays d'Afrique sub- développement de l'éducation (encadré 3.6). En raison saharienne ne dispose pas du pouvoir et de l'infra- de la récompense inhérente à l'amélioration des résul- structure en télécommunications pour concrétiser le tats à l'école primaire et la réduction du redoublement potentiel des nouvelles technologies. De même, bien et des abandons, les programmes de développement que le coût des nouvelles technologies baisse rapide- des jeunes enfants s'autofinancent. Des expériences en ment, il n'en demeure pas moins un obstacle à la mise Amérique latine avec des modèles d'éducation et de en oeuvre à grande échelle dans les pays les plus pau- soins aux jeunes enfants fondés sur la communauté vres. De nombreux pays devront réformer leurs secteurs montrent qu'il est possible de développer des pro- des télécommunications et de l'énergie avant qu'ils ne grammes peu coûteux et efficaces. Dans ces modèles, soient en mesure de mettre en oeuvre les applications les parents sont souvent chargés de fournir pédagogiques des nouvelles technologies. Enfin, équipement, bâtiments, enseignants et animateurs. l'éducation par la télévision et l'enseignement assisté Les organismes gouvernementaux, souvent en collab- par ordinateur sont susceptibles de générer des risques oration avec les ONG, se chargent de la formation des 42 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION parents et des animateurs, organisent des contrôles de santé réguliers et fournissent les supports éducatifs, Encadré 3.6 les médicaments et les aides nutritionnelles essentiels. Un certain nombre de pays africains développent Le développement de la petite enfance des programmes similaires. À Zanzibar, en Tanzanie au Kenya des écoles islamiques gérées et financées par la com- munauté fournissent des programmes d'apprentissage La santé et la nutrition déficientes chez les nourris- pour jeunes enfants à pratiquement 80 pour cent des sons et les jeunes enfants représentent des facteurs enfants de la catégorie d'âge pertinente. Certains substantiels des inscriptions tardives, du faible taux groupes communautaires ont collaboré avec des ONG de réussite et du pourcentage élevé d'abandon parmi internationales pour améliorer l'environnement péda- les enfants en âge scolaire les plus pauvres au Kenya. gogique dans ces écoles et pour introduire des En vue d'améliorer l'épanouissement physique et éléments d'éducation séculaire afin de préparer les intellectuel de ces enfants, le ministère de l'éduca- enfants à passer dans le système scolaire primaire. Ces tion, en conjonction avec les Centres de district pour expériences fructueuses nous enseignent deux leçons le développement de la petite enfance et le Centre importantes à propos de la promotion de la prépara- national pour l'éducation de la petite enfance, a insti- tion des élèves. Tout d'abord, les programmes de tué en 1997, en partenariat avec la Banque mondiale, développement des jeunes enfants doivent approcher un programme global pour le développement des le développement de l'enfant de manière globale, enfants en bas âge dans les communautés pauvres. en incluant les besoins cognitifs, sanitaires et nutri- Ce programme procure une formation pédagogique tionnels. Ensuite, pour développer un puissant senti- à quelque 17 000 instructeurs de développement de ment d'appropriation communautaire, les programmes la petite enfance qui ne possèdent aucune formation doivent être sensibles aux valeurs culturelles. Les pro- officielle, des ateliers de sensibilisation pour les grammes prenant en compte la culture et les pratiques parents et les communautés et de soutien aux locales sont davantage susceptibles d'être durables, programmes de développement de la petite enfance, abordables et accessibles. des services nutritionnels et sanitaires destinés Un bon état sanitaire et nutritionnel est égale- aux nourrissons dans 10 districts, des subventions ment essentiel pour les enfants à l'école primaire. Des communautaires au profit de 2 000 centres de expériences pilotes destinées à trouver des moyens développement de la petite enfance gérés par peu onéreux de cibler les programmes de santé les communautés, ainsi qu'un renforcement des scolaire sur les enfants les plus pauvres et les plus compétences de supervision et de gestion du défavorisés sont à l'heure actuelle en cours dans un ministère de l'éducation. Plus d'un million d'enfants certain nombre de pays. de familles démunies devraient bénéficier de ce programme, qui rehaussera les taux d'inscription, de L'évaluation des progrès fréquentation et de réussite parmi les élèves des Des programmes de réforme efficaces doivent reposer écoles primaires inférieures. sur des données fiables relatives aux apports et aux résultats des investissements éducatifs et sur les processus dans les classes. L'absence de telles données l'évaluation 2000 du programme Éducation pour Tous, - un problème qui n'est pas propre à la seule région seul un tiers des pays d'Afrique subsaharienne était en africaine - perturbe gravement la prise de mesures mesure de fournir des données relatives aux inscrip- correctrices efficaces lorsque les étudiants ne satisfont tions pré-primaires, la moitié ne disposait pas de pas aux normes du système éducatif ou lors de la mise données spécifiques par tranche d'âge pour calculer en place de projets pilotes ou d'innovations. Bien que les ratios nets d'inscription et un quart ne disposait des indicateurs standards sur les apports (inscriptions, d'aucune donnée relative à la participation des filles. professeurs et écoles) et les flux d'étudiants soient De plus, les informations sur ce qui se passe dans généralement disponibles, ils sont souvent peu fiables les écoles et dans les classes - par exemple, les ou insuffisamment détaillés. C'est ainsi que, en dépit méthodes d'enseignement, l'utilisation des supports d'un important effort international destiné à évaluer éducatifs et les modèles d'interactions entre les les progrès réalisés sur des indicateurs essentiels pour étudiants - ne sont pas souvent collectées, ni UNE CHANCE POUR APPRENDRE 43 Encadré 3.7 Consortium africain méridional pour l'évaluation de la qualité de l'éducation Le manque de capacités techniques empêche les pays Pour chaque pays, l'exercice a produit des états détail- africains de participer à des évaluations comparatives lés sur les progrès de la lecture et a analysé ces infor- internationales de leurs résultats d'apprentissage. Afin mations en tenant compte de variables clés, parmi de remédier à cette lacune, quelques pays d'Afrique lesquelles l'origine socioéconomique des enfants et méridionale ont créé récemment le Southern African l'environnement de l'école. Consortium for the Measurement of Educational Quality Les conclusions ? Les élèves enregistraient des (Consortium des pays africains méridionaux pour résultats médiocres lorsqu'ils étaient évalués selon les l'évaluation de la qualité éducative). Dans un exemple niveaux de maîtrise établis par des experts nationaux prometteur d'un aboutissement potentiel de la de la lecture et des enseignants de cours moyen triés coopération régionale, cinq de ces pays (île Maurice, sur le volet. Les écarts à l'intérieur d'un même pays Namibie, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe) ont effectué accusaient une tendance à dépasser les écarts entre des évaluations nationales, basées sur des échantillons, les pays. Les disparités entre les régions, les caté- du niveau de lecture sur les enfants de cours moyen. gories socio-économiques et l'implantation de l'école Cet exercice a reçu le soutien de l'International (région rurale ou urbaine) étaient nettement plus Institute of Educational Planning (Institut inter- sensibles que les différences entre les sexes. Une deux- national de la planification de l'éducation). Le respect ième opération d'évaluation des résultats d'apprentis- de normes techniques rigoureuses dans les évaluations sage dans d'autres domaines et à d'autres niveaux est a permis à ces pays de comparer leurs résultats à ceux actuellement en cours dans un groupe élargi com- d'autres pays d'un niveau de développement similaire. prenant des pays francophones. analysées régulièrement. Les évaluations des innova- le Programme d'analyse des Systèmes éducatifs met en tions sont souvent superficielles et discutables. oeuvre des initiatives similaires avec l'aide de la Notamment, les résultats des projets pilotes ne sont Conférence des ministres de l'éducation nationale que rarement mis en parallèle avec les coûts --ce qui ayant le français comme langue commune (CONFEMEN). est incompréhensible dans une région où pratique- De telles initiatives améliorent les capacités des pays à ment tous les systèmes éducatifs sont confrontés à de collecter et à analyser les principaux indicateurs péda- graves limitations en termes de ressources. gogiques. Les évaluations de l'éducation, qui mesurent L'inventaire réalisé en 1999 par l'ADEA (Association régulièrement les performances d'échantillons de pour le développement de l'éducation en Afrique) a groupes d'enfants dans les principales matières et aux étayé ce point de manière convaincante. Ces lacunes niveaux principaux, permettent aux décideurs de déter- empêchent la mise en oeuvre de reformes efficaces, car miner les progrès dans le temps et de comparer les ces pays ne peuvent pas facilement évaluer l'impact résultats de différents groupes d'enfants. De même, les des politiques et des dépenses ou l'ampleur inhérente évaluations régulières peuvent souvent pousser à la concrétisation des projets pilotes sans évaluations l'enseignement dans une direction positive. rigoureuses de l'apprentissage des étudiants ou des Ces dernières années, plusieurs organismes et coûts financiers et de gestion. réseaux se concentrant sur la recherche en éducation Plusieurs pays africains, reconnaissant l'impor- ont vu le jour en Afrique. Il s'agit notamment du tance de mesurer les apports et résultats éducatifs, CODESRIA (Conseil pour le développement de la participent à des initiatives, soutenues par recherche économique et sociale en Afrique) basé au l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la Sénégal, du CEPARRED (Centre panafricain d'études et science et la culture (UNESCO), visant à améliorer les recherches en relations internationales et en éduca- statistiques de l'éducation nationale et à contrôler tion par le développement) et de l'ERNESA (Réseau de l'apprentissage des élèves par l'intermédiaire de tests recherche en éducation pour l'Afrique méridionale et normalisés (encadré 3.7). Dans les pays francophones, orientale). Plusieurs journaux traitant de l'éducation, 44 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION récemment lancés, contribuent à l'amélioration des tique élevé de l'enseignement, mais également dans connaissances et à la discussion des résultats des la médiocre qualité de l'enseignement rural. recherches menées en matière d'éducation. L'absentéisme du corps enseignant est plus fréquent dans les zones rurales que dans les zones urbaines, notamment lorsque le personnel doit parcourir de Un inébranlable engagement vis-à-vis de longues distances pour collecter les salaires. Le niveau l'équité scolaire du personnel est typiquement inférieur et les manuels et d'autres supports pédagogiques sont À moins que l'éducation élémentaire efficace ne soit fournis de manière erratique, voire ne sont pas accessible à tous de manière équitable, elle ne sera disponibles. La construction des classes laisse souvent pas en mesure de doper le développement économique à désirer, ce qui les rend inutilisables au cours de la et social. Les enfants qui n'accèdent pas à l'école saison des pluies. Ces facteurs génèrent un faible taux aujourd'hui, appartiennent la plupart du temps à des d'apprentissage et des taux d'échec élevés lors des groupes défavorisés, difficiles à atteindre, sont examens d'admission à l'enseignement secondaire. presque toujours pauvres (Filmer et Pritchett 1999) et Les inégalités éducatives entre hommes et habitent fréquemment dans des zones reculées. femmes constitue un autre défi que l'Afrique doit Quelque 60 pour cent des enfants africains ne fréquen- relever si elle souhaite accélérer le développement de tant pas l'école sont des filles. son éducation. Le fossé entre les sexes en termes de Les pays doivent envisager des stratégies ciblées taux de scolarisation brut dans le primaire en Afrique qui stimulent la demande, suppriment les obstacles était de 13,6 points de pourcentage en 1995--ce qui administratifs à la scolarité et adaptent les programmes et les stratégies pédagogiques aux condi- tions rurales. Les possibilités d'apprendre et d'avoir Schéma 3.1 Taux d'inscription à l'école accès à une éducation supérieure doivent être le reflet primaire par niveau parmi les enfants de soucis d'équité, de façon à perpétuer les inégalités ruraux et urbains au Niger sociales historiquement enracinées et basées sur le sexe, la région ou le groupement social. L'Afrique Pourcentage devra combler le fossé séparant la ville de la campagne si elle souhaite faire de rapides progrès dans le sens 90 de la mise en place d'une éducation pour tous. Le taux Garçons - milieu urbain de scolarisation brut dans les zones urbaines, et 80 notamment dans les capitales, est typiquement nette- 70 ment supérieur à celui des zones rurales; par exemple, 90 pour cent à Niamey, Niger, 85 pour cent à Addis 60 Ababa, Ethiopie, et 80 pour cent à Bamako, Mali, contre 20 pour cent au plus dans les zones rurales de 50 Filles - milieu urbain ces pays. Plus que le sexe, c'est l'appartenance à une zone rurale qui constitue habituellement un obstacle 40 à la scolarisation (tableau 3.1). Les parents habitant les zones rurales sont en 30 Garçons - milieu rural outre davantage sollicités que les parents urbains en termes de contribution au coût de l'enseignement. 20 Leur contribution peut prendre la forme de travail, 10 habituellement pour la construction et l'entretien des bâtiments scolaires, ou le versement d'honoraires et Filles - milieu rural de droits officiels et non officiels. Dans de nombreuses 0 écoles communautaires des pays comme le Tchad, ces CI CP CE1 CE2 CM1 CM2 contributions doivent couvrir les salaires des enseignants recrutés par les parents. Le désavantage Source : Banque mondiale 2000c. rural se traduit non seulement dans le coût domes- UNE CHANCE POUR APPRENDRE 45 Encadré 3.8 Facteurs de réussite pour la scolarisation des filles De nombreuses recherches et discussions politiques se · Reçoivent une formation de sensibilisation aux sont penchées ces dernières années sur l'écart problèmes liés aux différences entre les sexes ou d'inscription frappant entre les sexes dans les systèmes ont de nombreuses années d'expérience. éducatifs des pays en voie de développement. Les rela- Les initiatives de terrain aident à ce que les filles pro- tions entre les sexes dans les écoles n'ont toutefois pas longent leur scolarité : fait l'objet de la même attention. Afin de comprendre · Les associations de parents et d'enseignants les principaux facteurs influençant les résultats des sensibilisent la population à l'importance de filles dans le primaire, la Banque mondiale a observé l'éducation des filles, contribuent à la construc- des interventions au Burkina Faso, en Guinée, au Mali tion et à l'entretien des écoles et collaborent avec et en Mauritanie. Cette étude a révélé que les filles les administrateurs des écoles pour résoudre les avaient un meilleur rendement lorsque : problèmes de discipline. Les parents · Au Burkina Faso, des associations de mères · Font un effort conscient pour réduire les tâches d'étudiants, qui ont pour principal objectif domestiques. d'augmenter les taux d'inscription et de réussite, · Donnent aux filles le temps et la place pour en particulier chez les filles, fournissent des qu'elles fassent leurs devoirs. encouragements, des conseils et un soutien · Participent à la vie scolaire de l'étudiante et font financier aux étudiantes. le suivi du travail à la maison. Les conclusions de l'étude ont également fait · Sollicitent une aide auprès d'un membre de la apparaître que les filles sont davantage susceptibles famille, d'un enseignant ou d'un voisin. de prendre une part active dans les leçons données Les enseignants dans la langue locale, et que les traditions religieuses · Ne crient pas et n'humilient pas les étudiantes. n'étaient pas forcément un obstacle à l'égalité des · Incitent les filles à participer aux cours même sexes dans l'éducation. La Mauritanie musulmane, lorsqu'elles sont réticentes. par exemple, a réduit plus que de moitié l'écart · Ne sous-estiment pas les capacités des filles. d'inscription entre les sexes, qui atteignait seule- · Travaillent avec la famille des élèves afin de les ment 6 % au niveau primaire au cours des cinq guider et de leur fournir une aide complémentaire. dernières années. Source : Banque mondiale 2000c. est inférieur au Moyen-Orient et à l'Afrique du Nord trajets pour se rendre à l'école constituent un obstacle (16,1 pour cent) et à l'Asie du Sud (23,4 pour cent), majeur à la scolarisation des filles, en raison des pré- mais nettement plus que l'Asie du Sud et l'Amérique tendus risques y afférents et du manque à gagner de Latine. Le fossé régional entre les sexes dissimule de renoncement induit par la perte de la main-d'oeuvre considérables variations domestiques. Dans 11 pays féminine pour la réalisation des tâches domestiques, la (le Bénin, la République Centrafricaine, le Tchad, la garde des jeunes enfants ou les soins à prodiguer aux Côte d'Ivoire, la République Démocratique du Congo, membres malades de la famille, ainsi que le travail sur l'Éthiopie, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le les terres familiales. Une priorité essentielle de la plu- Nigeria et le Togo), le fossé en termes de taux de part des pays africains est dès lors d'accroître le taux scolarisation brut dans le primaire demeure supérieur d'inscription initial des filles, tant pour des raisons à 20 points de pourcentage. d'équité sociale que pour l'impact positif que l'éduca- Au sein des pays, les différences entre les taux de tion des filles a sur la productivité agricole, la fécon- participation féminine sont en grande partie dues aux dité, la santé familiale, la nutrition et l'éducation des disparités entre les villes et les campagnes. Les longs générations futures. 46 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION L'accroissement du taux de participation de la près du domicile des filles est souvent un moyen population féminine exigera des programmes efficace pour pallier de nombreuses inégalités fondées soigneusement ciblés, qui impliquent des interven- sur le sexe. Le rapprochement des écoles réduit les tions du côté de l'offre, telles que le recrutement coûts de renoncement induits par la scolarisation des d'institutrices et les programmes de développement filles, permet de gérer plus facilement les absences et des frères et soeurs. L'accroissement du taux de partic- rend les rapports avec les maîtres moins formels et ipation de la population féminine exigera également, menaçants, ce qui facilite la scolarisation et la du côté de la demande, des interventions destinées à présence des filles dans les écoles. réduire les préjugés culturels face à la scolarisation Les résultats de ces recherches indiquent également féminine et à accroître la prise de conscience et le qu'un obstacle majeur à l'amélioration de l'égalité dans soutien de la communauté quant à la nécessité de la l'éducation a été l'échec de l'adaptation aux conditions scolarisation des filles (encadré 3.8). Le Programme locales du modèle de l'école traditionnelle à six classes d'Amélioration de l'Éducation des filles en Zambie a et six professeurs. S'attendre à ce que les enfants généré plusieurs interventions fructueuses du côté de s'inscrivent à un âge déterminé et viennent à l'école en la demande, y compris inviter les parents à observer les uniforme avec leurs livres et leurs fournitures n'est pas leçons et introduire des classes unisexes, ces initiatives un modèle qui correspond aux contraintes vécues par semblant avoir accru le taux de participation féminine les pauvres dans les zones rurales à faible densité de dans l'enseignement primaire. De même, le Bénin a population, notamment dans les pays du Sahel et augmenté le taux d'inscription des jeunes filles dans le certaines contrées de l'Afrique de l'Est. Ces problèmes primaire et a réduit le fossé observé dans les taux sont particulièrement aigus dans les zones où les d'inscription entre les sexes en abrogeant les droits de traditions nomades empêchent les enfants de participer scolarité officiels pour les filles. régulièrement aux cours traditionnels. Dans de Les taux de réussite scolaire dans le primaire et nombreuses zones rurales d'Afrique, des modèles les taux de transition du primaire au secondaire alternatifs, tels que les écoles mobiles et les classes à n'apportent aucune preuve manifeste du désavantage niveaux multiples, sont mieux adaptés à ces enfants systématique dont souffriraient les filles africaines (encadré 3.9). Le modèle des écoles à niveaux multiples (International Consultative Forum on Education for est tout particulièrement efficace si l'enseignement est All 1998; UNESCO 1998d). Toutefois, les variations à personnalisé et repose sur l'apprentissage coopératif et l'intérieur et entre les pays sont considérables et des l'enseignement par ses pairs. La formation pédagogique taux plus élevés de redoublements et d'abandons, au modèle des écoles à niveaux multiples et des ainsi que des taux de réussite plus faibles des filles supports spécialement conçus à cette fin sont autant ont été observés dans plusieurs pays. Simultanément, d'éléments essentiels au succès d'une telle approche. une étude de la littérature de l'île Maurice, de la Une telle instruction permet d'éliminer le problème du Namibie, de la Zambie, de Zanzibar et de la Tanzanie redoublement, de mieux gérer les absences des élèves n'a constaté aucune différence mis en évidence de et permet également aux étudiants de suivre à leur différences entre les aptitudes de lecture chez les propre rythme. Plusieurs pays d'Amérique latine, à garçons et les filles (Saito 1998). Il est dès lors man- l'instar de l'école colombienne Escuela Nueva mettent ifeste que de nouvelles recherches devront être effec- en place cette pratique en milieu rural. tuées sur la mesure dans laquelle l'inscription tardive, Après les salaires des enseignants, l'infrastructure l'abandon précoce et les facteurs internes à l'école constitue le coût le plus élevé de la prestation de jouent un rôle dans les résultats scolaires des filles. services éducative, laquelle peut représenter un Alors que les obstacles culturels contribuent surcoût de 25 à 50 pour cent des frais d'exploitation. fréquemment à l'apparition d'inégalités en termes Afin que tous les enfants en âge scolaire disposent d'éducation, des recherches récentes indiquent que les d'une place, les pays africains devraient construire parents pauvres des régions rurales sont bien mieux dis- plus de 150 000 classes par année au cours des quinze posés qu'auparavant à inscrire leurs enfants --y compris prochaines années, la plupart dans les zones rurales. les filles-- à l'école, pourvu que les établissements Afin de garantir l'accès des enfants aux écoles dans les soient de bonne qualité, assez proches du domicile et zones à faible densité de population, l'enseignement financièrement accessibles (Fuller et al. 1999); devra être dispensé dans des écoles comptant trois (PROBE Team 1999). La construction des écoles plus classes au plus. Un grand nombre de programmes de UNE CHANCE POUR APPRENDRE 47 Encadré 3.9 Nigeria--Élaboration de programmes d'éducation pour les nomades Les communautés nomades représentent 8,5 % de la nomades et soumis à une formation spécialisée. Les population du Nigeria, soit 9,3 millions de personnes. communautés jouent un rôle essentiel dans la gestion Un tiers de cette population est en âge scolaire, et des écoles, et le programme opère en collaboration récemment encore, peu d'enfants nomades bénéfi- avec plusieurs ONG et donateurs. ciaient d'une éducation. Le taux d'alphabétisation Les chiffres d'inscriptions atteints ont été des groupes nomades oscille par conséquent entre impressionnants, avec 155 000 enfants inscrits en 0,2 et 2 %. Les nomades se heurtent à de multiples 1998 contre 18 000 en 1990. La proportion de filles a obstacles dans l'accès à des niveaux éducatifs également enregistré une hausse sensible, le taux de supérieurs. Compte tenu de la recherche permanente parité se situant en 1998 à 85 %. Les classes de pâturages et, parmi les communautés côtières, d'alphabétisation des adultes dénombrent aujourd'hui de poissons, conjuguée à la fréquence du travail des 2 600 femmes parmi 12 États. enfants, la plupart des systèmes éducatifs tant Certaines difficultés subsistent : la qualité laisse à officiels que non officiels ne conviennent pas au désirer et la proportion d'enseignants formés a chuté mode de vie nomade. depuis l'expansion fulgurante du système. Le finance- Conscient de ces difficultés, le gouvernement a ment ne suffit pas à équiper toutes les écoles des fondé en 1989 la Commission nationale pour l'éducation ouvrages relatifs aux nouveaux programmes, et un nomade, qui est chargée de fournir aux nomades une grand nombre d'enfants apprennent dès lors le éducation fonctionnelle et pertinente et d'améliorer programme de l'école sédentaire. Les abandons leurs compétences de survie. atteignent un nombre exceptionnel, moins d'un Cette commission a tout d'abord recueilli des don- cinquième des enfants décrochant leur diplôme nées élémentaires précises afin de disposer d'une base à l'intérieur du délai normal. Certains problèmes solide pour l'élaboration de méthodes alternatives échappent au contrôle de la commission. Dans de appropriées aux besoins des enfants nomades. Parmi nombreuses régions, les conflits entre les nomades et ces méthodes figurent l'éducation primaire dans des les agriculteurs empêchent les communautés de classes mobiles démontables et des bateaux-écoles, les participer aux programmes éducatifs. En dépit de ces classes d'éducation des adultes et les groupes d'écoute difficultés, le programme a démontré que, pour autant de la radio. Des programmes de cours alternatifs ont que les modèles scolaires soient adaptés aux exigences été imaginés sur la base d'horaires souples, et les des communautés nomades, l'éducation répond à une enseignants ont été recrutés parmi les communautés demande massive. construction d'écoles en Afrique ont été très inutile- Les stratégies visant à impliquer les communautés ment onéreux (un examen initial des projets de la dans la construction d'école font partie d'un mouve- Banque mondiale suggère que le coût de la construc- ment plus vaste de mise en place de modèles de tion de classes en Afrique est deux à trois fois planification, de gestion des ressources et de fourni- supérieur au coût de ces constructions en Asie du Sud) ture décentralisées. Ce changement de cap repose sur et n'ont pas été conçus pour prendre en compte les la prise en compte du fait que les systèmes éducatifs besoins des zones rurales. La concrétisation de extrêmement centralisés ne seront probablement l'objectif de l'accès à l'éducation primaire pour tous pas en mesure de répondre aux besoins des groupes exigera l'implication des communautés et des ONG ruraux, défavorisés et difficiles à atteindre. dans la construction de petites installations, L'accroissement du rôle des services éducatifs de dispersées. Cette stratégie pourrait permettre de district et des communautés exige un changement de construire de nombreuses classes à un coût nettement cap tant en ce qui concerne les ressources que les inférieur et d'accroître les taux d'inscription sans responsabilités liées aux efforts concertés de renforce- compromettre la sécurité ou l'apprentissage. ment des compétences. 48 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION Le progrès rapide vers l'éducation pour tous · Améliorer la formation en cours d'emploi des exigera également un accroissement significatif du enseignants et restructurer la profession, en accor- nombre d'enseignants. En 1995, l'Afrique subsahari- dant un soutien décentralisé aux enseignants. enne comptait environ 3 millions d'enseignants, c'est- · Décentraliser la responsabilité de la planification à-dire 3,6 pour cent de la main d'oeuvre non agricole. et de la gestion des ressources aux communautés Deux tiers de ces enseignants enseignaient au niveau et aux services éducatifs de district. primaire. Il est probable que plus de la moitié des Sans équité dans l'accès égal à une éducation enseignants du primaire de la région quitteront primaire de qualité, aucun progrès significatif dans l'enseignement au cours de ces 15 prochaines années. l'équité de l'accès à des niveaux supérieurs ne sera Il faudra dès lors au moins un million d'enseignants enregistré. Les pays doivent veiller à garantir aux filles supplémentaires pour que l'objectif de l'éducation les mêmes opportunités que celles dont bénéficient les primaire pour tous soit une réalité en 2015, ce qui garçons dans le cadre de la poursuite de leurs études signifie que les pays africains doivent former près de au-delà du cycle fondamental. Les coutumes liées au 200 000 nouveaux enseignants par an au cours de ces mariage et les pratiques culturelles, associées à la 15 prochaines années, en partant de l'hypothèse d'un puberté naissante, constituent des obstacles importants taux d'attrition de 2,5 pour cent. Ce chiffre est prob- à l'éducation des filles. L'élimination de ces obstacles du ablement sous-estimé, étant donné les taux élevés côté de la demande exigera des efforts résolus de la part d'attrition dans les pays les plus durement touchés par des responsables influençant l'opinion publique, les le VIH/SIDA. Une telle demande dépasse la capacité dirigeants politiques et religieux. des institutions traditionnelles de formation des D'autres options stratégiques consisteraient à enseignants, notamment dans les pays présentant des créer des écoles distinctes pour filles, des bourses taux de scolarisation faibles. Dans de nombreux cas, réservées et des stratégies destinées à réduire la les pays auront besoin de stratégies alternatives, peu distance entre l'école et la maison. Les pays devront onéreuses pour former un grand nombre de professeurs également améliorer la participation et les résultats supplémentaires afin d'accélérer le développement de des filles dans les classes de mathématiques et de l'éducation (cf. encadré 3.4). sciences. Les filles représentent en effet moins de En résumé, il est peu probable que l'objectif de 25 pour cent de tous les étudiants inscrits dans ces l'éducation primaire pour tous soit atteint avec des classes au Burkina Faso. Au Tchad, entre 1997 et systèmes éducatifs dont le fonctionnement continue 1998, les filles ne constituaient que 4 pour cent des de reposer sur un modèle traditionnel. Cet objectif ne étudiants inscrits en filière scientifique. De plus, les pourra du reste pas être atteint au moyen de systèmes résultats obtenus par les filles dans les matières dont les politiques, les décisions d'allocation de scientifiques sont inférieurs à ceux des garçons ressources et la responsabilité de mise en oeuvre sont (UNESCO 1998b). Le tutorat et l'exposition aux concentrées entre les mains d'un petit groupe de modèles de comportement constituent autant de fonctionnaires au sein des Ministères nationaux de solutions potentielles à ce problème. Les filles sont l'éducation. L'éducation primaire universelle ne sera les plus sous-représentées dans l'enseignement pas réalisée sans stratégies ciblant explicitement les supérieur, en raison des inconvénients observés au besoins et les contraintes des groupes exclus, tels que niveau secondaire. Des programmes d'action volon- les pauvres, les populations rurales et les filles. Pour taristes dans l'enseignement supérieur peuvent progresser réellement, il faudra : s'avérer utiles, même si une solution durable dépend · Mettre au point des modèles d'enseignement de tant de la prise en compte sérieuse des questions qualité, adaptés aux conditions rurales. d'équité aux niveaux primaire et secondaire que du · Mettre au point des stratégies éducatives prenant développement de modèles d'apprentissage plus flex- en compte les obstacles du côté de l'offre et de ibles aux niveaux d'éducation supérieurs, lesquels la demande auxquels les groupes difficiles à permettent aux femmes de combiner étude et respon- atteindre sont confrontés. sabilités domestiques. Là où de telles approches ont · Mobiliser et permettre aux communautés de été mises en oeuvre, elles ont été en mesure d'accroître gérer la construction des classes et leur per- les opportunités pour les femmes et d'autres groupes mettre de participer activement aux activités disposant traditionnellement d'un accès limité à liées à l'école. l'enseignement supérieur (encadré 3.10). UNE CHANCE POUR APPRENDRE 49 Encadré 3.10 Le double système d'éducation directe et à distance de l'Université de Namibie Le programme d'éducation à distance pour l'obtention (Institut national de vulgarisation) de Cambridge afin d'un diplôme proposé par le Centre d'études de compléter le programme existant. Les relations avec extérieures de l'Université de Namibie illustre de façon l'Université d'Afrique du Sud et des organismes britan- prometteuse les opportunités que les programmes niques financés par le Commonwealth of Learning d'éducation à distance peuvent offrir aux catégories (Communauté de l'apprentissage) ont également qui, traditionnellement, souffrent d'un accès limité, contribué au renforcement des capacités. Neuf centres voire inexistant, à l'éducation supérieure. Depuis régionaux répartis dans le pays collectent les droits l'accession à l'indépendance politique en 1990, d'inscription des étudiants, organisent des séances de l'apprentissage à distance représente un pilier du pro- rencontre, gèrent les examens et font connaître les gramme de développement de l'Université de Namibie. cours parmi les communautés locales. Les étudiants Le système double-- qui conduit aux mêmes qualifica- à distance représentent aujourd'hui un tiers des étudi- tions pour les étudiants à temps plein et à distance,-- ants de l'Université de Namibie. Le Centre d'études reflète le désir du gouvernement de rendre tous les extérieures est parvenu à atteindre les femmes avec un niveaux d'éducation accessibles aux citoyens exclus succès particulier. Les étudiants à distance se com- sous le régime de l'apartheid. posent à 75 % de femmes, dont beaucoup ne pourraient Depuis 1997, le Centre d'études extérieures offre pas fréquenter un programme traditionnel à l'université une formation menant à la délivrance d'un certificat en raison de leurs responsabilités domestiques. d'éducation, ainsi qu'aux diplômes de licence en éduca- Les coûts sont entièrement supportés par les tion et de licence en soins infirmiers, et il a introduit étudiants et s'élèvent au même niveau que ceux des en 1998 à titre expérimental un diplôme de licence en étudiants à temps plein. En conséquence, le centre gestion d'entreprise. La licence en éducation a été s'autofinance à 40 à 50 %. Bien que la persévérance et conçue afin d'accroître le nombre d'enseignants les performances des étudiants ne soient pas aussi secondaires hautement qualifiés dans les sujets priori- satisfaisantes que parmi les étudiants à temps plein, les taires des mathématiques et de l'anglais, tandis que le taux d'abandon ont enregistré une diminution sensible, programme de soins infirmiers constitue une réaction si bien que 80 % des étudiants à distance terminent concrète au constat selon lequel le ministère de la à présent leur formation. Les taux de réussite des santé ne pouvait plus se permettre de donner congé étudiants à distance se sont également améliorés et à des infirmières formées pour une mise à niveau à frôlaient 70 % en 1998. Les étudiants et les professeurs temps plein. L'université espère que les qualifications s'accordent à affirmer que le programme d'apprentissage intermédiaires encourageront les étudiants extérieurs, à distance maintient sa qualité. Les principales leçons qui peuvent être intimidés par une formation à temps du double programme d'apprentissage à distance de partiel de six années. Namibie ? Une autorité marquée au niveau le plus élevé Ce programme a bénéficié d'une collaboration de l'université et une insistance sur le développement intense avec d'autres institutions. Des cours ont été du personnel, la décentralisation et la surveillance de la achetés auprès de l'École polytechnique de Namibie, qualité peuvent contribuer dans une large mesure à de la British Open University (Université à distance élargir l'accès à l'éducation supérieure en Afrique sans britannique) et du National Extension College sacrifice de la qualité. Même si tous les enfants âgés de 6 à 11 ans allaient l'école ou qui l'ont abandonnée précocement, la possi- à l'école aujourd'hui et achevaient tous le cycle bilité de poursuivre leur éducation et leur permettre primaire, l'Afrique aurait encore besoin de 25 années d'acquérir les compétences nécessaires au travail et à pour augmenter le niveau de scolarité moyen de sa pop- la société. L'intensification des opportunités éducatives ulation adulte à cinq ans. La région doit dès lors donner pour les 140 millions d'analphabètes adultes que aux adultes et aux jeunes qui n'ont pas eu accès à compte l'Afrique, et pour les millions d'autres dont 50 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION Encadré 3.11 Donner une éducation primaire pour réduire l'analphabétisme : l'expérience du Sénégal Le Programme d'alphabétisation donnant la priorité à la du programme. 187 000 exemplaires des publications participation des femmes (PAFP), au Sénégal, fait partie du PAFP (101 livres/brochures, en ce compris un du programme national d'alphabétisation de la Direction dictionnaire en wolof) ont été vendues. nationale de l'alphabétisation et de l'éducation élémen- L'enseignement est délégué à plus de 420 taire. Il soutient des cours d'alphabétisation fonction- prestataires non gouvernementaux locaux, au lieu de nelle et complémentaire dans cinq régions du Sénégal 77 prestataires seulement en 1995. Cet accroissement et les régions périurbaines de Dakar. Le PAFP a atteint montre qu'un marché florissant de prestataires de plus de 150 000 élèves depuis 1995. 54 000 personnes formation peut être mis en place à l'intérieur d'une se sont inscrites aux cinq derniers cycles d'alphabétisa- brève période. Les personnes souhaitant participer à tion fonctionnelle. l'alphabétisation soumettent une candidature d'après Le programme d'alphabétisation complémentaire a un guide de procédure et sont ensuite triées et attiré 15 500 élèves en trois cycles. La demande est désignées par un conseil national de sélection nommé importante : 183 000 candidats se sont présentés au par le ministre de l'éducation. La gestion financière dernier cycle. Plus de 80 % des élèves ont entre 15 et des relations contractuelles avec les opérateurs 39 ans, et environ trois quarts sont des femmes. Un (et une supervision superficielle) a été confiée à succès notable du programme réside dans le faible taux l'AGETIP, un organisme semi-public national expéri- d'abandon, estimé à 10 %. menté dans l'administration de projets. À travers son Les cours d'alphabétisation fonctionnelle agence d'exécution, le ministère concentre ses efforts dispensent au moins 300 heures d'instruction en sur la planification et la conception du programme, langue locale pendant une période de 18 mois à des la mise en oeuvre du programme (y compris la forma- classes de 20 élèves au minimum. Les organisateurs tion des opérateurs), le renforcement des capacités et peuvent choisir un programme parmi une liste approu- la garantie de la qualité. Chaque tranche de 10 classes vée par le ministère de l'éducation. Le PAFP soutient possède un superviseur. La Direction nationale de également des journaux locaux en langue locale dans l'alphabétisation et de l'éducation élémentaire est chaque région et des projets liés à l'agriculture, à la principalement chargée d'évaluer et de contrôler le santé et à l'environnement. Il envisage de nouer un programme national d'alphabétisation dont relève le lien avec un système de microcrédit et des centres PAFP. Chaque ONG retenue engage ses propres locaux de ressources d'apprentissage, qui desserviront enseignants, dont la majorité sont recrutés localement un groupe cible plus vaste que les propres participants et détiennent un diplôme secondaire moyen. l'éducation a été limitée en termes de durée et de qual- acceptée, les performances de tels programmes sont ité, est un impératif à la fois pour des raisons d'équité variables. Nombre de ces programmes présentent des et de développement humain, étant donné que l'un des taux élevés d'abandon et de faibles taux de réussite, effets majeurs des programmes d'éducation primaire bien que des approches récentes aient considérable- pour les adultes est le soutien que les participants ment amélioré ces taux. Toutefois, l'absence de don- ayant achevé avec fruit ce programme donnent à la nées et d'évaluation de qualité limite les possibilités scolarisation de leurs enfants. Les programmes de for- d'appréciation de l'efficacité de ces programmes mation permanente devraient non seulement permettre (Oxenham et Aoki 1999; Lauglo 2000). Les éléments l'alphabétisation et l'acquisition d'aptitudes profession- de preuve disponibles suggèrent que ces programmes nelles, mais également des connaissances pratiques sont plus efficaces lorsqu'ils ciblent un public spéci- dans des domaines comme la prévention du VIH/SIDA. fique, bénéficient d'un soutien important des pouvoirs Alors que l'importance des programmes d'éduca- publics et maximalisent les opportunités de tion élémentaire pour adultes dans l'accélération du développement des partenariats entre le gouverne- développement de l'éducation est généralement ment et les ONG. Plusieurs pays ont impliqué les ONG UNE CHANCE POUR APPRENDRE 51 en leur sous-traitant des programmes d'éducation des éléments tout aussi importants. Les pays ont notam- fondamentale (encadré 3.11) ou en invitant les ONG à ment besoin d'améliorer leurs capacités en matière de participer à des programmes nationaux (Namibie, recherche et développement afin d'expérimenter des pro- Mozambique, Ouganda). Les instructeurs percevant un grammes et de les mettre en phase d'essai, de mettre au traitement--et parfois les instructeurs bénévoles-- point des programmes de cours et des supports éduca- dispensent habituellement ces programmes dans les tifs, d'élaborer des programmes de formation pour langues nationales. enseignants et de concevoir des établissements scolaires. Aux niveaux local et institutionnel, il conviendra de développer les compétences nécessaires aux nouvelles Mettre l'accent initialement sur le responsabilités, telles que l'affectation des ressources, renforcement institutionnel la gestion du personnel enseignant, la planification et la mise en oeuvre des programmes d'investissement. L'accélération du développement de l'éducation néces- Plusieurs pays expérimentent les possibilités de site presque toujours un plan d'action explicite visant permettre aux communautés de gérer, en tout ou en à renforcer la capacité des institutions nationales et partie, la fourniture de services éducatifs. Ces expériences locales à concevoir et à fournir des programmes de impliquent typiquement de constituer ou de redynamiser développement éducatif. Afin de proposer une éduca- les comités de gestion scolaire, les associations de tion de manière efficace et efficiente, toutes les parents et d'enseignants ou les comités éducatifs de personnes impliquées ont besoin d'incitants pratiques village, ainsi que de les habiliter à décider de l'utilisation et doivent oeuvrer dans le respect de règles transpar- des subventions publiques et des ressources de la com- entes et raisonnables dans le cadre de structures organ- munauté. De telles décisions ont souvent été limitées à isationnelles efficaces et avec une équipe compétente. la construction d'école, mais incluent de plus en plus sou- La responsabilité des fournisseurs vis-à-vis des vent des frais d'exploitation autres que les rémunérations bénéficiaires est reconnue, dans une mesure sans cesse et d'autres questions relatives à la fourniture du service. croissante, comme un élément central dans le cadre de Alors que les communautés se voient accorder un rôle l'efficacité institutionnelle dans le secteur public plus important dans la gestion de l'éducation, le soutien (Banque mondiale 1999b). En termes d'éducation, ce apporté, au niveau de la communauté, à l'amélioration constat s'est traduit par l'abandon des modèles de des compétences est habituellement une condition du gestion traditionnels et très centralisés. Plusieurs pays succès (Colletta et Perkins 1995). décentralisent la compétence de gestion vers les fonc- Certains pays sont allés plus loin encore en tionnaires gouvernementaux sur le terrain, responsables permettant aux communautés de décider de l'engage- de zones géographiques spécifiques (Crooke 1997). ment et du licenciement des enseignants. D'autres pays D'autres pays cherchent la manière d'accroître ont demandé aux communautés de mettre au point des l'autonomie au niveau des écoles, des centres de for- plans d'amélioration de l'école susceptibles d'être mation ou de l'université. Quelques pays font les deux. financés par des fonds publics. Dans un certain nombre À mesure où un nombre croissant de pays de pays africains, les communautés ont commencé à délèguent la responsabilité de la gestion de la fourni- gérer leurs propres écoles sans fonds publics. Toutefois, ture des programmes d'éducation à des niveaux et des la qualité de ces établissements, voués à fournir une instances sous-nationales, ils doivent redéfinir les rôles éducation aux communautés pauvres, la plupart du et les responsabilités et établir de nouveaux systèmes temps rurales, est en règle générale médiocre et d'encouragement et de nouvelles règles de gestion ces établissements ne sont fréquentés que par une financière et du personnel. Le développement des minorité d'enfants, provenant souvent de familles compétences doit toucher tous les niveaux du système. pauvres. En raison du fait que ces établissements Au niveau national, la priorité ira au renforcement de rendent des services que l'Etat fournit d'ordinaire la capacité à analyser les données essentielles du gratuitement à des familles plus riches dans les zones secteur, à planifier les réformes nationales stratégiques urbaines, ces écoles ont un effet négatif sur les et institutionnelles et à soutenir leur mise en oeuvre. dépenses publiques et s'avèrent aller à l'encontre de Les capacités à créer des repères en matière de l'objectif d'une éducation centrale équitable, en vertu réforme stratégique et à contrôler et évaluer les progrès de laquelle aucun enfant ne peut être exclu du droit à dans le sens de l'obtention de ces points de repère sont l'éducation pour des considérations financières. Même 52 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION lorsque les pouvoirs publics fournissent des subventions publiques en espérant des contributions complémen- Encadré 3.12 taires de la part des communautés, les ménages pauvres ne devraient pas être confrontés à des charges exces- L'Université Makerere : un modèle de sives susceptibles d'exclure les enfants défavorisés. réforme institutionnelle Les gouvernements peuvent souvent utiliser les fonds publics pour engager des prestataires privés de Depuis le début des années 1990, le nombre services d'éducation fondamentale. Il s'agit d'une méth- d'étudiants de l'université Makerere d'Ouganda a plus ode efficace pour réduire la charge sur les institutions que doublé. Cette université a amélioré son infra- publiques sans mettre en péril les objectifs d'équité, car structure physique et académique et elle a introduit cette méthode concentre la fourniture publique de ser- un système semestriel, ainsi que de nouveaux cours, vices sur des activités pour lesquelles il n'existe aucun diplômes, départements et facultés, tout cela en dépit fournisseur alternatif (cf. encadré 3.10). Les agences de la réduction de l'aide financière du gouvernement. gouvernementales peuvent dans ce cas se consacrer à la Cette université a mené une réforme financière et politique, à la planification et à la gestion de contrat et administrative en profondeur, intensifié l'utilisation ne rendre le service que lorsque les fournisseurs privés des locaux, augmenté sensiblement les droits de ne sont pas rentables. Plusieurs pays explorent des voies scolarité pour les étudiants et créé cinq unités leur permettant de sous-traiter les services d'éducation commerciales et une entreprise de consultation. de base pour adultes et de formation professionnelle à Ces changements ont été accompagnés et facilités par des fournisseurs parapublics ou privés. de nouvelles relations avec le gouvernement, qui con- De même, les analystes et les administrateurs des fie à l'université un plus grand contrôle de ses affaires universités conviennent de l'intérêt à responsabiliser les institutionnelles. Le rythme spectaculaire et la forme universités dans le cadre de la gestion de leurs ressources pris par l'accroissement des inscriptions à Makerere, et à définir leur politique institutionnelle. La nature des la diversification financière, le développement réformes qui doivent être mises en place est assez claire académique, la réforme administrative et la nouvelle et acceptée par la plupart des intervenants, mais la vitalité générale autorisent plusieurs conclusions. volonté politique et le soutien durable nécessaires à ces Parmi les réformes, on trouve des stratégies de changements urgents font souvent défaut. Certains pays financement alternatif (encouragement des étudiants enregistrent toutefois des progrès dans ce sens. Les uni- bénéficiant de bourses privées, commercialisation versités du Burkina Faso, de Côte d'Ivoire et du Sénégal des unités de service, institutionnalisation de se sont d'ores et déjà engagées sur la voie des réformes. contrats de consultation), des réformes académiques L'université Makerere d'Ouganda est peut être l'exemple adaptées à la demande (en vue d'attirer des étudiants africain le plus éloquent en matière de réforme institu- pour des cours privés payés par les individus, leur tionnelle dans l'enseignement supérieur (encadré 3.12). famille ou leur entreprise) et une décentralisation et La réforme urgente de la gestion et du finance- une gestion participative (en vue de renforcer les ment de l'enseignement supérieur doit s'accompagner activités académiques, la recherche, la planification dans de nombreux pays d'une refonte radicale des et l'engagement de personnel au travers de restruc- approches en matière d'élargissement de l'accès à turations de la gestion afin d'accroître l'autonomie et l'université. La plupart des pays africains ne peuvent la décentralisation interne). pas conserver les niveaux d'inscription actuels au niveau universitaire, lesquels sont inférieurs à 5 pour cent. L'émergence d'une économie mondiale intégrée probable que nous assistions à l'extension du modèle et fondée sur les connaissances et le besoin pour les traditionnel de campus résidentiel--dans lequel les travailleurs de disposer d'opportunités d'apprentissage étudiants suivent des cours à temps plein pendant permanente afin de mettre leurs connaissances à trois années au moins--. niveau et de leur permettre de garantir leur niveau de L'Afrique a, en revanche, besoin de nouvelles dis- compétitivité, engendrent de nouvelles pressions dans positions institutionnelles susceptibles de surmonter le sens de l'accroissement des taux d'inscription à les problèmes actuels de coût, d'accès et de qualité l'université. Toutefois, en raison de graves limitations dans l'enseignement supérieur et de permettre à ses en termes de ressources et de gestion, il est peu universités de soutenir la comparaison avec les insti- UNE CHANCE POUR APPRENDRE 53 Encadré 3.13 L'Université virtuelle africaine L'Université virtuelle africaine, une université sans en ligne, qui compte plus de 1 000 journaux en texte locaux, exploite les technologies modernes de l'infor- complet, et à un site Internet (www.avu.org) qui offre mation et de la communication pour offrir aux pays un service de courrier électronique à plus de 10 000 d'Afrique subsaharienne un accès direct à quelques- comptes gratuits. unes des ressources de faculté universitaire et Forte de la réussite de sa phase pilote, l'Université d'apprentissage de la meilleure qualité au monde. Cette virtuelle africaine est devenue une organisation sans Université surmonte le fossé numérique par la forma- but lucratif indépendante, avec un siège à Nairobi et tion de scientifiques, d'ingénieurs, de techniciens, une antenne de soutien à Washington D.C. Elle prépare d'hommes d'affaires et d'autres spécialistes d'envergure deux grands types de produits : premièrement, la mondiale qui favoriseront le développement filière universitaire, qui décernera à des étudiants en économique et social et aideront l'Afrique à franchir le préparation de licence à partir d'octobre 2001 des pas vers l'ère de la connaissance. diplômes d'informatique et d'ingénierie électrique et Depuis le lancement de sa phase pilote en 1997, informatique, et deuxièmement, la filière économique l'Université virtuelle africaine, avec le soutien de et technologique, qui proposera à partir d'octobre 2000 la Banque mondiale, a fourni aux étudiants et des formations courtes en gestion, en technologie de professeurs de 15 pays africains plus de 2 500 heures l'information et en langues étrangères, ainsi qu'une d'instruction interactive en langues anglaise et maîtrise en gestion d'entreprise peu après. française. Plus de 12 000 étudiants ont mené à bien Au cours des trois prochaines années, l'Université des formations d'un semestre en ingénierie et en virtuelle africaine prévoit de s'étendre à de nouveaux sciences, et plus de 2 500 professeurs ont assisté à des pays d'Afrique et d'atteindre les étudiants en prépara- séminaires de direction exécutive et spécialisée sur tion de licence, les facultés et les enseignants à l'aide des thèmes tels que la stratégie et l'innovation, de centres d'apprentissage implantés dans les univer- l'esprit d'entreprise, les compétences mondiales et le sités publiques et privées, de franchises privées et de commerce électronique. L'Université virtuelle africaine centres d'apprentissage spécialisés sur le terrain donne également accès à une bibliothèque numérique installés dans des entreprises et des ONG. tutions d'autres pays qui recrutent les étudiants à par- tion d'Internet, un système d'interaction étudiant -- tir d'un pool mondial par l'intermédiaire de pro- professeur sur Internet et une série de points d'accès grammes d'enseignement à distance. Cette région a locaux à Internet pour les étudiants. De telles expéri- également besoin de modèles d'apprentissage plus ences offrent des possibilités d'accroissement de l'accès flexibles et plus rentables, lesquels exploitent les nou- à l'éducation supérieure sans porter atteinte à la qual- velles technologies et permettent aux étudiants de ité de l'enseignement. prendre part à des programmes donnant accès à un Les universités traditionnelles expérimentent des diplôme et qui combinent travail et études. L'accès innovations prometteuses utilisant cette nouvelle aux ordinateurs fait également partie de la solution. technologie pour fournir des services d'enseignement Les pays désireux de tirer profit des nouvelles tech- de qualité. L'université virtuelle africaine, par exemple, nologies devront investir dans des logiciels inhérents débute la mise en place d'études menant à un diplôme aux programmes d'étude. La Confederation of Open en science, ingénierie et affaires recourant à l'utilisation Learning Institutions in South Africa (COLISA -- des réseaux satellite (encadré 3.13). Les universités Confédération des Centres d'éducation ouverte ouvertes étoffent également leur accès à leur d'Afrique du Sud), un partenariat entre les trois princi- enseignement supérieur par le biais de systèmes plus pales institutions d'enseignement supérieur à distance traditionnels (cf. encadré 3.10). du pays, est un exemple d'une telle approche. Le COL- Le renforcement des institutions, la mise en oeuvre ISA met au point des didacticiels recourant à l'utilisa- des réformes éducatives et les investissements y 54 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION afférents nécessitent du temps-- parfois de 10 à 15 ressources supplémentaires au secteur. Ces choix ans. Le délai relatif aux objectifs de rendement, aux difficiles seront réalisables après de nombreuses objectifs de développement et aux objectifs de dura- consultations avec les intervenants dans un bilité financière et institutionnelle devrait prendre en environnement démocratique et participatif. considération ce laps de temps considérable. Les pays devront développer des stratégies de mise en oeuvre Établissement de priorités dans les dépenses explicitement conçues pour retirer des enseignements publiques de l'expérience et pour soutenir les programmes pendant une période suffisamment longue pour De nombreux pays, notamment les plus pauvres, permettre d'acquérir les compétences nécessaires. Le ne peuvent répondre à la demande d'éducation qu'à laps de temps imparti au renforcement institutionnel la condition d'opérer des choix clairs et cohérents en illustre l'importance des partenariats à long terme matière d'affectation des ressources publiques à des entre les pouvoirs publics et les donateurs. En outre, fins qu'aucune ressource privée ne peut financer. les stratégies d'innovation et de réforme devront être Les priorités dans les dépenses publiques seront : testées en milieu expérimental, mais être conçues · Protéger l'équité en s'assurant que les pauvres ne pour être appliquées à des coûts raisonnables. Les soient pas exclus de l'éducation primaire, car ils pays ne peuvent pas se permettre de tester de multi- n'en ont pas les moyens. L'éducation fondamentale ples stratégies qui finiront par être des projets pilotes sera typiquement dispensée gratuitement pour les permanents (Verspoor 1989). pauvres et un support adéquat sera disponible aux niveaux supérieurs pour les étudiants pauvres méritants. Choix difficiles afin de garantir la durabilité · Attribuer des ressources de façon à offrir un financière service de qualité, en protégeant les dépenses autres que les salaires, même lorsque les Les pays africains devront s'assurer de la durabilité ressources sont rares, et en gérant les inscriptions financière des programmes d'éducation accélérée. au-delà du cycle de l'enseignement primaire afin L'aide extérieure peut réduire le déficit financier qui de fournir les fonds suffisants, nécessaires à tous apparaît presque inévitablement juste après l'adoption les intrants d'un enseignement de qualité. de réformes politiques majeures. Les pays dont le taux · Fournir les ressources et le personnel nécessaires de scolarisation est faible pourraient avoir besoin au renforcement des compétences des institutions d'une telle aide pendant 10 à 15 ans. Cependant, pour nationales et locales, concevoir et mettre en place soutenir le développement de l'éducation à long terme, des réformes, y compris les ressources et le per- les pays devront mobiliser les ressources internes sonnel nécessaires pour l'évaluation et la diffusion (publiques et privées) nécessaires au fonctionnement des connaissances. du système éducatif et ils devront également s'assurer · Elaborer et diffuser les enseignements tirés des de l'utilisation efficace de ces ressources. innovations, notamment ceux qui impliquent Toutefois, même lorsque les opportunités de l'utilisation de nouvelles technologies suscepti- gains d'efficience et de financement privé sont bles d'améliorer la qualité et d'accroître l'accès de intégralement exploitées, les programmes destinés à manière rentable. accélérer le développement de l'éducation auront d'ordinaire des répercussions considérables sur les Utilisation efficace des ressources budgets publics. Les pays doivent dès lors modifier le mode de financement et de gestion de l'éducation. D'importants gains d'efficacité peuvent être obtenus Les bonds prodigieux dans le développement de par le biais de la réduction des taux d'abandon et de l'éducation exigeront des politiques financières redoublement résultant d'un enseignement plus effi- définissant clairement les priorités en matière cace. Un enseignement de meilleure qualité exigera d'allocations des ressources publiques, accroîtront souvent un accroissement des coûts annuels par étu- l'efficacité des dépenses publiques, incluront des diant, habituellement pour les dépenses autres que les stratégies visant à diversifier les ressources finan- salaires, mais devrait se traduire par l'accroissement cières au-delà du secteur public et attribueront des du nombre de diplômés, par la réduction des coûts UNE CHANCE POUR APPRENDRE 55 annuels par étudiant et par le passage plus fluide des Diversification des sources de financement étudiants aux différents niveaux du système. Dans de nombreux pays, le salaire et la mutation des Le fonctionnement des systèmes éducatifs en Afrique enseignants constituent autant de sources d'ineffi- a traditionnellement été financé essentiellement par cacité. Il se pourrait du reste que les salaires des des ressources publiques gérées au niveau central. enseignants soient tels qu'ils constituent un obstacle La plupart des gouvernements doivent explorer les à l'inscription de tous les enfants ou que les façons d'élargir les ressources disponibles pour enseignants soient sous-payés. Dans certains pays, le l'éducation et la formation et doivent également fixer ratio enseignants-étudiants est inutilement faible, des priorités claires en matière de financement public. alors que dans d'autres, il est inefficacement élevé. Les ménages devront souvent contribuer au coût de Pratiquement tous les pays africains n'attribuent l'éducation et de la formation. Les arguments en que trop peu de ressources au support didactique et faveur du financement public de l'éducation fonda- au développement professionnel des professeurs. Dans mentale sont bien établis (Lockheed et Verspoor plusieurs pays, les dépenses administratives croissent 1991) ; toutefois, même au niveau de l'éducation plus rapidement que toute autre catégorie de dépense. fondamentale, les pressions financières ont amené les La majorité des pays dépensent trop de fonds publics gouvernements à dépendre de l'aide des parents-- par pour trop peu d'étudiants dans les institutions le biais des frais de scolarité, des contributions au d'enseignement supérieur, en ne fournissant souvent fonds de développement scolaire et de l'achat de qu'une aide mal ciblée en frais de subsistance et en manuels -- afin de rembourser les coûts directs de finançant de façon erronée l'enseignement et la l'enseignement. Ces frais, associés à d'autres dépenses recherche. Une façon d'utiliser plus efficacement liées à la scolarisation (uniformes scolaires, coût de les ressources disponibles consisterait à redistribuer renoncement de la main-d'oeuvre), ont rendu l'éduca- de telles dépenses vers un enseignement de tion trop chère pour une grande majorité. Au Burkina meilleure qualité. Faso et en Ouganda, les dépenses privées des ménages Encadré 3.14 Programme gouvernemental de bourses d'étudiants dans des institutions privées : un cas de financement du point de vue de la demande L'octroi de bourses à des étudiants désireux d'étudier supérieur, ainsi que dans la formation technique et dans des institutions privées est un bon exemple de professionnelle. Les étudiants peuvent recevoir des travail conjoint entre le secteur public et privé afin bourses que ce soit pour une école privée religieuse ou d'atteindre des objectifs éducatifs et sociaux signifi- laïque. Le placement des étudiants dépend en partie catifs. Le nombre de places disponibles dans les insti- des résultats scolaires. Seules les institutions tutions publiques en Côte d'Ivoire n'est pas suffisant « gréées » peuvent recevoir des étudiants boursiers. pour satisfaire la demande des étudiants. Afin de Le montant versé dépend du niveau d'éducation combler quelque peu cette carence, le gouvernement de l'étudiant : 126 200 CFAF (200 dollars) par an pour a décidé d'accorder des bourses à des étudiants afin les étudiants du secondaire moyen et 147 023 CFAF qu'ils puissent fréquenter un établissement privé. (233 dollars) par an pour les étudiants du secondaire Les institutions privées jouent un rôle important supérieur. Jusqu'à présent, les étudiants étaient admis- dans le système éducatif de la Côte d'Ivoire, car elles sibles à une bourse partielle (50 %), cependant, ces représentent 12 % des écoles primaires, 36 % des bourses sont progressivement supprimées. En 1997, écoles secondaires et 67 % des écoles de formation le gouvernement a consacré quelque 10,3 millions de technique. Dans le cadre de son programme d'octroi de dollars à plus de 162 000 étudiants inscrits dans des bourses, le gouvernement paie les écoles privées pour écoles primaires et secondaires privées. En 1995-96, chaque étudiant public qu'elles accueillent. Il accorde 40 % des étudiants des institutions privées recevaient des bourses à des étudiants du secondaire moyen et une bourse de l'État. 56 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION afférentes à la scolarisation d'un enfant atteignent prestation de services par le biais d'acteurs privés, quelque 20 pour cent du revenu par habitant poursuivant éventuellement un but lucratif. De tels (Mehrotra et Delamonica 1998). opérateurs existent, mais leur qualité est extrêmement Ainsi, l'éducation primaire gratuite, parfois variable. Une meilleure réglementation et des mesures associée à une aide ciblée -- sous la forme de livres incitatives pourraient améliorer leur contribution au scolaires gratuits et de bourses-- sera souvent néces- développement de l'éducation. Assurer l'accès saire pour s'assurer de la scolarisation des enfants les équitable pour tous à une éducation primaire de qualité plus pauvres, notamment des filles, au niveau est une responsabilité publique, mais les pouvoirs primaire. À des niveaux supérieurs, habituellement publics ne doivent pas toujours assumer, seuls, le au-delà du secondaire inférieur, le partage sélectif des financement et la fourniture de la gamme complète coûts est souvent un choix politique, assorti d'une des services éducatifs. Lorsque les autorités publiques, justification solide en faveur de l'équité. À ce niveau, les opérateurs privés et les communautés agissent de les étudiants appartiennent typiquement à des concert, toute une série d'alternatives deviennent milieux plus aisés. L'octroi de bourses basées sur les possibles, notamment certaines concessions à des ONG besoins et des programmes de prêt pour étudiants et l'octroi de subventions gouvernementales aux com- peuvent garantir l'accès équitable à l'enseignement munautés qui gèrent leurs propres écoles. des étudiants pauvres et les universités peuvent Les acteurs privés acquièrent une importance crois- également générer leurs propres ressources par la sante dans la fourniture de services éducatifs en vente de services (voir encadré 3.12). Afrique, à mesure où le changement démocratique et les Un autre élément important d'un programme de politiques de libre concurrence dans toute la région financement public de l'éducation est la mise en oeuvre créent un nouvel espace pour les organisations de la d'une réglementation maximalisant les opportunités de société civile et les fournisseurs commerciaux. Des Encadré 3.15 Privatisation et décentralisation de la fourniture de livres au Kenya Au cours de ces dernières années, un certain nombre de livres qui leur avait été alloué. Les commandes des pays africains ont transféré la responsabilité de la four- écoles étaient ensuite regroupées au niveau du district niture des livres scolaires des organisations publiques à et des contrats d'achat conclus en fonction de l'offre des éditeurs privés. Dans la plupart des cas, on a ainsi concurrentielle locale. assisté au passage d'un monopole à une concurrence. Une évaluation approfondie des trois méthodes de Dans le cadre de cette évolution, les gouvernements sélection et d'achat, ainsi que les observations des ont dû mettre en place des systèmes afin de donner aux éditeurs et des libraires de détail locaux, ont révélé écoles la responsabilité du choix des livres et le pouvoir que toutes trois ont abouti à de bons résultats, bien d'achat correspondant. que l'achat au niveau du district ait soulevé des prob- Le Kenya a mené entre 1996 et 1998 un projet lèmes de distribution et les bons de commande locaux pilote sur la fourniture de manuels scolaires, qui des problèmes administratifs. Tant les éditeurs que les couvrait 533 écoles primaires dans les districts de libraires ont fourni un excellent service et les écoles Machakos et Laikipia. Les écoles ont été réparties en ont remarqué que la fourniture décentralisée et la trois groupes, chacun recevant un budget selon ses prise de décision par les écoles avaient permis effectifs pour la sélection et l'acquisition de livres d'obtenir de meilleurs prix, une livraison rapide et à partir d'une liste compilée par le ministère de efficace de la part des fournisseurs de livres, et la l'éducation et des sports. Le premier groupe a reçu un correction rapide des erreurs de commande, autant montant en liquide déposé sur un compte bancaire de d'avantages qui n'existaient pas pendant la période de l'école. Le deuxième groupe a reçu un bon d'achat publication et de fourniture sous la responsabilité local. Enfin, les écoles du troisième groupe ont reçu un publique. Depuis cette expérience, le projet pilote fait bon de commande à l'aide duquel elles pouvaient partie intégrante de la politique nationale de fourniture demander des livres jusqu'à concurrence du budget de de livres scolaires au Kenya. UNE CHANCE POUR APPRENDRE 57 institutions privées gérées par des acteurs privés et pratique, un cadre durable pour chaque pays nécessitera poursuivant un but de lucre fournissent des programmes de calculs spécifiques par région. Tous les pays ne seront de formation professionnelle et technique, notamment pas à même de générer des plans nationaux de réforme en matière de compétences commerciales, informa- et des cadres de financement dans le même délai. tiques et linguistiques. Les grands employeurs assurent Les ratios de dépendance élevés de l'Afrique et son d'habitude la formation de leurs collaborateurs en besoin de rattraper le niveau des systèmes éducatifs interne. De nombreuses ONG assurent une formation observé à l'étranger rendent pratiquement inévitable professionnelle de base pour jeunes et adultes. Force que le coût du financement de l'éducation, exprimé en est de constater dans de nombreux pays une augmenta- pourcentage du PNB, sera supérieur à celui des autres tion rapide du nombre d'écoles secondaires privées ; au régions. Le chiffre de 3,6 milliards de dollars dont il cours des années 1990, près de 40 universités privées est question ci-dessus représente 2 pour cent du PNB ont en outre vu le jour en Afrique. Plusieurs pays offrent de la région, hors Afrique du Sud, ou un accroissement aux étudiants inscrits dans des institutions privées un de 35 pour cent par rapport aux dépenses régionales soutien financier public sous la forme de bourses ou de actuelles. Comparativement, le remboursement de la bons. Ce type de financement du côté de la demande dette s'élève à 14,5 milliards par année et les (encadré 3.14), particulièrement lorsqu'il s'adresse à dépenses militaires, à 7 milliards (Oxfam, 1999). des candidats étudiants issus de familles pauvres, peut Toutefois, l'amélioration tant de l'efficacité interne contribuer à accroître l'équité et l'efficacité des (en réduisant les taux d'abandon et de redoublement dépenses publiques en matière d'éducation. et en accroissant les rémunérations des enseignants) Les gouvernements pourraient également revoir que de l'efficacité de l'allocation des ressources leur implication dans la publication de livres scolaires, (en ne mettant plus l'accent sur les dépenses en la construction d'écoles et la fourniture de services de matière d'éducation secondaire et supérieure et les repas aux institutions secondaires et aux universités, dépenses administratives et de traitement) peut car le secteur privé s'acquitte en règle générale plus générer des gains énormes. efficacement de ce genre de tâches. Plusieurs pays Une meilleure gestion économique sera un élément africains ont entrepris de suivre cette voie, avec des essentiel de l'allégement des contraintes qui pèsent sur résultats prometteurs. Quelques exemples : la fourni- les décisions de dépenses publiques. La révision de ces ture de livres scolaires au Kenya (encadré 3.15), dernières devra accorder une attention toute partic- la construction de classes en Afrique de l'ouest et la ulière aux besoins du secteur de l'éducation, dans le privatisation des services alimentaires et de logement respect des objectifs en matière d'équité. Inversement, dans l'enseignement supérieur au Burkina Faso, en les stratégies de financement de l'éducation devraient Côte d'Ivoire et au Sénégal. être explicitement liées aux réformes générales des dépenses publiques, y compris le développement de Fournir un financement public complémentaire cadres de dépense à moyen terme. Un allégement de la dette dans le cadre de l'initiative HIPC donnera l'occa- Les stratégies macro-économiques doivent accorder la sion aux pays de réorganiser leurs priorités en matière priorité à l'amélioration et à l'expansion de l'éducation. d'allocation des ressources en vue de garantir un cadre Le développement rapide de l'éducation exigera dans de financier sain et durable pour le secteur. De même, la nombreux pays une augmentation significative des fin des conflits et des guerres civiles permettra de fonds publics en matière d'éducation, même après la libérer les sommes consacrées à l'armement et au réorientation des ressources publiques vers les personnel militaire. domaines prioritaires. Une estimation de ces dépenses fait état de leur accroissement, en termes absolus, de l'ordre de 5 à 6 pour cent par an au cours de la L'avenir : réforme nationale, coopération prochaine décennie (Mehrotra 1989). Une autre estima- régionale et partenariats internationaux tion fait état de dépenses annuelles supplémentaires de 3,6 milliards de dollars pour placer l'Afrique sub- Les maigres résultats des systèmes éducatifs dans de saharienne sur la voie de l'éducation primaire pour tous nombreux pays africains sont un obstacle à la crois- en 2015 (Oxfam 1999). Ces chiffres illustrent les ordres sance économique durable, à la réduction de la de grandeur dont il est question ; cependant, dans la pauvreté et au développement social. Des réformes en 58 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION profondeur sont nécessaires, ainsi que le renforcement poids de l'entreprise sur les épaules du pays hôte des connaissances et des capacités pour entreprendre lorsque les autres pays n'assument pas leur contri- une action efficace. Les réformes éducatives, institu- bution. La mise en oeuvre d'un réseau régional tionnelles et financières doivent se renforcer mutuelle- d'institutions susceptibles de prendre en charge des ment. De nombreux pays de la région ont déjà entamé programmes de coopération régionaux exigera des ce processus de réformes et sont prêts à aller de l'a- institutions capables, d'une part, de produire leurs vant ; ils doivent toutefois faire des choix difficiles et propres ressources à partir des droits payés par les tirer des enseignements qui leur sont propres. étudiants, des missions de consultance et de recherche La coopération régionale et les partenariats inter- et, d'autre part, de concevoir une politique de nationaux sont en mesure d'accélérer le développement rémunération du personnel qui soit compétitive à de l'éducation dans trois domaines au moins. Tout l'échelle internationale afin d'attirer les chercheurs d'abord, les forums régionaux et sous-régionaux africains se trouvant à l'étranger. peuvent aider les pays à tirer des enseignements Par conséquent, un bond en avant dans le réciproques et renforcer la base de connaissances développement de l'éducation exigera un changement africaine en matière d'éducation. Bien que les pays radical des priorités, de la portée, du rythme et de la échangent des informations relatives à leurs expériences mise en oeuvre de la réforme du secteur de l'éducation, en matière de développement de l'éducation, une des ajustements et du financement, ainsi que des évaluation plus systématique et plus rigoureuse changements dans le mode de financement et de contribuerait à ajouter de la valeur à ces échanges. gestion de l'éducation. Il est peu probable que ces L'efficacité de l'Association pour le développement de changements seront couronnés de succès si les l'éducation en Afrique et de ses groupes de travail programmes d'aide traditionnels, à portée restreinte et dans le cadre de ces échanges augmente. En outre, les orientés sur l'extérieur, ne sont pas remplacés par des programmes placés sous l'égide de l'UNESCO et de la partenariats placés sous l'égide des gouvernements. CONFEMEN ont créé le cadre d'une coopération Les pays se doivent d'investir dans le secteur tout régionale. À mesure où ces programmes se dévelop- entier, y compris le développement de la petite peront, ils contribueront à la conception de politiques enfance, l'éducation primaire, l'éducation secondaire, et à la planification. la formation professionnelle, l'éducation supérieure et Deuxièmement, une région comptant de nombreux l'enseignement pour adultes. petits pays, à faible revenu, dispose d'un potentiel En raison de l'importance de chacun de ces énorme pour tirer parti, par le biais de la coopération niveaux, la question ne porte pas sur la nécessité multinationale, des économies d'échelle dans des éventuelle de fournir ces services, mais plutôt sur le domaines tels que la production de livres, l'éducation rythme et sur le type de mécanismes de financement à distance, la recherche, l'analyse et l'évaluation. et de gestion. Les investissements doivent être bâtis Le développement d'une puissante industrie africaine dans le cadre d'une solide connaissance de ce qui fonc- de l'édition est un impératif qui exigera l'élimination tionne et de ce qui ne fonctionne pas. À cette fin, ces des entraves au commerce entre les pays et permettra pays ont besoin de compétences analytiques et aux éditeurs de se concurrencer librement dans la d'évaluation de meilleure qualité. Cette vaste région. Les programmes d'enseignement à distance approche sectorielle en matière de développement de peuvent améliorer la qualité et l'accès à l'éducation, l'éducation doit être reliée à de saines politiques mais devront pour ce faire répartir les coûts néces- macro-économiques et intégrée dans un programme de saires sur un grand nombre d'usagers pour qu'ils dépense publique stable. En même temps, les pays restent financièrement viables. peuvent profiter des connaissances, de l'expérience et Troisièmement, la mise sur pied d'un certain nom- des ressources de partenaires internationaux. Le défi bre de centres de niveau mondial pour l'enseignement consistera à gérer les contributions des donateurs pour de 2ème et 3ème cycles et pour la recherche fonda- le plus grand bénéfice national. Chaque donateur-- mentale et appliquée pourrait contribuer de manière dont la Banque mondiale -- devra faire quelques significative au développement de l'éducation concessions afin de mettre sur pied un cadre de régionale. Bien qu'il existe en Afrique une tradition de coopération efficace. coopération en matière d'éducation supérieure, de Après une longue période de progrès assez déce- telles dispositions font généralement reposer tout le vants dans de nombreux pays africains, les perspectives UNE CHANCE POUR APPRENDRE 59 de développement de l'éducation se sont améliorées. d'innovation et de réforme. Les donateurs et les De nombreux pays testent de nouvelles voies en gouvernements devront renouveler leur engagement matière de fourniture, de financement et de gestion à traduire ces perspectives de changements en oppor- des services éducatifs. Les nouvelles technologies tunités d'apprentissage réellement améliorées. Le défi pourraient accélérer considérablement ce processus. central est de développer une capacité nationale en De plus, les succès remportés par certains pays dans le matière de planification et de mise en oeuvre pour cadre de l'apprentissage et de l'accès équitable aident donner à des millions d'Africains actuellement exclus les autres à concevoir des programmes nationaux de l'éducation la chance de pouvoir apprendre. 60 RÉPONSES NATIONALES : UN BOND PRODIGIEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉDUCATION 4. La réponse de la Banque mondiale : faire des pays. Le document de politique régionale de la plus et faire mieux Banque publié en 1998 et intitulé « L'éducation en Afrique subsaharienne. Pour une stratégie d'ajustement, Il est inacceptable qu'à l'aube du 21ème siècle, de revitalisation et d'expansion » (Banque mondiale 40 millions d'enfants africains ne puissent faire valoir 1998), a initié un dialogue entre les agences d'aide et leur droit à l'éducation. Il est tout aussi inacceptable les Ministres africains de l'éducation, lequel a finale- qu'un continent qui compte plus de 600 millions ment mené à la création de l'Association pour le d'habitants ne participe pas à l'économie mondiale des développement de l'éducation en Afrique. Il existe connaissances et que plus de 40 pour cent de la popu- désormais un sens profond de partenariat entre les con- lation continue de vivre avec moins d'un dollar par jour cepteurs de politiques nationaux et la communauté (Banque mondiale 1998b). L'accélération du dével- internationale dispensant l'aide à l'éducation. oppement de l'éducation doit être un élément clé dans Dans de nombreux pays, les défis du développe- les efforts visant à éliminer la pauvreté et à donner aux ment de l'éducation se sont faits plus urgents et plus enfants africains un avenir plus prometteur. cruciaux en termes de croissance économique et Le développement de l'éducation connaît un d'élimination de la pauvreté qu'ils ne l'étaient en regain d'activité dans de nombreux pays de l'Afrique 1988. Les gouvernements, la société civile et la subsaharienne depuis 1994. Les déceptions des communauté d'aide à l'éducation --y compris la années 80, l'exemple de pays qui ont été en mesure Banque--cherchent des modes de collaboration afin de d'aller de l'avant et la reconnaissance croissante de rompre la stagnation de ces deux dernières décennies. l'importance de l'éducation dans l'éradication de la Des questions ont toutefois été soulevées-- au sein et pauvreté, dans la compétitivité et la croissance en dehors de la Banque-- en ce qui concerne l'ampleur économique-- ont créé un environnement bien plus et l'efficacité de l'assistance apportée par la Banque favorable au développement de l'éducation qu'à aucun en matière d'éducation en Afrique. Par exemple, Oxfam moment au cours de ces 10 dernières années. De nom- (1999) qualifie de « sous-performance » le soutien de breux pays de la région sont prêts à aller de l'avant en la Banque à l'éducation primaire en Afrique. adoptant les réformes politiques et les innovations Plusieurs de ces questions sont pertinentes et ont dont ils ont tant besoin. Peu de pays sont toutefois en incité la Région Afrique de la Banque à se pencher sur mesure de relever seuls ce défi. ses priorités et ses approches en matière de prêt à La Banque mondiale est prête à soutenir active- l'éducation. Le financement de la Banque mondiale ment l'accélération du développement de l'éducation destiné à l'éducation en Afrique a stagné à un niveau en Afrique. Afin de jouer ce rôle avec plus d'efficacité, inférieur à 200 millions de dollars par an depuis 1995. la Région Afrique de la Banque mondiale étendra son Les stratégies destinées à garantir un accès équitable soutien au développement de l'éducation et agira de des pauvres aux services éducatifs ont souvent été mal manière proactive en vue d'améliorer l'étendue et conçues. Il se pourrait en sus qu'une attention trop l'efficacité de ses services de prêts et autres. Elle peu soutenue ait été accordée à la formation profes- veillera à ce qu'un accent stratégique sur l'éradication sionnelle, ainsi qu'à l'enseignement secondaire et de la pauvreté, la qualité technique et le soutien à des technique. Le potentiel éducatif des nouvelles et des partenariats placés sous l'égide des gouvernements anciennes technologies a rarement été exploité. deviennent les traits distinctifs de l'activité de la Les fondements analytiques de la politique de soutien Banque dans ce secteur. de la Banque restent étroits. Les liens avec la réforme La Banque mondiale est l'une des nombreuses macro-économique ont souvent été ténus. Posent sources d'aide extérieure à l'éducation en Afrique, à également problème le caractère durable et l'impact raison de 20 à 25 % de cette aide (Ridker 1994, ADEA institutionnel des investissements de la Banque, bien 1998). Outre la fourniture d'une aide financière, la que la mise en oeuvre des dossiers en cours se soit Banque mondiale a fait des contributions significatives considérablement améliorée depuis 1998. à la discussion relatives aux questions politiques et aux Ce chapitre porte sur la façon dont la Banque se priorités en matière d'aide par le biais de forums de propose de devenir un partenaire plus efficace dans le donateurs, d'activités analytiques et de développement cadre du développement de l'éducation en Afrique. de projets spécifiques aux pays et des discussions En résumé, la Banque prévoit d'être un acteur actif menées avec les autorités économiques et financières dans le cadre des partenariats placés sous l'égide des UNE CHANCE POUR APPRENDRE 61 gouvernements nationaux en matière de développement des années 1990 a excédé celui effectué au cours des de l'éducation, en suscitant l'innovation et le change- 27 années précédentes -- 2,9 milliards de dollars, ment fondés sur les possibilités d'éducation pour les soit 9 pour cent des prêts à la région contre une pauvres, dans le cadre de systèmes où l'efficacité sera moyenne de la Banque de 8 pour cent. mesurée par les résultats scolaires obtenus et la dura- Le portefeuille éducatif actuel compte quelque 35 bilité financière. À cette fin, la Banque profitera de ses projets représentant un montant total de 1,13 milliard avantages comparatifs--sa vaste perspective macro- de dollars. Ces projets sont mis en oeuvre dans 27 pays économique et en matière de dépenses publiques, sa abritant environ 70 pour cent de la population africaine. connaissance des réformes politiques dans tout le Pour la moitié environ des 21 pays sans projet d'éduca- secteur et ses capacités à identifier et à développer des tion, les conflits prolongés et le chaos économique ont liens avec d'autres secteurs et à avoir accès à de vastes empêché la Banque d'y réaliser des investissements. connaissances et expériences internationales. Quant à la plupart des pays restants, ils ne sont pas éligibles aux fonds de l'Association de développement international (ADI) et, à une ou deux exceptions près, Opportunités et défis n'ont pas choisi d'emprunter pour l'éducation dans le pour des services de prêts plus complets respect des modalités de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD). La Banque soutient l'éducation en Afrique depuis Les engagements de la Banque en matière de prêts 1963 et son aide s'élève à 4,8 milliards de dollars pour à l'éducation s'élevaient en moyenne à un peu moins tous les niveaux du système officiel, y compris l'alpha- de 150 millions de dollars par an à la fin des années bétisation des adultes, l'éducation de la petite 1980, avant d'augmenter à près de 350 millions au enfance et le perfectionnement professionnel. Au début des années 1990 et de redescendre à un peu cours de ces 10 dernières années, à mesure où moins de 200 millions de dollars par an durant la l'élimination de la pauvreté devenait explicitement la période 1995--2000 (schéma 4.1). Les versements ont mission fondamentale de la Banque, l'éducation a été de 200 millions de dollars en moyenne par an occupé une place de choix dans le programme de depuis 1995. Les prêts à l'éducation ont ralenti depuis prêts pour l'Afrique. Le montant des prêts consentis le milieu des années 1990 pour plusieurs raisons, dont dans le domaine de l'éducation par la Banque au cours les troubles secouant certains grands pays, la réticence Schéma 4.1 Nouveaux engagements de la Banque en matière de prêts à l'éducation africaine Engagements AFR Versements AFR 450 400 Millions de dollars 350 300 250 200 150 100 50 0 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 Année fiscale Source : Données Banque mondiale. 62 LA RÉPONSE DE LA BANQUE MONDIALE : FAIRE PLUS ET FAIRE MIEUX de certains à entreprendre une réforme de leur poli- affecté à l'éducation secondaire et supérieure, ainsi tique d'éducation et la faible capacité d'absorption des qu'à la formation professionnelle. L'engagement de la institutions clés de la région. De plus, la réorganisa- Banque à soutenir tous les niveaux du système de tion en 1995 de la Région Afrique de la Banque, ainsi manière équilibrée, en accord avec les priorités que le temps nécessaire à « relancer » le secteur face nationales, constitue à priori un cas légitime pour aux défis croissants et à l'évolution des priorités ont élaborer un portefeuille de projets éducatifs plus empêché la Banque de répondre rapidement aux équilibré. Ce dernier impliquera un effort accru envers nouvelles demandes de financement. l'éducation post-primaire, tout en continuant à D'autre part, il est possible que la Banque ait soutenir vigoureusement le développement de l'éduca- concentré trop unilatéralement ses ressources limitées tion de base. en personnel sur l'éducation fondamentale, aux dépens De nouveaux instruments de prêt sont en train de d'autres sous-secteurs et de la diversité des dossiers. modifier la façon dont la Banque soutient le Cette tendance a été renforcée par la difficulté de développement de l'éducation en Afrique. Des sept concevoir et de soutenir la mise en oeuvre de projets présentés au conseil de direction au cours de programmes d'investissement venant en aide aux l'exercice fiscal 1999, trois -- pour la Gambie, le réformes organisées dans l'éducation secondaire et Lesotho et la Zambie-- étaient des prêts-programmes supérieure et la formation professionnelle. Par voie de adaptables (APL) conçus pour soutenir le développe- conséquence, la composition des prêts à l'éducation ment à long terme de tout le secteur de l'éducation par s'est inversé au cours des années 1990 (schéma 4.2). le biais de divers investissements. Pour ces trois Au cours de la période 1985­89, moins de 25 pour projets, la première tranche du prêt était centrée sur cent du financement de la Banque était destiné à l'éducation primaire. Les investissements destinés aux l'éducation primaire en Afrique, alors que plus de autres niveaux du système devraient être financés par 50 pour cent était affecté à l'éducation secondaire et les tranches futures qui seront accordées selon des supérieure, ainsi qu'à la formation professionnelle. critères de politique prédéterminés. L'un des projets de Depuis lors, des efforts manifestes ont été réalisés en l'exercice fiscal 1999 était un prêt d'apprentissage et direction de l'éducation primaire. Entre 1995 et 1999, d'innovation mis au point pour tester de nouvelles 48 pour cent des prêts de la Banque au secteur de approches de résolution des problèmes techniques et l'éducation en Afrique ont soutenu l'éducation mater- de politiques dans le cadre de la formation d'institu- nelle et primaire et moins de 30 pour cent était teurs du primaire en Guinée (voir encadré 3.4). Schéma 4.2 Répartition des prêts entre les sous-secteurs dans le secteur de l'éducation dans la Région Afrique AF 85­89 : AF 95­99 : Préscolaire 0% Préscolaire 2% Autres 24% Autres 19% Primaire 29% Supérieur 7% Formation des Supérieur 17% enseignants 5% Secondaire Professionnel 4% général 9% Formation des enseignants 12% Primaire 46% Professionnel 9% Secondaire général 17% Source : Données Banque mondiale. UNE CHANCE POUR APPRENDRE 63 Il existe des possibilités d'accroître l'aide au des PERC et des PRSC, que la Banque envisage de con- développement de l'éducation. Le retour du Nigeria en clure dans plusieurs pays africains tels que le Bénin, tant qu'emprunteur actif pourrait avoir un impact le Tchad et l'Ouganda. significatif sur les engagements de prêt futurs. Un La stratégie de la Banque sera dès lors d'aider les certain nombre de pays de la BIRD dans la région pays à poser les bases du capital humain pour générer songent à emprunter au titre de l'éducation. Plusieurs une croissance accélérée et une réduction de la pays sont disposés à prendre des décisions radicales et pauvreté par le biais d'une combinaison d'investisse- à mettre en place une réforme de leurs politiques, ments directs et de soutien budgétaire. Le total de cette nécessaires à l'accélération du développement de aide représenterait une augmentation significative -- l'éducation. Dans les pays déchirés par la guerre -- peut-être un triplement des niveaux de financement de comme le Burundi et le Rwanda -- où des accords l'éducation de la fin des années 1990. Cela permettra à politiques se traduisent par l'accroissement de la sta- la Banque de contribuer à l'accélération du développe- bilité et l'émergence de la paix, la Banque supportera ment de l'éducation en Afrique dans le respect de ses la reconstruction d'après-guerre. engagements internationaux et de l'accent institution- Les prêts en matière de développement de l'éduca- nel placé sur l'éradication de la pauvreté. tion par le biais des traditionnels investissements Pour atteindre ces niveaux de soutien au directs dans le secteur sont à l'heure actuelle pro- développement de l'éducation, la Banque devra apporter grammés pour passer à une moyenne comprise entre des modifications dans la manière avec laquelle elle 300 et 350 millions de dollars par an au cours de la mène ses activités. Cela nécessitera des liens nettement période 2000 à 2003. En outre, une aide substantielle plus étroits entre le dialogue macro-économique et à l'éducation est programmée par le biais de projets sectoriel et le soutien financier, ainsi que des change- de soutien budgétaire dans le cadre de l'initiative ments dans les pratiques internes et les politiques et d'allègement de la dette HIPC, ainsi que par le biais priorités en matière de prêt. Un budget administratif et des Crédits de dépenses publiques (PERC) ou des des niveaux de personnel permettant à la Banque de Crédits de soutien à la réduction de la pauvreté supporter financièrement et professionnellement ces (PRSC). Quant à l'intensification de l'allégement de la programmes seront également nécessaires. Cependant, dette dans le cadre de l'initiative HIPC, elle présente en définitive, la faisabilité d'un accroissement des prêts des opportunités de libération de capitaux destinés à à l'éducation en Afrique dépendra aussi de la volonté de renforcer les ressources afin de soutenir un ces pays à faire de l'éducation leur politique prioritaire, développement de l'éducation accéléré. L'Ouganda, à initier des programmes nationaux d'innovation et de l'un des premiers pays à avoir bénéficié de la réduc- réforme, à renforcer la capacité nationale de formula- tion de la dette résultant de l'initiative pour les HIPC, tion et de mise en place de politiques et à résoudre en est un exemple prometteur : les économies budgé- pacifiquement les conflits. taires réalisées grâce à l'allégement de la dette ont été canalisées vers le fonds d'action nationale de lutte contre la pauvreté et ont aidé à financer l'action Tableau 4.1 Allégement de la dette en faveur d'une éducation fondamentale de qualité par rapport aux dépenses d'éducation pour tous les enfants. Une vingtaine de pays de la (millions de dollars) région pourraient bénéficier d'un allégement de leur dette au titre des HIPC au cours des 5 prochaines Allégement années. En toute hypothèse, cette remise de dette annuel moyen Budget de devra être en mesure de contribuer à l'augmentation de la dette l'éducation des possibilités d'éducation (tableau 4.1). C'est ainsi Pays 2000-2009 en 1998 qu'au Mali, les dépenses en matière d'éducation devraient passer de 24 à 27 pour cent d'un budget plus étoffé, alors qu'au Niger, une augmentation des Mauritanie 50 34 dépenses d'éducation de 3,6 à 4,5 pour cent est Mozambique 117 72 envisagée. Les réformes politiques, ainsi que Tanzanie 116 150 l'augmentation de l'allocation budgétaire affectée à Ouganda 45 220 l'éducation sont des priorités typiques dans le cadre 64 LA RÉPONSE DE LA BANQUE MONDIALE : FAIRE PLUS ET FAIRE MIEUX Accent plus prononcé sur les services autres de financement et d'assistance technique, y compris la que les prêts Banque, avaient été très peu prises en charge par les pays, avaient rarement été utilisées par les décideurs de Afin d'être un bailleur de fonds efficace pour le ces pays et s'étaient centrées sur des aspects importants développement de l'éducation, la Banque doit être une pour les agences, mais d'une pertinence limitée dans le source efficace de connaissances, d'idées et de conseils. cadre d'autres politiques nationales plus urgentes. Prises Le personnel de la Banque a déjà offert des services ensemble, ces études font souvent double emploi et ne autres que des prêts par le biais de ses activités fournissent qu'une maigre contribution au développe- d'octroi de prêts et de séminaires et d'ateliers, souvent ment des compétences. en collaboration avec l'Institut de la Banque mondiale. Cette approche est toutefois assortie d'exceptions. Les services autres que les services de prêts constituent En 1972, une équipe éthiopienne a entrepris une une partie importante de l'aide fournie par la Banque, étude sectorielle nationale sur l'éducation. En 1980, car ils permettent d'aider les pays à élaborer des fonde- une étude réalisée par une équipe de la Sierra Leone a ments analytiques solides nécessaires à l'expansion des jeté les bases d'un programme national de développe- prêts, ainsi que de renforcer les bases des connais- ment de l'éducation primaire qui a reçu l'appui de la sances nationales indispensables pour mener à bien les Banque ; au milieu des années 1980 enfin, la Banque réformes et obtenir les compétences nécessaires à la et l'UNESCO ont collaboré au soutien d'un travail mise en oeuvre de ces dernières. sectoriel national mené dans plusieurs pays franco- phones. Vers la fin des années 1980, la Banque a fait Recentrer le travail économique et sectoriel des efforts plus sérieux en vue de consolider les compétences du personnel national en matière Un travail analytique de qualité peut contribuer de de travail analytique dans le contexte des études manière significative à l'issue du projet. Une analyse sectorielles et de la préparation de projets. Cependant, récente des projets de la Banque a révélé que le travail dans plusieurs cas, le rôle des consultants inter- analytique est très payant : même après le contrôle nationaux a continué d'être prépondérant. des conditions nationales, sectorielles et économiques, Les problèmes liés à l'approche traditionnelle des la préparation du personnel et les coûts de supervision, activités économiques et sectorielles dans le secteur les avantages étaient neuf fois supérieurs au coût du de l'éducation sont largement reconnus. La Banque ne personnel (Deininger, Squire et Basu 1998). Cette tente pas d'assurer d'un rôle de premier plan pour les même étude a démontré que la Banque n'a pas analystes et les chercheurs locaux dans les analyses suffisamment investi dans ces activités et a recom- sectorielles (voir encadré 4.1). Dans plusieurs cas, la mandé le transfert de fonds depuis la préparation du mise en place d'ateliers avec des spécialistes projet aux travaux analytiques. Même si cette approche nationaux de l'éducation a jeté les bases de la con- est susceptible de réduire le nombre de projets et ception d'une étude, de l'examen des résultats des d'engagements, les projets seront mieux conçus, mieux recherches et du développement d'un plan d'action. mis en oeuvre et davantage couronnés de succès. Durant ces dernières années, les fonds alloués aux Les analyses formelles ont généralement été un travaux sectoriels et économiques en matière d'éduca- élément clé pour le dialogue sur l'éducation entre la tion en Afrique ont fortement diminué. Le travail sec- Banque et ses clients. Avant 1990, la plupart des analy- toriel financé par la Banque ne représente cependant ses sectorielles soutenues par la Banque étaient réal- qu'une petite partie du travail analytique de la Banque. isées par le personnel de la Banque (ou par le personnel Le personnel national effectue de nombreuses études, de l'UNESCO dans le cadre d'un accord de coopération financées par le fond de Développement des ressources avec la Banque), avec une participation variable, mais humaines et des stratégies, créé par le gouvernement généralement limitée, du personnel national, et japonais afin de préparer des projets ou par des fonds financées par le budget de la Banque destiné au travail affectés à cet effet au sein de projets existants. économique et sectoriel. L'impact de ces rapports en Ces études sont cependant rarement examinées par termes de politique était en règle générale limité. Une les pairs ou par le personnel de la Banque, à l'exclusion révision des analyses du secteur de l'éducation en Afrique des responsables de projet. Par voie de conséquence, (UNESCO 1996) a mis en évidence le fait que de nom- leur qualité est très variable et leur couverture, inégale. breuses études réalisées par les agences internationales Si la Banque souhaite effectivement jouer un rôle UNE CHANCE POUR APPRENDRE 65 Encadré 4.1 Effort conjoint pour préparer un document de stratégie à Madagascar Vers la fin de 1992, le gouvernement de Madagascar Ce processus possédait trois caractéristiques impor- et la Banque mondiale ont décidé de mettre sur pied tantes. Premièrement, la Banque a pu réunir une expéri- une stratégie visant à réformer l'éducation primaire et ence de grande qualité dans le pays et conduire des secondaire. Un groupe de travail formé par 12 profes- recherches fines avec des ressources limitées mais sionnels de l'unité de recherche et de planification du stratégiques. Les ressources de la Banque ont inclus ministère de l'éducation a été créé au début de 1993 quatre courtes visites à Madagascar (environ 8 semaines dans le but d'étudier les améliorations qualitatives aux d'un employé). En deuxième lieu, les recherches ont con- deux niveaux. tribué à renforcer les compétences du ministère de À la suite d'un atelier de 10 jours en juillet 1993, l'éducation et des institutions au sein de son unité de le groupe de travail a conçu un cadre de travail pour recherche et de planification. L'expérience acquise au tester les différentes manières d'améliorer la qualité et cours de ces recherches a été employée depuis lors dans l'efficacité de l'éducation primaire et secondaire. d'autres pays africains comme les Comores, le Mali et le Des données et des observations ont été réunies au Sénégal. Troisièmement, les résultats et recommanda- cours de deux journées de visites à 36 écoles publiques tions de l'étude ont défini un programme pilote de dans les six régions de Madagascar. Les données ont développement scolaire qui a été mis en place entre 1994 ensuite été analysées et les résultats discutés et validés et 1998. Ce programme a permis au gouvernement de en 1994, avant la préparation et la distribution des ver- Madagascar de réviser sa stratégie nationale d'améliora- sions préliminaires des rapports au début 1995. tion de l'éducation qui a été adoptée en décembre 1997. efficace de catalyseur des réformes et de l'innovation en aidera les responsables de projet dans le cadre de Afrique, il est évident qu'elle doit redéfinir l'importance l'analyse économique et financière requise pour étayer des travaux sectoriels dans le cadre de ses projets d'aide, le volet éducatif des programmes de réforme soutenus ainsi que les dispositions en matière de financement et par l'initiative HIPC. Cette aide a déjà notablement les procédures de révision des études. En réalité, de nou- amélioré la portée de l'analyse économique. veaux processus ont été introduits dans la Région Afrique pour améliorer les procédures de gestion et de Réorientation des discussions stratégiques révision de la qualité du travail économique et sectoriel. L'étude de documents d'évaluation de projets Ces dernières années, la Région Afrique a tenté récents montre que les problèmes financiers, institu- d'encourager les discussions nationales et sous- tionnels et techniques n'ont pas été analysés de régionales sur les obstacles politiques empêchant le manière régulière ou suffisante. De plus, la plupart de développement de l'éducation de base. Des séminaires ces documents d'évaluation soulignent les faiblesses et des ateliers de formation, destinés au personnel des persistantes, au niveau national, en matière de pays emprunteurs et aux responsables de projet de la collecte de données sur l'éducation, d'analyse et Banque, ont été organisés par l'Initiative spéciale des d'évaluation des politiques menées et de la mise en Nations Unies pour l'Afrique (ISNUA), un programme oeuvre de programme. Pour parer à ces faiblesses, il se concentrant sur les 16 pays africains dont le taux faudra procéder à des analyses sectorielles mises en de scolarisation est le plus faible. L'UNESCO et la oeuvre au niveau national et la Banque devra instaurer Banque mondiale sont les deux chefs de file du volet un système de rapports officiels et officieux incluant éducation de l'ISNUA, lequel est mis en oeuvre en des observations de collègues -- ces observations collaboration avec l'UNESCO et le Fonds des Nations ayant pour objectif d'aider les responsables de projets Unies pour l'enfance (UNICEF), grâce au soutien du à contribuer à la mise à disposition de connaissances Fonds norvégien pour l'Éducation. Ce volet se concen- et d'expériences de pointe à propos du dialogue sur les trera sur les 16 pays dont moins de 60 pour cent de stratégies. Une petite équipe récemment mise sur pied leurs enfants fréquentent l'enseignement primaire. 66 LA RÉPONSE DE LA BANQUE MONDIALE : FAIRE PLUS ET FAIRE MIEUX La Région Afrique de la Banque mondiale con- L'impératif d'une meilleure performance du tinuera de soutenir ces échanges et d'encourager les portefeuille échanges régionaux et mondiaux entre pays en voie de développement. L'expérience et les connaissances Les taux de mise en oeuvre des projets d'éducation de acquises au niveau régional doivent être appliquées la Banque en Afrique ont toujours été inférieurs à ceux aux stratégies nationales et engendrer des mécan- des autres parties du monde. Alors qu'il existe peu ismes de coopération régionale et sous-régionale. d'évaluations valables de l'impact de tels projets, force Plusieurs partenariats régionaux ont exercé une est de constater l'existence d'un sentiment--voire de influence certaine ; il en va notamment ainsi du preuves-- selon lequel (lesquelles) les prêts de la Forum des Pédagogues africaines (FAWE) à propos Banque n'ont pas toujours été utilisés de manière des discussions stratégiques sur l'éducation fémi- aussi efficace qu'ils auraient pu l'être. Les évaluations nine, de l'ERNESA (Réseau de recherche en éducation des portefeuilles se sont nettement améliorées durant pour l'Afrique méridionale et orientale) et du l'exercice fiscal 2000, lorsque les projets à problèmes CODESRIA (Conseil pour le développement de la ont commencé à être surveillés de près, lorsque recherche économique et sociale en Afrique) en plusieurs d'entre eux ont été restructurés et que matière d'échange d'informations sur les questions d'autres ont été clôturés. Parmi les 41 projets d'éduca- de développement de l'éducation. De plus, certains tion actuels, seulement 3 ont reçu la mention insatis- enseignements peuvent être tirés dans des faisant ou très insatisfaisant en termes de mise en domaines clés, tels que le développement de la oeuvre de leurs objectifs ou de concrétisation des petite enfance, l'éducation des adultes, l'enseigne- objectifs de développement. ment dans les classes à niveaux multiples et la Cependant, selon le Groupe de contrôle de la gestion des écoles, à partir des expériences menées qualité de la Banque, pratiquement un tiers des en Amérique Latine, en Asie du Sud et dans d'autres projets d'éducation --en Afrique comportent des régions. Diverses visites d'études, organisées en risques majeurs soit le double de la moyenne de la collaboration avec l'Institut de la Banque mondiale, Banque pour les projets d'éducation-- en raison ont permis aux planificateurs et aux décideurs essentiellement des mauvaises conditions présentes africains de se familiariser avec de nouveaux systèmes dans les pays et susceptibles d'avoir des conséquences éducatifs tels que le système Escuela Nueva en néfastes sur la mise en pratique des projets. De plus, Colombie et la stratégie de développement de une étude des performances des projets d'éducation en l'éducation adoptée par la République de Corée. Afrique, effectuée de 1993 à 2000 par le Département La Région Afrique compte poursuivre ces efforts et, d'évaluation des opérations de la Banque, montre que le cas échéant, les intensifier. 61 projets ont généré des résultats satisfaisants La Banque a également activement soutenu les (la moyenne de satisfaction des projets d'éducation de la groupes de travail de l'ADEA dont l'objectif est de Banque étant de 69 pour cent) et que 22 aboutiront promouvoir le développement des compétences et probablement (contre une moyenne de 49 pour cent l'analyse. Toutes ces activités sont susceptibles pour les projets de la Banque). Toutefois, 10 pour cent d'accroître la base de connaissances locales permet- de ces projets seulement ont eu un impact important sur tant d'innover, de réaliser des réformes et de créer un le développement des institutions (contre une moyenne développement permettant de mettre au point des de 34 pour cent pour tous les projets de la Banque). solutions nationales--en s'appuyant sur les expéri- Ces résultats reflètent en partie des facteurs ences régionales et internationales--aux problèmes exogènes échappant au contrôle de la Banque, et plus nationaux. Toutefois, à moins que le personnel particulièrement des conflits armés généralisés dans national n'assimile complètement les résultats des la région. Il reste, toutefois, que la Banque pourrait activités analytiques et des échanges d'expériences faire beaucoup pour améliorer les performances des et les traduisent en action, il est peu probable qu'il projets. En 1998, une étude de la qualité des projets ne concrétise les avantages potentiels. Le défi con- à l'entrée, menée à l'échelle de toute la Banque, siste à s'assurer que ces activités augmentent la a montré que l'inclusion systématique d'une analyse capacité locale et engendrent un travail d'analyse qui institutionnelle et d'évaluations sociales dans le soit pertinent en matière de réforme de la politique travail de préparation pourrait améliorer sensiblement nationale et qui soit utilisé par les décideurs. la conception initiale des projets en Afrique. Il ne fait UNE CHANCE POUR APPRENDRE 67 pas de doute que ces constats généraux peuvent par- spécifiques concernant le développement et la mise faitement s'appliquer au portefeuille de l'éducation. en oeuvre des opérations de prêt ont été proposées Ces dernières années, la Région Afrique a pris des dans cinq domaines : le renforcement de la précision mesures ayant contribué au développement de l'éduca- stratégique des prêts, l'amélioration du processus de tion en Afrique de façon plus efficace et plus poussée. développement des prêts, la promotion des partenari- Les prêts sont de plus en plus spécialisés pour chaque ats, l'adéquation des stratégies de prêt aux conditions pays, l'évaluation du portefeuille s'est améliorée et la des pays et l'utilisation pratique des connaissance supervision ciblée a permis d'améliorer les résultats de approfondies de la question. En outre -- et c'est prob- mise en oeuvre des projets. Une augmentation du per- ablement la chose la plus importante -- la région sonnel, ainsi que pratiquement 10 années d'expérience devra améliorer les compétences techniques et les dans le domaine du soutien à l'investissement secto- connaissances du personnel afin d'accroître la qualité riel et aux programmes d'ajustement ont contribué à et l'ampleur du programme d'aide au développement l'élaboration de stratégies d'aide pour tout de l'éducation en Afrique. ce secteur. Plusieurs pays étudient la possibilité de mettre en place de telles stratégies dans le cadre d'un Renforcement de l'accent stratégique des développement global. La collaboration avec d'autres activités de prêt donateurs s'est renforcée et, de plus en plus fréquem- ment, les emprunteurs se chargent d'effectuer Un programme de prêt élargi devrait aider les pays à l'analyse sectorielle, ainsi que le développement, la mettre en place les réformes politiques nécessaires mise en oeuvre et le contrôle des projets. pour leur permettre d'atteindre les objectifs La Banque pourrait toutefois faire davantage pour stratégiques exposés au chapitre 3 : améliorer l'efficacité de son assistance. Tout d'abord, la · Un meilleur apprentissage, et pas seulement une Banque devrait contribuer au développement de l'édu- augmentation de l'accès à l'éducation et la con- cation en se servant de ses avantages comparatifs--sa crétisation des objectifs en matière d'inscription. large perspective macro-économique et en matière de · Fournir un accès équitable aux possibilités éduca- dépenses publiques, sa connaissance des réformes poli- tives, notamment pour les pauvres et les filles. tiques dans tout le secteur et ses capacités à identifier · Développer les compétences et renforcer les et à développer des liens avec d'autres secteurs et à institutions. avoir accès à de vastes connaissances et expériences · Atteindre la viabilité financière à long terme, afin internationales. Deuxièmement, elle devrait concevoir que des réformes fructueuses puissent être ses interventions dans le respect des objectifs globaux développées. de la Banque dans le secteur (Banque mondiale, Étant donné l'existence de plus de 40 emprunteurs 1999a), afin de mettre l'accent sur : potentiels en Afrique, les priorités en matière de prêts · Un accès équitable des groupes exclus --les régionaux ne seront ni simples, ni uniformes. La Banque pauvres, les populations rurales, les filles-- à de devrait donc être prête à répondre à toute une série de véritables opportunités d'apprentissage. situations de développement de l'éducation et devrait · La qualité du service, mesurée par les résultats déployer des stratégies différentes pour chaque pays. scolaires obtenus par les élèves. L'éducation primaire formelle restera cependant une · Un financement viable. priorité essentielle d'investissement de la Banque dans La Banque doit veiller à pouvoir répondre le domaine de l'éducation en Afrique. Le développement effectivement aux opportunités qui se présentent et à de l'éducation ne peut être réalisé sans disposer d'un répondre à l'engagement des pays désireux d'accélérer système éducatif de base de qualité ouvert à tous les le développement de leurs systèmes d'éducation en enfants en âge de fréquenter l'école primaire. leur offrant un portefeuille plus performant et plus Les 16 pays de l'ISNUA ne disposant pas de la diversifié. Si la Banque doit continuer à jouer son rôle capacité à scolariser plus de 60 % des enfants en âge clé de conseiller dans le domaine de la politique de fréquenter l'école primaire restent la préoccupation sectorielle, à améliorer les performances de son porte- principale de la Banque. Plusieurs de ces pays sortent feuille d'éducation et à renforcer son aide au d'une guerre civile et doivent reconstruire des systèmes développement de l'éducation, la Région Afrique doit ayant été entièrement anéantis. Ces pays doivent reformuler son mode de fonctionnement. Des actions souvent faire face à des pénuries criantes de ressources 68 LA RÉPONSE DE LA BANQUE MONDIALE : FAIRE PLUS ET FAIRE MIEUX Encadré 4.2 Partenariat pour un nouveau départ (FRESH) : concentrer les ressources pour une santé scolaire efficace Une santé et une nutrition appropriées sont essentielles · L'éducation sanitaire fondée sur les compétences à l'apprentissage. Des programmes efficaces de santé aborde le SIDA, une nutrition correcte et l'hygiène. scolaire contribuent à réduire les taux d'absentéisme et · Services de santé et de nutrition fondés sur l'école d'abandon et assurent l'inscription et la persévérance à proposant des interventions sûres, simples et courantes, l'école d'un plus grand nombre d'enfants parmi les plus telles que le traitement vermifuge et une nutrition démunis et les plus défavorisés. Ces enfants,-- dont appropriée. beaucoup sont des filles,-- déplorent généralement La Banque finance actuellement des projets en l'état sanitaire et nutritionnel le plus déficient et Guinée, au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire, mais un forment la catégorie susceptible de recueillir un bénéfice certain nombre d'autres pays d'Afrique subsaharienne maximal sur le plan éducatif d'une amélioration de leur élaborent des matières de santé scolaire qui seront santé. intégrées dans des projets en cours. Le programme Une initiative conjointe de l'UNESCO, de l'OMS, de offre une occasion sans précédent pour l'établissement l'UNICEF et de la Banque mondiale a identifié une série de nouveaux partenariats transcendant les secteurs et d'activités fondamentales, que les agences impliquées les frontières traditionnelles, à l'exemple du soutien recommandent d'ores et déjà individuellement, qui apporté par l'entreprise privée SmithKline Beecham. exploitent les meilleures pratiques observées dans les Dans l'ensemble, il apparaît que la collaboration entre programmes. les multiples agences concentre les ressources sur un · Programme scolaire et politiques efficaces sur les programme de santé scolaire efficace et imprime un sujets sanitaires tels que le tabac, la santé reproductive nouvel élan à l'amélioration de la qualité et de la et le virus VIH/le SIDA. justice de l'éducation. · Eau potable et hygiène dans toutes les écoles. et ont besoin d'une assistance financière de grande objectif, étant donné que les conséquences des taux de ampleur dans l'immédiate après-guerre. Les autres pays, redoublement élevés sont, d'une part, l'occupation des y compris de nombreux pays francophones d'Afrique places dans les écoles par des élèves redoublant alors occidentale, doivent toutefois complètement réformer qu'elles pourraient être attribuées à d'autres enfants et, leurs modes d'enseignement, revoir leurs priorités d'autre part, l'observation d'un taux d'abandon élevé. d'affectation des ressources et leurs systèmes de gestion Jusqu'à présent, les prêts de la Banque se sont toujours afin de jeter les bases de systèmes éducatifs qui con- concentrés sur la fourniture d'intrants dans le processus tribuent au développement économique et social d'éducation, ce qui s'avère manifestement insuffisant. durable. Plusieurs d'entre eux préparent déjà des pro- Désormais, la Banque accordera une attention prioritaire grammes de développement sectoriels ambitieux--avec, au processus d'apprentissage et à ses résultats. en tête de liste des priorités, le domaine de l'éducation. L'obtention d'un système d'éducation de base de Dans plusieurs autres pays-- y compris les pays qualité pour tous nécessitera plus que des réformes du ayant déjà la capacité à scolariser tous leurs enfants-- système d'éducation officiel et des investissements dans il est très important de continuer à aider l'éducation ce système. Cet objectif exigera également un soutien primaire afin de s'assurer que cette capacité est utilisée massif pour l'éducation de base par le biais d'investisse- de façon efficace et efficiente afin de permettre aux ments dans les programmes d'éducation des enfants en étudiants d'achever leur cycle de formation de base et bas âge, la santé scolaire (encadré 4.2) et l'alphabétisa- leurs études en disposant des connaissances et des tion des adultes. Dans ces trois domaines, la Banque et aptitudes spécifiées dans le programme scolaire. Il est ses emprunteurs devront tirer des enseignements des primordial de réduire le redoublement pour atteindre cet expériences internationales et des expériences menées au UNE CHANCE POUR APPRENDRE 69 sein des quelques programmes de la Banque actuellement et les habitants des campagnes. Dans les pays où le mis en oeuvre, tout en diversifiant la conception des taux brut de scolarisation primaire est bas et où les programmes et en expérimentant de nouvelles approches problèmes de financement et de qualité des écoles par le biais de prêts pour l'apprentissage et l'innovation. primaires sont importants, le soutien de la Banque Les systèmes gérés au niveau central ont typique- sera réalisé dans le contexte d'un cadre sectoriel en ment éprouvé de grandes difficultés à répondre aux matière de stratégie et de financement qui assure un différents besoins locaux et à gérer efficacement l'ex- progrès soutenu dans l'accès universel à l'éducation et pansion rapide du système. L'efficacité du soutien de la l'achèvement du cycle d'éducation primaire. Banque en matière d'accélération du développement de Alors qu'au cours de ces deux dernières décennies, l'éducation de base en Afrique subsaharienne dépendra le soutien de la Banque en matière de développement largement de la qualité de la conception des opérations éducatif n'a exclu a priori aucun sous-secteur, les activ- de prêt pour aider les gouvernements à mobiliser les ités de prêts et autres de la Région Afrique devront communautés en matière de développement de l'éduca- donner une priorité plus importante à l'éducation au- tion. Cela requérra le renforcement des organisations delà du cycle de base. En reconnaissant l'importance des communautaires -- tels les associations parents-- opportunités en matière d'apprentissage permanent et enseignants et les comités éducatifs de village -- la d'acquisition de compétences dans le chef des jeunes, la création de mécanismes de transfert des ressources et la Banque envisage de renforcer sa capacité à soutenir le mise en place de mécanismes de responsabilité vis-à-vis développement de l'enseignement secondaire -- de ces organisations, ainsi que le développement de et notamment l'enseignement des mathématiques, des relations de travail avec les pouvoirs publics locaux qui sciences et de la technologie. La Banque sera également seront sans cesse plus impliqués dans la fourniture de disposée à soutenir les systèmes de développement des services d'éducation et de formation. aptitudes pour répondre à la demande sur le marché du Dès lors, le soutien de la Banque en matière travail. L'éducation permanente, y compris l'éducation d'éducation de base couvrira plus encore toute la fondamentale pour adulte, est un nouveau domaine gamme des services d'éducation de base, tout en don- d'activités en matière de prêt. Le soutien de la Banque nant la priorité aux programmes qui : sera essentiellement orienté sur des programmes qui · Assurent des opportunités d'accès à une éducation ciblent les populations pauvres. Il reste cependant encore primaire de qualité égales pour tous les enfants beaucoup à apprendre sur les méthodes d'enseignement exclus -- les populations pauvres et rurales et les rentables -- y compris sur le rôle que pourrait jouer le filles. secteur privé et le potentiel des nouvelles technologies. · Adaptent certains modèles d'enseignement -- tels Dans le cadre du système d'éducation supérieure, un que les écoles à niveaux multiples, les accords en travail politique considérable a été effectué par la matière de flexibilité du personnel, l'enseignement Banque et par d'autres organisations, telles que le dans la langue locale, le choix des livres et du Groupe de travail pour l'enseignement supérieur de matériel pédagogique -- aux conditions locales l'ADEA. Dans la plupart des pays, les options en matière · Déconcentrent les responsabilités de gestion et de réformes politiques et de renforcement des institu- habilitent les organisations communautaires à tions sont assez claires. Le défi consiste cependant à agir en faveur de l'éducation de leurs enfants. prendre les difficiles décisions nécessaires à la revitali- Nous observons dans toute la région une demande sation des principales institutions supérieures et à pressante portant sur l'extension de l'accès aux développer la collaboration des parties intéressées programmes de l'enseignement primaire supérieur (en particulier des étudiants et de la faculté). La mise (parfois appelé secondaire inférieur) -- c'est-à-dire la en place des réformes a donc été lente et le portefeuille demande allant de la sixième à la troisième. et les prêts d'aide à l'éducation supérieure en Afrique de De nombreux pays considèrent que ce cycle fait partie la Banque demeurent assez limités. La Banque contin- du système d'éducation de base. L'expansion à ce uera à explorer différentes options de développement niveau sera particulièrement rapide lorsque le taux de l'éducation supérieure, y compris les programmes brut de scolarisation approchera les 100 pour cent de troisième cycle et la recherche scientifique. Il faut La Banque devra alors rentabiliser et améliorer ses s'attendre à ce que ce soutien se concentre sur les méthodes d'enseignement et d'apprentissage et réformes nécessaires à l'amélioration de l'enseignement assurer un accès à l'éducation équitable pour les filles et de la recherche, avec en particulier l'utilisation plus 70 LA RÉPONSE DE LA BANQUE MONDIALE : FAIRE PLUS ET FAIRE MIEUX efficace des nouvelles technologies d'éducation. Les changements récents dans la façon dont la Banque Il faudra appliquer ces réformes dans le contexte d'un effectue ses travaux sectoriels et opérationnels cadre viable financièrement à long terme pour renforcer encouragent la prise de davantage de responsabilités les institutions et favoriser une expansion sélective. par le client, la prise de contrôle des opérations par les La technologie de l'éducation, lorsqu'elle est emprunteurs, la prise de décisions au niveau national utilisée de manière judicieuse, peut élargir l'accès aux (plutôt qu'international) et le transfert et l'adaptation services éducatifs et en améliorer la qualité des connaissances. Ces nouvelles méthodes devront (cf. encadré 3.5). Le bilan des projets en matière de être creusées. Idéalement, toutes les tâches opéra- technologie de l'éducation a toutefois été décevant et tionnelles, à l'exclusion des évaluations, devraient être les prêts accordés par la Banque dans ce domaine ont effectuées par les spécialistes nationaux, le personnel été limités. De nombreux enseignements ont toutefois de la Banque n'étant présent que pour faire des recom- été tirés du potentiel de la technologie de l'éducation mandations et partager son expérience acquise au et des pièges inhérents à sa mise en oeuvre. Les niveau international. Il s'agit d'un revirement par nouvelles technologies informatiques interactives et rapport au mode de fonctionnement traditionnel de la Internet génèrent des opportunités prometteuses, Banque par le passé--les consultants internationaux mais toujours non vérifiées. La Banque garantira sa et le personnel étant principalement responsables des volonté à assister des pays dans le cadre de l'intro- analyses sectorielles, de la préparation et du contrôle duction de la technologie de l'éducation et des des projets, tout en ne collaborant avec le personnel systèmes d'apprentissage à distance (encadré 4.3). local que de manière erratique, quoique souvent limitée (cf. chapitre 3). Amélioration de l'élaboration d'un système Dans certains pays, la Banque a fait des progrès de prêt considérables dans ce sens, mais il lui faut intensifier Encadré 4.3 Augmentation du soutien aux technologies de l'éducation À de rares exceptions près, la technologie de l'éducation · Assurer que l'expérience de l'Université virtuelle n'a jamais occupé une position importante dans les prêts africaine, de WorldLinks et du Réseau mondial de de la Banque en faveur de l'éducation en Afrique sub- formation à distance soit communiquée aux pays et saharienne. Dès lors que les technologies traditionnelles aux dirigeants d'équipes de projets et soit dûment prise qui font usage du courrier postal, de la radio, de la télé- en considération dans l'organisation de nouvelles actions vision et des cassettes audio et vidéo et les nouvelles de prêts. technologies basées sur l'informatique et Internet peu- · Examiner les implications d'une introduction des vent contribuer à accélérer le développement de l'éduca- technologies de l'éducation dans la définition de straté- tion, la Banque doit adopter une nouvelle stratégie pour : gies de financement de l'éducation et de renforcement · Consolider le socle de connaissances en commandi- des capacités. tant une étude sur la base empirique d'une action · Effectuer un tournant décisif vers le soutien de l'in- stratégique. troduction à grande échelle de technologies rentables · Établir des relations de travail étroites avec éprouvées dans le cadre des prêts en faveur des organisations spécialisées telles que le Common- de l'éducation. wealth of Learning (Communauté de l'apprentissage) · Augmenter sensiblement l'assistance au travers et le Réseau africain de formation à distance (RESAFAD). de composantes de projets ou de prêts pour la formation · Renforcer les capacités internes par le recrutement de et l'innovation au profit d'expériences et d'innovations deux spécialistes de l'éducation afin d'assister les prometteuses qui exigent davantage d'essais et d'expéri- dirigeants d'équipes de projets dans la conception de mentations-- en particulier celles mettant à profit les composantes d'éducation à distance et de technologie de nouvelles technologies de la communication et de l'éducation dans le cadre de nouveaux prêts. l'informatique. UNE CHANCE POUR APPRENDRE 71 ses efforts pour s'assurer que les conditions idéales le processus menant aux objectifs essentiels dans le but deviennent la norme. La Région Afrique devra penser de favoriser l'appropriation domestique, ainsi que des aux conséquences dans le cadre de la gestion de tout solutions nationales viables. L'approche de l'ensemble un cycle de projet et adapter ses procédures opéra- du secteur fournit aussi les bases des programmes tionnelles et ses attentes en matière de rendement du d'investissement qui cherchent à accélérer le processus personnel au fait que le contrôle sur le développement vers des objectifs essentiels. du projet et son déroulement incomberont dans une Bien que l'expérience en matière de programmes large mesure à l'emprunteur. Plus important encore, le sectoriels d'investissements pour l'éducation reste personnel de la Banque devra trouver des moyens pour limitée (encadré 4.4.), ces programmes présagent très gérer la tension inhérente à la participation active dans clairement d'une réforme structurelle cohérente et la conception des opérations d'investissement propre à d'une aide extérieure plus efficace. Cependant, il ne l'emprunteur et la responsabilité fiduciaire résultant faut pas attendre des programmes à l'échelle de tout le des prêts de la Banque. La Banque devra clairement secteur qu'ils résolvent tous les problèmes qui ont faire part au personnel de ses attentes en matière de affecté les projets de développement de l'éducation, normes de qualité initiale, lesquelles devront être ni qu'ils puissent être applicables à tous les pays. convenues avec les clients. Ces changements exigeront : De plus, les approches à l'échelle de tout le secteur · Le développement des compétences dans le cadre ne devraient pas détourner l'attention de l'importance des programmes de développement de l'éducation permanente des expérimentations et des programmes mis en place sous l'égide des pays. pilotes dans le développement des cadres stratégiques. · Une meilleure utilisation des approches sectorielles. L'approche à l'échelle de tout le secteur nécessite · Une meilleure qualité initiale. généralement une planification plus importante au · Une plus grande flexibilité dans l'application des niveau national, ainsi qu'une meilleure capacité de procédures et des politiques de la Banque. mise en place. Considérant ces exigences, la Banque · Une présence accrue sur le terrain. accepte de concevoir des programmes d'assistance Le développement des compétences dans le cadre des financière flexibles afin d'aider les gouvernements à programmes de développement de l'éducation mis en faire progresser plus rapidement leurs programmes de place sous l'égide des pays. Les prêts de la Banque et réforme, même lorsque toutes les parties des plans de l'aide à la préparation des projets seront structurés afin financement n'ont pas été formellement convenues. de contribuer au renforcement des capacités nationales De plus, étant donné que les parties intéressées sont en matière d'analyses sectorielles, de préparation de plus nombreuses et qu'un consensus doit exister quant programmes d'investissements et de surveillance de leur aux différents problèmes politiques, il est nécessaire de mise en oeuvre. Des procédures et des calendriers disposer de plus de temps et de ressources pour devront être conçus afin que le personnel national préparer et développer les programmes. puisse effectuer un travail de qualité. La Banque pos- Étant donné les délais concernés, le succès des sède une gamme d'instruments-- prêts de formation et programmes sectoriels dépendra de l'approfondisse- d'innovation, prêts-programmes adaptables, subven- ment et du renforcement des partenariats à long terme tions pour le développement institutionnel, ainsi que de la Banque avec les gouvernements et les autres prêts d'investissements traditionnels-- permettant de donateurs. Les pays et les donateurs doivent tirer des favoriser le développement des compétences à mesure leçons de la première vague de programmes où les pays s'engagent dans des programmes d'in- d'investissements et faire preuve de souplesse dans la vestissements à grande échelle. conception et la mise en oeuvre de nouveaux Une meilleure utilisation des approches sectorielles. programmes. Étant donné que de nombreux pays L'aide de la Banque sera de plus en plus conçue dans le africains ne disposent pas d'institutions suffisamment contexte d'une approche du développement de l'éduca- solides pour simultanément concevoir et mettre en tion étendue à tout le secteur. Ce type d'approches à oeuvre tous les éléments de programmes d'investisse- l'échelle du secteur a été utilisé pour répondre à ments sectoriels souvent techniquement complexes et plusieurs objectifs. Avant tout, elles sont essentielle- politiquement sensibles, les investissements devront ment utilisées pour développer une large structure souvent être phasés par sous-secteur. Toutefois, même stratégique au sein de laquelle les donateurs et le dans ces cas, une analyse financière de l'ensemble du gouvernement oeuvrent en partenariat afin d'accélérer secteur sera absolument nécessaire. Dans d'autres cas, 72 LA RÉPONSE DE LA BANQUE MONDIALE : FAIRE PLUS ET FAIRE MIEUX Encadré 4.4 Approches sectorielles Une étude récente (Johanson 2000) passe en revue semestriels. Pendant la mise en oeuvre, les problèmes l'expérience encore modeste de la Banque sur les représentent davantage la règle que l'exception. approches sectorielles dans la région africaine afin Parmi lesrecommandations de bonnes pratiques figurent d'identifier les atouts, les lacunes et les bonnes pratiques. les suivantes : Les atouts des approches sectorielles ont été · Uniquement adopter une approche sectorielle observés dans différentes régions. Tous les cas recensés lorsque le pays a témoigné d'une réelle volonté de ont élaboré des plans et des stratégies détaillés, et collaboration et d'un niveau minimal de capacités de dans certains pays, les capacités de planification mise en oeuvre. décentralisée ont été renforcées. Les liens ont été · Instaurer d'emblée une collaboration dirigée par resserrés entre les politiques, l'attribution de fonds et le gouvernement sur la base d'une compréhension les performances. Les consultations des intervenants claire des droits et des devoirs de chaque partenaire, ont été intensifiées et des cadres instaurés pour la d'une confiance mutuelle et d'un délai suffisant pour coordination des donateurs. Les donateurs ont adopté examiner les politiques et discuter les accords. des procédures communes, notamment pour les · Créer un cadre politique global aux fins de missions conjointes, la supervision et l'analyse des l'analyse étant entendu que l'analyse politique sera progrès, ce qui a allégé le fardeau de l'administration permanente et qu'un investissement initial peut être humanitaire pour les gouvernements. Certains pro- limité à un sous-secteur particulier. grammes ont entamé une évolution vers un soutien · Définir des paramètres financiers, si possible budgétaire par la mise en commun des ressources fondés sur des examens des dépenses publiques, afin extérieures et leur affectation à travers les budgets d'assurer une répartition judicieuse des ressources nationaux. Les ressources octroyées aux divers secteurs à l'intérieur du secteur dans la perspective univoque à se sont accrues. long terme d'une mise en commun du financement. Les lacunes étaient, entre autres, l'absence occa- · Développer des systèmes de gestion et des capacités sionnelle d'analyse sectorielle rigoureuse, l'absence sur la base d'analyses explicites des institutions et des fréquente d'analyse systématique des capacités des capacités, en incluant des systèmes de supervision et institutions et de mise en oeuvre et la conception d'évaluation, ainsi que des modalités de gestion finan- inadéquate des indicateurs de suivi. D'autres problèmes cière, des procédures uniformes pour l'analyse et la provenaient de la collecte déficiente de données et présentation de rapports en commun, la planification de la déception à l'égard des résultats des examens des frais divers et l'analyse des risques. il sera nécessaire de mettre en oeuvre d'autres Une meilleure qualité initiale. La conception approches, telles que les programmes d'investisse- initiale des opérations de prêt, que la Banque appelle ments sous-sectoriels à plus long terme. une qualité de départ, est un élément essentiel pour En outre, les stratégies d'assistance financière obtenir des résultats concrets à partir d'analyses devront reconnaître que la mise en place et l'institu- sectorielles. Des normes de qualité claires doivent tionnalisation d'une réforme d'un secteur entier, ainsi être instaurées et le personnel doit savoir que les que le développement de programmes, prennent documents d'évaluation du projet doivent en tenir beaucoup de temps (souvent 10 ans ou plus). Des compte. Les normes de qualité minimales compren- prêts-programmes adaptables fournissent un cadre nent une stratégie crédible d'amélioration de la qual- pour le soutien des programmes d'investissements ité, un cadre financier doté de paramètres sectoriels à long terme. Nous nous attendons à contrôlables, un plan de renforcement de l'organisa- ce qu'une quote-part croissante du soutien aux tion et de développement des capacités approuvé par programmes d'investissements dans l'éducation en tous et ayant des repères contrôlables, une évaluation Afrique émane de ce type de prêts. sociale de chaque projet se concentrant sur les UNE CHANCE POUR APPRENDRE 73 besoins et les obstacles rencontrés par les groupes et à des réexamens à la mi-période du mandat. socialement désavantagés et un plan de mise en De plus, les responsables devraient admettre qu'une pratique du projet. fois le prêt approuvé, la nécessité des conseils et du Afin d'aider le personnel à atteindre ces objectifs, soutien de leurs confrères ne prend pas immédiate- la Région Afrique : ment fin. Plusieurs bureaux régionaux de la Banque · Renforcera les procédures de révision par ses ont eu des expériences positives dans l'établissement spécialistes. de groupes d'examen et de conseil chargés d'assister · Fournira davantage de conseils techniques aux les responsables de projet dans l'examen des projets en directeurs nationaux et aux responsables secto- péril ou à problèmes. La Région Afrique va elle aussi riels, en faisant réviser tous les travaux sectoriels essayer cette approche. et économiques, les documents concepts des Flexibilité d'application des procédures et des projets et les documents d'évaluation des projets règlements de la Banque. L'application des procédures par le responsable du secteur de l'éducation et par et des politiques opérationnelles de la Banque doit les autres dirigeants. être flexible afin de soutenir des programmes · Etablira des mécanismes pour fournir systéma- accélérés de développement de l'éducation. Cela tiquement des conseils et de l'accompagnement comprend les procédures et les politiques destinées au personnel inexpérimenté. aux coûts de fonctionnement différentiels (y compris La Banque s'efforcera d'impliquer les spécialistes les salaires des enseignants), la construction de salles expérimentés du secteur de l'éducation des autres de classe, les achats et la comptabilité (lorsque les Régions lors de la révisions des documents. Dans le responsabilités de mise en place et des dépenses sont cas de programmes visant à résoudre des problèmes complètement décentralisées), l'aide budgétaire particulièrement importants-- tels que les stratégies accordée dans le cadre de programmes d'investisse- universelles relatives à l'éducation primaire, le ments sectoriels qui impliquent plusieurs donateurs et renouvellement de la formation professionnelle, un les prêts aux programmes régionaux. meilleur enseignement -- des mathématiques et des Les prêts de la Banque mondiale pour le sciences dans le secondaire, des groupes consultatifs développement de l'éducation dans la Région Afrique spéciaux composés d'employés d'autres Régions et sont limités au financement des coûts d'investisse- n'appartenant pas à la Banque seront créés afin ments. Dans quelques cas exceptionnels seulement, les d'aider les équipes de projet. Le cas échéant, on prêts ont servi à financer les augmentations de demandera au Groupe de vérification de la qualité salaires des enseignants et les charges récurrentes. d'effectuer des révisions volontaires. Afin de pouvoir En réalité, la distinction entre dépenses d'investisse- tenir compte des commentaires des différents pairs, ment et dépenses d'éducation récurrentes est souvent les calendriers des projets seront établis afin de arbitraire, alors que la prise en charge des dépenses laisser suffisamment de temps entre la préparation récurrentes comme les rémunérations des enseignants des documents de conception du projet et la prépara- pourrait être la contribution la plus efficace au capital tion du document d'évaluation du projet. humain d'un pays (Colclough et Lewin 1993). En outre, Sans une mise en pratique efficace du projet, les dans un système en rapide croissance, de tels coûts efforts de contrôle de la qualité du projet effectués peuvent être importants et leur sous-financement lors de son élaboration ne serviront à rien. Lorsque les pourrait saper l'efficacité des interventions des dona- problèmes sont compris et leurs solutions connues, la teurs dans d'autres pans du secteur éducatif. plupart des problèmes de mise en oeuvre devraient être Dans le cadre des programmes d'investissements pris en compte avant l'approbation du prêt. pour tout le secteur, où toutes les ressources Cependant, dans le cas de projets soutenant des extérieures sont canalisées par le budget gouverne- investissements ou des stratégies dont on ne connaît mental et sont donc fongibles, les réticences de la pas grand chose, ou lorsque l'environnement politique Banque quant au financement des coûts de fonction- et économique est incertain, les conceptions de projet nement ne sont pas justifiées, pour autant que des devront être flexibles. Elles devront inclure des mécan- accords financiers clairs concernant le cadre financer et ismes permettant leur ajustement en tenant compte la politique de rémunération et de mutation des des enseignements tirés durant la mise en place du enseignants aient été conclus. Lorsque les programmes projet, grâce à l'élaboration de plans d'actions annuels incluent de tels accords, la Région Afrique sera disposée 74 LA RÉPONSE DE LA BANQUE MONDIALE : FAIRE PLUS ET FAIRE MIEUX à financer le paiement des salaires des enseignants et de la Banque. Souvent, des dispositions spéciales de les autres dépenses ordinaires récurrentes dans le compromis doivent être négociées par toutes les parties, respect de la politique établie par la Banque. y compris la Banque. L'accroissement de la flexibilité De plus en plus souvent, les responsables implique la nécessité pour les parties de se mettre gouvernementaux des échelons intermédiaires, les d'accord sur un guide des procédures en matière écoles et les comités de gestion des écoles sont d'achat, de gestion financière, de comptabilité et de chargés de mettre en place les éléments essentiels des vérification des comptes. De plus, les responsables programmes de développement de l'éducation, assortis financiers des bureaux d'éducation de district, les fréquemment d'un transfert de pouvoir en matière directeurs d'écoles et les trésoriers des comités de d'allocation des ressources. Il faut du reste s'attendre gestion scolaire doivent être formés dans le domaine à ce que ces groupes soient responsables de la con- des achats et de la comptabilité de base. struction de classes, de l'entretien des infrastructures, Un obstacle rencontré jusqu'à présent par les de l'achat des meubles et des fournitures scolaires. activités de prêt de la Banque a été la difficulté de Ce changement a des conséquences importantes soutenir les programmes régionaux ou sous-régionaux. dans le domaine des achats, de la gestion financière, de De tels programmes disposent toutefois d'un potentiel la comptabilité et de la vérification des états financiers. considérable dans une région fragmentée dans laquelle L'approche traditionnel de la Banque pour la construc- la coopération sous-régionale peut souvent générer des tion des infrastructures -- sous le contrôle des départe- avantages substantiels par le biais de la mise en ments ou des ministères nationaux et moyennant commun des connaissances et des aptitudes, de la mise l'attribution des contrats sur la base de soumissions par en oeuvre d'économies d'échelle et de la réduction du concurrence domestique -- n'est pas adaptée à la con- coût unitaire. Les avantages potentiels des struction de dizaines de milliers de bâtiments de deux à programmes régionaux sont notamment intéressants trois classes nécessaires à l'éducation des enfants en dans l'éducation supérieure--notamment aux niveaux milieu rural. L'expérience acquise en Asie du Sud montre universitaire et post-universitaire, dans le développe- que si la construction est effectuée par la communauté, ment des programmes de cours avec un contenu limité de nombreuses écoles de petite taille peuvent être spécifique aux pays et dans le cadre de l'utilisation de construites à peu de frais -- pour autant qu'un soutien technologie éducative pour soutenir l'éducation des technique adéquat soit fourni (DPEP 1999). mathématiques, des sciences et de la technologie dans De même, les procédures d'achat doivent tenir les écoles secondaires et les programmes universitaires compte du fait que les besoins locaux en produits et en pour étudiants de licence. Des efforts sont actuelle- services se modifient avec le temps, quant à la quantité ment en cours afin de mettre au point de nouveaux et au type de produits. Les achats en grandes quantités instruments et procédures de prêt destinés spécifique- sont donc souvent peu pratiques et peu cohérent avec ment à vaincre les obstacles rencontrés dans le cadre les formes communautaires ou autres de gestion décen- des prêts pour les programmes régionaux. tralisée des ressources, et un approvisionnement local Une présence accrue sur le terrain. Les modifica- est dès lors préférable. Des conventions en matière de tions apportées par la Banque quant à sa façon procédures d'achat à crédit doivent être formulées afin d'effectuer ses travaux d'exécution nécessiteront la que la plupart des constructions en milieu rural soient mise à disposition de calendriers et de ressources effectuées par la communauté et que l'approvisionne- adéquates afin de s'assurer que : ment local soit reconnu comme étant la façon la plus · Les équipes nationales bénéficient d'un soutien rentable de se procurer des petites quantités de technique de première qualité. matériaux de construction et de fournitures scolaires. · Les clients aient assez de temps pour étudier Les procédures de comptabilité et de vérification des les analyses et les propositions de projets afin comptes doivent être conçues de telle sorte qu'elles de s'assurer que des interventions techniques permettent un contrôle financier efficace des dépenses sont viables. par un grand nombre d'agents d'exécution dispersés. · Les progrès de mise en oeuvre et l'utilisation des Les accords d'approvisionnement et de gestion ressources soient effectivement contrôlés. financière dans les programmes d'investissements sec- Les équipes basées à Washington D.C., qui ne toriels impliquant plusieurs donateurs ne s'harmonisent viennent dans le pays que deux ou trois fois par an souvent pas aisément avec les directives traditionnelles pendant deux semaines de pourparlers, et qui ne UNE CHANCE POUR APPRENDRE 75 visent que la conclusion d'un accord, éprouveront des s'est limité à celui de « prêteur en dernier recours », difficultés à poursuivre l'aide et le dialogue nécessités particulièrement dans le cadre des programmes par de tels efforts et qui sont des éléments essentiels d'investissements sectoriels. Bien qu'il soit approprié pour élaborer des procédures économiques coopéra- en termes purement financiers, ce rôle a occasionnelle- tives. La plupart de ce travail ne peut être effectué que ment été mal interprété et a entraîné une distribution par les techniciens locaux et internationaux spécialisés disproportionnée des fonds de la Banque pour financer travaillant dans les représentations résidentes de la des travaux civils. Cette situation a réduit la capacité de Banque. Un tel besoin représente un défi important la Banque à soutenir la conception et la mise en oeuvre que doit relever l'Afrique, où la plupart des pays sont de réformes politiques et institutionnelles essentielles. de petites dimensions et où les opérations sont De plus en plus, la Banque cherchera à jouer le rôle de souvent influencées par l'instabilité économique et catalyseur de l'innovation et des réformes en politique. La stratégie de test consistera à placer des contribuant par ses connaissances à la conception de spécialistes de haut rang en matière d'éducation dans programmes d'investissements sectoriels, dans le cadre les représentations résidentes des principaux emprun- de systèmes de cofinancement lorsque cela s'avérera teurs du secteur de l'éducation, ainsi que des profes- possible, et, à défaut, en ciblant ses ressources finan- sionnels de l'éducation recrutés localement dans la cières sur les éléments essentiels du programme. représentation résidente de chaque pays où la Banque Les sociétés africaines devenant de plus en plus dispose d'un programme d'éducation d'envergure ou en ouvertes et démocratiques, la mise en oeuvre de parte- prépare un. Ces spécialistes recrutés au niveau inter- nariats plus étroits entre les gouvernements et les national seraient responsables d'un groupe de pays et donateurs ainsi que l'engagement de la société civile aideraient le personnel recruté localement dans les -- y compris les ONG, les syndicats et les organisa- représentations résidentes de ce groupe. tions étudiantes -- dans le débat ouvert sur les politiques d'éducation et les stratégies de développe- La promotion des partenariats ment gagneront en importance. La Banque et ses emprunteurs doivent engager un dialogue permanent Le défi énorme posé par le développement de l'éduca- avec ces parties intéressées et développer de nou- tion en Afrique ne peut être relevé que si les dona- veaux modes de collaboration et de partenariat teurs et les gouvernements collaborent afin d'atteindre adaptés à la capacité et aux besoins des organisations leurs objectifs communs. Au niveau régional, les dona- de la société civile. Le renforcement des institutions teurs et les gouvernements peuvent collaborer par le de la société civile au cours des années 1990 a beau- biais de plusieurs organisations -- l'ADEA, l'UNESCO, coup facilité ce processus, lequel doit être soutenu par l'UNICEF, la CONFEMEN, l'Organisation de l'Unité un financement extérieur. La Banque a débuté ce africaine et les ONG internationales. Cependant, au processus de dialogue et de coopération grâce au niveau des pays, il reste encore beaucoup à faire pour soutien du Fond norvégien pour l'éducation, mais elle promouvoir la collaboration et le partenariat. Dans les doit encore intensifier ses efforts. programmes financés par plusieurs donateurs, les gouvernements devront se charger de la coordination Adéquation des stratégies de prêt aux entre les donateurs et collaborer avec les donateurs et conditions du pays les intervenants domestiques afin de définir des règles. Les donateurs et les gouvernements doivent Afin d'améliorer la performance de son portefeuille et échanger des informations et aborder franchement les d'obtenir de meilleurs résultats, la Banque doit être résultats analytiques. Lorsque cela s'avérera faisable et plus sélective à propos des pays cibles, du soutien et souhaitable, la Banque sera disposée à collaborer des conditions. Des conditions domestiques différentes étroitement avec les gouvernements et les autres exigent des stratégies d'assistance différentes (encadré donateurs. Avec le temps, une telle collaboration 4.5). Les conditions préalables à des investissements devrait devenir un partenariat effectif, reposant sur à grande échelle réalisés par la Banque dans le secteur des objectifs communs et une volonté de partager les de l'éducation sont l'existence de politiques fiscale risques et les récompenses avec les partenaires. et macroéconomique saines, un engagement avéré Dans un certain nombre de cas dans lesquels de bonne gestion des affaires publiques, un cadre de la Banque a collaboré avec des partenaires, son rôle politique sectorielle clairement spécifié et une volonté 76 LA RÉPONSE DE LA BANQUE MONDIALE : FAIRE PLUS ET FAIRE MIEUX Encadré 4.5 Aide accordée par la Banque selon les différentes conditions du pays Conditions préalables à Environnement l'accord d'une aide financière Outils Cas 1 : Une politique Convocation des financiers Programmes de développement économique saine, une bonne externes, transfert des sectoriels, aides financières et gestion des affaires publiques, ressources, suivi de la mise en prêt-programmes compatibles un encadrement politique sec- oeuvre, conseils et directives toriel bien conçu, une capacité basés sur l'expérience acquise au d'absorption adéquate niveau international Cas 2 : Une politique La première étape d'un Prêts-programmes compatibles économique saine, une bonne financement à grande échelle dotés d'importants déclencheurs gestion des affaires publiques, est d'aider à augmenter la institutionnels pour la phase 2, un encadrement politique sec- capacité, une collaboration des investissements spécifiques toriel bien conçu, une capacité à long terme, soutenir les visant à augmenter la capacité, d'absorption limitée services rendus par les des subventions pour le communautés, des organisa- développement des institutions teurs privés et des ONG Cas 3 : Une politique Un transfert des connaissances Services non financiers tels que économique saine, une bonne et des idées, un soutien du travail des travaux sectoriels, des ateliers gestion des affaires publiques, d'analyse et des expériences et des visites d'études, aide finan- un encadrement politique sec- politiques, une augmentation de cière provenant de prêts destinés toriel inadéquat, une capacité la capacité et une amélioration à l'apprentissage et à l'innovation d'absorption limitée des services rendus par les com- ou d'investissements spécifiques munautés, les organisateurs permettant de financer des expéri- privés et les ONG ences politiques à grande échelle et d'augmenter les capacités Cas 4 : Une politique Soutenir les réformateurs ayant Petits prêts pour des investisse- économique malsaine, une une vision à long terme, les aider ments spécifiques, prêts destinés mauvaise gestion des affaires à acquérir les connaissances dont à l'apprentissage et à l'innovation publiques, un encadrement ils ont besoin pour un développe- politique sectoriel non défini, ment efficace, faire participer les une capacité d'absorption limitée citoyens dans le processus Cas 5 : Situations d'après-guerre Aider à reconstruire, augmenter Subventions, prêts d'investisse- la capacité, développer et mettre ments spécifiques, prêts destinés en place des politiques à long à l'apprentissage et à l'innovation terme, collaborer avec les organismes de secours d'urgence UNE CHANCE POUR APPRENDRE 77 et une capacité à mettre en oeuvre des décisions condition nécessaire du développement de l'éducation politiques souvent difficiles à prendre, associées à des durable. Même avec un cadre stratégique sectoriel réformes des finances et de l'éducation. bien défini et des compétences de mise en oeuvre, Dans les pays où ces conditions sont réunies, il se pourrait qu'un pays présente des conditions la Banque est prête à accorder un soutien budgétaire macro-économiques tellement mauvaises qu'un en application d'accords de cofinancement ou en financement important de son système d'éducation collaboration étroite avec l'assistance fournie par soit susceptible d'être voué à l'échec. Bien que la d'autres financiers externes et les ONG. Dans de Banque ait malgré tout des opportunités d'accorder nombreux cas, la Banque pourra contribuer aux une aide, la priorité dans de telles conditions devrait grandes stratégies de développement sectoriel à long être d'échanger des connaissances et des idées au lieu terme grâce à des prêts-programmes compatibles. de financer de grands projets. La Banque pourrait De tels prêts fournissent un cadre dans lequel des éventuellement collaborer avec d'hypothétiques opérations de prêts reposant sur des jalons clairement réformateurs et poser les jalons pour soutenir un définis et sur des périodes allant jusqu'à 10 ans rapide progrès dès que les conditions macro- peuvent être effectuées. économiques se seraient améliorées. Dans de nombreux Peu de pays africains réunissent toutes les condi- cas, les ONG et les communautés seront les partenaires tions nécessaires à l'obtention d'une aide financière à essentiels d'une telle entreprise. grande échelle pour le développement de leur système Dans les pays sortant d'une période de guerre ou éducatif. Plusieurs pays ont amélioré leur gestion de troubles civils, l'investissement dans l'éducation macro-économique ainsi que la conduite de leurs jouera un rôle vital dans les efforts de transition vers affaires publiques, mais le cadre des réformes la paix. À court terme, les pays sortant de conflits politiques en matière d'éducation doit souvent encore ont souvent besoin de réponses rapides pour aider à être défini. Plus souvent encore, ces pays ne disposent redémarrer les services éducatifs. Les interventions pas de la capacité suffisante pour pouvoir effectuer les d'urgence mises en oeuvre en collaboration avec réformes nécessaires et utiliser à bon escient une aide toute une série d'acteurs, au rang desquels nous externe importante. pouvons citer le gouvernement, les agences des Lorsque les cadres stratégiques sectoriels ont Nations unies, les ONG et les communautés, seront été clairement définis, mais que les institutions ne nécessaires afin de remettre en état les infrastruc- sont pas assez solides et que la capacité de mise en tures et de fournir des secours d'urgence. En même oeuvre est limitée, il est tout de même possible de temps, de telles opérations devraient soutenir la soutenir un programme d'investissements sectoriels reprise à long terme du fonctionnement normal du ou un programme sous-sectoriel à long terme secteur de l'éducation, en reconnaissant de la sorte soutenu par un prêt-programme adaptable, pour le continuum entre l'assistance et le développement. autant qu'un programme de développement institu- La Banque doit travailler de manière plus tionnel soit clairement approuvé et mis en oeuvre délibérée pour aider à la prévention des conflits et dès le début. Les jalons de développement institu- pour aider les pays sortant des conflits. Prendre les tionnels déclencheraient alors une aide financière à questions d'équité à bras-le-corps--notamment en grande échelle. matière d'éducation--constitue souvent une impor- Lorsque la direction des réformes politiques n'est tante mesure préventive, considérant le rôle des pas bien définie ou semble ne pas être viable, il y a inégalités dans la mise en place des conflits violents. lieu de procéder au transfert de connaissances et Lorsque la Banque est contrainte de se retirer d'un d'expériences en plus du développement des compé- pays, elle pourrait être en mesure de protéger certains tences. L'absence d'un cadre stratégique clairement aspects de son portefeuille d'éducation par le biais défini empêchera toutefois la conception d'un prêt- d'une collaboration plus active avec les agences programme compatible. Au lieu de cela, un prêt humanitaires et les ONG. La Région Afrique prépare destiné à l'apprentissage et à l'innovation, ou un prêt une étude passant en revue les problèmes et les d'investissement plus traditionnel, sera le meilleur stratégies d'aide aux pays en situation conflictuelle moyen de contribuer à l'innovation et au développe- et post-conflictuelle dans les secteurs sociaux, y ment de la politique. compris l'éducation. Des politiques économiques saines sont une L'aide au développement de l'éducation -- 78 LA RÉPONSE DE LA BANQUE MONDIALE : FAIRE PLUS ET FAIRE MIEUX exprimée en dépenses publiques et en possibilités de contribuer à créer les nécessaires cadres de dépenses prêts -- devrait être explicitement abordée dans les publiques à moyen terme et à long terme et à stratégies d'aide aux pays, préparées par la Banque en mobiliser les ressources externes. collaboration avec les autorités du pays. Dans de nombreux pays, l'éducation devrait être un des Mise en pratique des connaissances poussées éléments clefs du dialogue sur la politique macro- économique. Cela n'a pas toujours été le cas. Beaucoup d'enseignements ont été tirés des éléments Des objectifs fiscaux ont souvent été fixés--notam- fonctionnant correctement dans le cadre du développe- ment dans le cadre de programmes d'ajustement-- ment de l'éducation (cf. chapitre 3). Les connaissances sans véritablement prendre en compte le besoin de relatives aux éléments essentiels d'un enseignement protéger les investissements sociaux prioritaires. efficace, aux modes organisationnels nécessaires à la De plus en plus fréquemment, il est admis que les fourniture d'un enseignement de qualité et aux straté- décisions en matière de distribution des ressources gies permettant un accès à l'éducation équitable sont publiques et de ciblage des ressources de la Banque désormais importantes. Cependant, dans de nombreux ne peuvent toutefois pas être uniquement arrêtées au cas, les stratégies de programme et les composants des niveau sectoriel et que ces choix sont les éléments projets ne reflètent pas les connaissances techniques clefs des décisions d'attribution des ressources les plus récentes. Les problèmes principaux devant être nationales et des stratégies d'aide aux pays. résolus -- mauvaise qualité, accès à l'éducation insuff- Le Cadre de développement complet de la Banque isant et injuste, faiblesse des institutions et ressources fournit un puissant outil analytique pour aborder de inadéquates et mal utilisées -- sont connus et sont concert ces importantes questions sociales et soulignés dans la plupart des documents de conception économiques, dans le contexte de partenariats placés et d'évaluation des projets. sous l'égide de pays. L'introduction de Documents Ces diagnostics ne reposent toutefois pas fréquem- nationaux de Stratégie de réduction de la pauvreté, ment sur une analyse sectorielle complète prenant en qui permettront aux pays de fixer des objectifs en compte les questions économiques, financières, éduca- matière de réduction de la pauvreté en tant que tives et institutionnelles. Ils ne sont du reste pas sou- fondement pour la collaboration avec la Banque, est vent traduits en interventions opérationnelles. Les un pas important dans la direction de la mise en programmes d'investissements sectoriels devraient oeuvre de cette approche sur le terrain. De même, le habituellement reposer sur une étude des dépenses remplacement de la Facilité améliorée d'ajustement publiques avant de pouvoir aborder la question des structurel du Fonds Monétaire International par la dépenses du secteur social et de la viabilité fiscale. En nouvelle Facilité de Réduction de la pauvreté et de outre, la possibilité de répondre aux objectifs d'équité Croissance permettra de créer des stratégies de et d'efficacité nécessite une analyse plus détaillée des développement de l'éducation cohérentes par rapport variations aux niveaux sous-national et de l'école. De aux réformes macro-économiques à plus grande plus, la Banque ne peut pas espérer jouer un rôle de échelle et soutenues par ces réformes. partenaire crédible, encore moins de leader des pro- Dans les pays où l'absence de stratégie de grammes d'aide externe, si elle ne peut fournir les con- développement de l'éducation crédible met en péril naissances techniques de première qualité que ses toutes les perspectives de développement, le clients exigent et doivent obtenir. développement de l'éducation devrait être l'élément Néanmoins, plusieurs questions exigent un travail principal du dialogue politique macro-économique, plus analytique et un examen des enseignements particulièrement dans le contexte des problèmes de antérieurs. Ces activités comprennent l'utilisation de la concurrence et de réduction de la pauvreté. Dans ces technologie de l'éducation et des approches secto- pays, la Banque ne pourra pas accorder de prêts pour rielles (cf. encadrés 4.3 et 4.4), le soutien de la le développement de l'éducation, mais elle devra Banque dans les situations d'après-conflit, le considérer ce dernier élément comme un facteur développement des compétences (cf. encadré 4.6), prépondérant lors de la détermination de l'aide totale l'enseignement secondaire et les stratégies de de la Banque. Réciproquement, lorsqu'un programme développement institutionnel et d'amélioration de la d'éducation efficient et efficace est intégré dans le qualité. Les examens des questions relatives à la tech- développement macro-économique, la Banque peut nologie de l'éducation, à l'amélioration de la qualité et UNE CHANCE POUR APPRENDRE 79 Encadré 4.6 Construire une base de connaissances en vue du développement des compétences Les prêts de la Banque en faveur de l'éducation et de Afrique ou dans d'autres régions du monde n'ont pas été la formation ont soutenu le développement des compé- actualisées. La Banque a observé peu de signes attestant tences au niveau post-élémentaire par le biais de sujets de l'efficacité des innovations introduites dans les « concrets » dans les programmes du secondaire, les années 1990 telles que la consolidation des autorités de écoles secondaires techniques spécialisées et les insti- formation, la création de systèmes d'information sur le tuts de formation professionnelle. Les performances de marché du travail, le soutien aux prestataires de forma- ce portefeuille de formation technique et profession- tion privés, l'utilisation de bons et de fonds de formation nelle ont été décevantes. Une étude menée par la et l'aide à la formation dans le secteur informel. Banque en 1990 a préconisé une justification plus La Banque prévoit un examen régional de la solide du financement public et la preuve de la formation technique et professionnelle en 2000- demande pour les compétences concernées sur le 2001 afin d'évaluer les performances de son porte- marché du travail. feuille, d'analyser les différentes situations En réaction notamment à ce travail politique, les nationales, de repérer et de résoudre les problèmes investissements consentis par la Banque en Afrique sectoriels et de recueillir des expériences interna- subsaharienne pour la formation technique et profes- tionales et régionales afin de construire une base sionnelle-- autrefois la clef de voûte du portefeuille de connaissances solide en vue du dialogue avec les éducatif,-- se sont érodés dans les années 1990 à clients. Le DFID, l'OIT et l'UNESCO ont manifesté leur moins de 6 % des prêts en faveur de l'éducation et de intérêt pour une collaboration à cet examen. la formation. Les clients sollicitent toutefois davantage Les questions clés seront celles-ci : Quelles sont les d'aide financière et autre pour la formation technique et meilleures pratiques indiquées par l'expérience récente professionnelle, en raison notamment de l'illusion selon en Afrique et ailleurs dans diverses circonstances ? laquelle la formation pourra éradiquer le chômage des Quels conseils la Banque doit-elle donner pour jeunes. Cette demande croissante s'explique également soutenir la définition de stratégies nationales de par les inquiétudes quant au faible niveau de produc- formation technique et professionnelle ? Les ques- tivité, les pénuries de main-d'oeuvre (exacerbées par la tions spécifiques porteront notamment sur l'influ- crise du SIDA) et le désir accru d'une éducation et d'une ence des politiques de l'emploi sur les besoins de formation complémentaire chez les diplômés de l'éduca- formation, l'efficacité des interventions du côté de tion élémentaire. Eu égard au manque d'analyse et de l'offre, les implications de différents choix de consensus dans ces domaines, la Banque a éprouvé programmes pour l'éducation officielle, les résultats certaines difficultés à restaurer son portefeuille de des réformes dans l'organisation des formations, formation technique et professionnelle. le rôle des marchés de la formation privée et de la Le socle de connaissances de la région africaine sur formation en entreprise, l'efficacité de la formation la formation technique et professionnelle n'est guère pour le secteur informel et l'esprit d'entreprise, et brillant. Les informations sur les expériences récentes les leçons observées lors de l'emploi de différents dans la formation technique et professionnelle en mécanismes de financement. au soutien dans les situations d'après-conflit devraient en développement, avec l'institut de la Banque mon- commencer ; les activités relatives à l'enseignement diale et avec l'Équipe d'éducation du réseau de secondaire sont quant à elles prévues pour l'exercice développement humain afin de veiller à ce que des fiscal 2002. Un programme de travail en matière de connaissances spécifiques à l'Afrique soient développement institutionnel et de développement des engrangées et diffusées. Les activités relatives à aptitudes compétences est en cours de préparation. la conception de programmes pour les enfants en Au sein de la Banque, la Région Afrique doit bas âge, aux stratégies permettant d'améliorer collaborer avec la Vice-présidence Economie des pays les méthodes d'enseignement et d'acquisition des 80 LA RÉPONSE DE LA BANQUE MONDIALE : FAIRE PLUS ET FAIRE MIEUX connaissances, au recensement des bonnes pratiques jouer son rôle potentiel dans le secteur de l'éducation. destinées à aider l'éducation privée et aux méthodes L'approfondissement des connaissances techniques et plus efficaces de développement des compétences ont opérationnelles relatives à l'éducation en Afrique est débuté. De plus, le personnel enseignant devra la base de la réussite du programme d'action proposé. apprendre à mieux connaître les programmes d'éduca- Pour atteindre cet objectif, il faudra : tion de base pour adultes ainsi que les interventions · que le bureau régional intensifie ses efforts de d'après-conflit et devra examiner les moyens recrutement de nouveaux employés -- au sein et d'améliorer les programmes de développement des à l'extérieur de la Banque -- depuis le personnel compétences et l'enseignement des mathématiques et de première catégorie et ayant beaucoup d'expéri- de la science dans les écoles secondaires. ence, jusqu'au jeune talent plein de promesses. Les efforts d'augmentation de la capacité fournis · que des dispositions soient prises avec les par la Région Afrique auront pour priorité essentielle employés expérimentés pour qu'ils encadrent et le développement des compétences analytiques de ses forment leurs collègues moins expérimentés. emprunteurs et de son personnel. Les liens avec les · qu'un programme de formation spécifique à autres unités spécialisées dans l'éducation au sein de l'Afrique soit mis en place pour le personnel. la Banque sont renforcés afin que les connaissances de Les questions de personnel seront un souci majeur la Banque soient au maximum mises à la disposition de l'équipe de gestion sectorielle du développement des responsables de projet. À l'exclusion des opéra- humain dans la Région Afrique. Des stratégies seront tions d'urgence, les responsables d'unités sectoriels élaborées en collaboration avec le Conseil du secteur devraient s'assurer que chaque opération d'investisse- de l'éducation. ment et d'ajustement repose sur une analyse secto- En outre, il importe de renforcer la base de rielle solide et soit le reflet des meilleures connaissances pour les travaux sectoriels et le connaissances techniques disponibles. Les prêts à dialogue politique. Cela nécessitera tout d'abord l'apprentissage et à l'innovation, ainsi que les autres l'établissement, au sein de la Région Afrique, d'un opérations similaires devront, le cas échéant, incor- système de gestion des connaissances sur l'éducation porer des dispositions en matière d'analyse sectorielle. efficace, lequel entretiendra des liens étroits avec le système de gestion des connaissances de la Banque. Amélioration des compétences et des Deuxièmement, la Banque devra intégrer les connais- connaissances techniques sances et l'expérience relatives aux institutions et aux spécialistes internationaux et africains, y compris Le programme d'action proposé exigera que la celles d'autres donateurs, et faire sienne les enseigne- Région Afrique se serve de l'expertise interne de ments tirés de l'expérience. Les analyses de politique qualité supérieure dans le cadre des discussions poli- et les examens des expériences dont question tiques, des analyses sectorielles et des activités ci-dessus devraient contribuer de manière significative d'exécution. À cette fin, elle doit élaborer un à ce processus. mélange opportun d'économistes, de spécialistes La Région Afrique s'engagera également de en matière d'éducation et de personnel ayant des manière énergique à explorer avec les emprunteurs connaissances spécialisées dans des domaines tels les applications les plus prometteuses en matière de que l'analyse et la mise en place des institutions. Un technologies d'enseignement traditionnelles et à mélange équilibré d'employés ayant de l'expérience distance afin d'offrir la qualité de l'enseignement et de personnel plus jeune voulant expérimenter et dispensé à tous les niveaux du système. Dans plusieurs innover est aussi nécessaire. régions du globe, les nouvelles technologies -- À l'heure actuelle, le bureau régional connaît une notamment celles basées sur Internet -- modifient les grave pénurie de responsables de projet expérimentés méthodes traditionnelles d'enseignement et d'appren- pouvant engager un dialogue politique efficace, tissage, permettent d'accéder plus aisément à un possédant des connaissances techniques de premier enseignement supérieur au-delà du cycle fondamental ordre et susceptibles de diriger des équipes de et donnent à de nombreuses personnes la possibilité de spécialistes hautement qualifiés. À moins que ce continuer à étudier toute leur vie (voir encadré 4.3). problème de personnel ne soit pris immédiatement à La Banque a commencé et poursuivra le bras-le-corps, la Banque ne sera pas en mesure de développement de plusieurs initiatives intéressantes, UNE CHANCE POUR APPRENDRE 81 telles que l'Université virtuelle Africaine (cf. encadré à des fournisseurs de services autres que publics, de 3.13.), World Links (cf. encadré 3.3.) et la formation l'amélioration de l'efficacité des procédures de travail, professionnelle continue grâce à la technologie de d'une meilleure gestion des ressources humaines et des l'enseignement à distance (cf. encadrés 3.5 et 3.10). incitants ciblés. Afin de travailler efficacement dans La faisabilité technique ainsi que la valeur ajoutée ce domaine, la Banque renforcera sa capacité d'analyse éducative de plusieurs de ces innovations ont été et de dialogue en : établies. Le défi est de mettre ces technologies en · accroissant le volume du personnel ayant des pratique et d'établir leur rentabilité face à l'accroisse- missions spécialisées. ment de la concurrence pour les maigres ressources · travaillant avec du personnel d'autres agences et éducatives. La Banque publiera en 2001 un document gouvernements pour synthétiser les expériences et sur les meilleures pratiques en matière de nouvelles identifier les approches fructueuses. technologies dans l'éducation africaine. Il est prévu · dispensant à un noyau de personnes une forma- qu'un spécialiste de l'éducation à distance commence tion aux méthodes analytiques, aux questions de à travailler pour la Région Afrique. Plusieurs pays sont politique et aux stratégies de développement. prêts à lancer des projets pilotes relatifs à ces nouvelles · rendant obligatoires, dans le document d'approba- technologies afin de résoudre les sempiternels défis de tion du projet, une analyse institutionnelle et la qualité et de l'accès à l'éducation. une stratégie de développement assortie de points Même dans les meilleures circonstances possi- de repère, à l'instar de l'analyse économique et bles, l'amélioration des fondements analytiques des financière. opérations de prêt, l'adoption d'approches du développement de projet plus participatives et l'amélioration du soutien à la mise en oeuvre des Un engagement à agir projets sont des méthodes plus onéreuses que les méthodes traditionnelles. Afin de progresser, la La Banque est décidée à faire tout ce qui est en son Région Afrique doit se pencher sur des moyens de pouvoir pour aider les pays africains à inverser les mettre en oeuvre la stratégie décrite ci-dessus alors tendances passées et à éviter que la prédiction que son budget est de plus en plus réduit. Comme d'Oxfam, selon laquelle d'ici 2015, trois quarts des nous l'avons déjà souligné, les emprunteurs devront 70 millions d'enfants non-scolarisés dans le monde prendre de plus en plus de responsabilités dans la soient Africains, ne se réalise. La Banque contribuera gestion de ces missions. Le personnel de la Banque à l'approfondissement des connaissances, au renforce- devra apprendre à identifier les zones où il pourra ment de l'engagement et à la prise des mesures néces- apporter le plus de valeur ajoutée. saires à la concrétisation de l'objectif de l'éducation Le défi majeur sera peut-être la fourniture d'une primaire universelle en 2015 dans chaque pays de la assistance effective en matière de conception et de région désireux d'aller de l'avant. Ce système, doté mise en oeuvre de stratégies de développement insti- d'une base sans cesse plus solide, permettra aux enfants tutionnel et de développement des compétences. pauvres -- particulièrement aux filles -- de poursuivre Ce soutien nécessitera la prise en compte des ques- leur scolarité après le cycle primaire. La Banque aidera tions de gestion du secteur public--comme les bas également les politiques nationales favorisant à ce salaires et les échelles salariales réduites-- qui vont niveau l'égalité, la qualité et la viabilité. au-delà du secteur de l'éducation. Dans de nombreux Afin d'atteindre ces objectifs, la Banque collaborera cas, des améliorations considérables peuvent être réal- avec des acteurs publics et privés, ainsi qu'avec les isées, même dans le cadre des contraintes macro- autres parties intéressées. Elle créera un réseau économiques existantes par le biais de l'allocations d'économistes et de techniciens disposant de l'expéri- plus rationnelle des ressources, de l'amélioration de la ence et des connaissances nécessaires à la fourniture du gestion financière et des systèmes de responsabilité, service de qualité supérieure que ses clients méritent. de la révision de la gestion du personnel en matière Elle s'engage aussi à renforcer la base de connaissances de mutation et de redéploiement du personnel, de existante dans les domaines des conseils politiques et contractualisation des services et de la sous-traitance des investissements dans le secteur. 82 LA RÉPONSE DE LA BANQUE MONDIALE : FAIRE PLUS ET FAIRE MIEUX Au cours de l'année fiscale 2001-2002, la Région tences est une condition sine qua non de la participa- Afrique mettra en oeuvre les actions suivantes : tion à l'économie mondiale du savoir. Ce défi doit être · Renforcer la capacité d'analyse institutionnelle en réalisé dans le contexte du SIDA, des conflits, de la recrutant au moins un spécialiste du développement fécondité élevée, de l'endettement et de la mauvaise institutionnel, en fournissant une formation et un gestion -- qui sont autant d'éléments susceptibles de encadrement au personnel intéressé par ce domaine réduire à néant les efforts d'éradication de la pauvreté. d'activités et en examinant les expériences passées. L'amélioration substantielle et durable de la · Renforcer l'étude technique du travail sectoriel et qualité de vie de tous les Africains dépend de la prise économique et des opérations de prêt et coordon- en compte des causes sous-jacentes de la pauvreté. ner l'acquisition des connaissances relatives à Plus que tout, les faibles niveaux de scolarisation l'enseignement secondaire et au développement et de réussite scolaire de cette région engendrent des compétences. cette pauvreté. Dix années après Jomtien, plus de · Encourager la participation de tous les employés 40 millions d'enfants ne fréquentent pas l'école au programme de développement professionnel primaire et un tiers des enfants qui s'inscrivent offert par l'Institut de la Banque mondiale pour abandonnent avant d'avoir acquis les rudiments de l'étude du développement. l'alphabétisation. Le comblement du fossé de l'éduca- · Assurer une présence éducative professionnelle tion en Afrique doit être considéré comme une dans les bureaux locaux de chaque pays disposant urgence. Sans accélération du développement de d'un projet éducatif d'importance soutenu par l'éducation dans le sens de l'objectif fixé pour 2015, la Banque. les Africains seront condamnés à répéter le cycle de · Adopter des processus plus participatives, flexi- développement vicieux de ces 20 dernières années. bles et susceptibles d'assurer la participation com- Les désillusions du passé doivent être mises en munautaire. parallèle avec les opportunités de changement. · Etablir des normes de qualité claires dans la phase Les perspectives d'accélération du développement de initiale et aider les responsables de projet à con- l'éducation en Afrique sont nettement meilleures qu'il crétiser ces normes. n'y a une décennie. Des réformes et des innovations · Accroître les connaissances et documenter les domestiques prometteuses se développent dans toute bonnes pratiques dans des domaines essentiels : une série de contextes. Les donateurs, dont la Banque technologie de l'éducation, construction de mondiale, reconnaissent la nécessité d'oeuvrer en classes primaires, éducation de base des adultes, partenariat avec les gouvernements et la société développement des compétences, enseignement civile, en fournissant un support intégral et flexible secondaire et stratégies de développement de venant en sus des efforts nationaux. la qualité. Le Forum international pour l'Éducation organisé à Dakar en 2000 a été une opportunité pour la communauté internationale de renouveler son Conclusion engagement à oeuvrer avec les gouvernements africains et la société civile pour accélérer le Depuis la publication par la Banque en 1988 de la développement de l'éducation de base dans la région. stratégie du secteur de l'éducation pour la Région Afin de soutenir cet engagement, le Président de la Afrique (Banque mondiale 1988), le contexte de Banque mondiale a affirmé lors de cette conférence développement africain s'est profondément transformé. qu'aucun pays en voie de développement présentant Au début de ce 21ème siècle, la démocratisation et la un plan de qualité destiné à accélérer le rythme pour reprise de la croissance économique dans de nombreux atteindre l'objectif de 2015 de l'éducation pour tous pays permettent d'espérer un avenir plus radieux pour ne sera privé du soutien de la Banque. cette région. Simultanément, l'Afrique est confrontée à La prise en compte de ces opportunités exigera des défis de développement qui donnent à réfléchir. une réforme fondamentale du financement et de la Plus de 200 millions de personnes vivent dans une gestion de l'éducation. De nombreux pays doivent pauvreté extrême et l'Afrique a jusqu'à présente été développer leur système d'éducation nationale de exclue de quantité des avantages économiques induits manière spectaculaire s'ils veulent atteindre les par la mondialisation. L'accroissement des compé- besoins de développement du 21ème siècle. De son UNE CHANCE POUR APPRENDRE 83 côté, la Banque doit faire plus et mieux. La Banque rupture par rapport au passé. L'Afrique ne peut se per- doit être plus stratégique et sélective et faire corre- mettre d'échouer dans ses efforts visant à accélérer spondre les connaissances et le financement avec les le développement de l'éducation. Comme le précise le besoins des pays. Prendre des risques, mener un dia- Cadre de développement complet, « Tout le monde logue permanent et tirer des enseignements de est d'accord sur le fait que la clé principale du ses activités doivent faire partie intégrante du mode développement . . . réside dans l'éducation. » Le de fonctionnement de la Banque si elle souhaite défi collectif est de s'assurer, au cours de la décennie contribuer au succès des partenariats à long terme. à venir, que les résultats du développement de Des millions d'Africains vivant dans la pauvreté l'Afrique soient le reflet de ce consensus. ont payé un lourd tribut à la lenteur des progrès accomplis vers l'objectif de l'éducation pour tous, prôné dans la Déclaration de Jomtien. Les gouverne- ments et les donateurs sont responsables de la 84 LA RÉPONSE DE LA BANQUE MONDIALE : FAIRE PLUS ET FAIRE MIEUX Bibliographie DPEP (District Primary Education Programme -- Programme d'enseignement primaire de district). 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